lundi 24 août 2026

120 battements par minute (2017)

 

La dernière image ? J'adore ce moment suspendu dans une cour où des corps s'enchevêtrent à la belle étoile. On pense aux Revenants et cette poésie irrigue le film par instants comme lorsque ces poussières sont immortalisées dans la lumière stroboscopique qui inonde une piste de danse au ralenti.

Le film est réussi mais je lui trouve un je ne sais quoi de "programmatique" et linéaire qui s'explique probablement par la dimension documentaire du sujet. Lorsque les personnages percent et existent (leur touchante  histoire d'amour) alors la fiction prend le dessus pour le meilleur. Mais j'avoue avoir été gêné par toutes ces séquences dans l'amphi au son de claquements de doigts où la conscience politique se met en branle et inévitablement "cherche la lumière" des médias en se heurtant à la souffrance physique des malades... Ces moments sont assez pénibles et précisément auraient été parfaits selon moi dans un vrai docu avec caméra embarquée (comme lors des irruptions dans des classes). Ce sont des situations où la fiction n'apporte pas beaucoup je trouve. Cacophonie et échanges un peu chaotiques sur la stratégie à suivre.

Bref 120 battements par minute est un témoignage nécessaire, émouvant autant qu'il est salutaire. Mais peut-être manque-t-il de ces moments suspendus de poésie comme je les aime chez ce réalisateur et peut-être le film a-t-il du mal à choisir entre l'histoire d'amour et la grande histoire, celle qui mène le jeune héros décédé à vouloir que ses cendres soient dispersées lors d'un cocktail comme on aime les faire dans les hautes sphères... 

Au final je me demande si je ne préfère pas Campillo lorsqu'il s'adosse résolument au film de genre comme dans Eastern Boys. Mais voilà tout de même un bien beau film marqué par une veillée de corps absolument  bouleversante d'humanité et d'humble solidarité.

jeudi 20 août 2026

Nouvelle Vague (2026)

 


La dernière image ? Plein de délicieux moments dans ce Nouvelle Vague qui témoignent d'un amour sincère pour ce film et cette époque (le tout début des années 60). La reconstitution est bluffante et on a bien souvent le sentiment de voir revivre sous nos yeux ébahis les coulisses du tournage d'A bout de souffle.

Oui mais il manque quelque chose d'essentiel : la capacité à nous faire toucher du doigt la magie de sa conception, ses petits secrets de fabrication... Or on voit essentiellement un JLG qui n'en fait qu'à à sa tête, qui est dans une improvisation permanente, qui écourte des journées de tournage de façon unilatérale, qui semble écrire au jour le jour... Alors oui pourquoi pas ? Mais on reste un peu étranger à ce mystère et puis on est probablement gêné par la méticulosité, le travail de fourmi apporté à cette reconstitution qui finit sûrement par "jurer" avec la prétendue "liberté", l'esprit "sans entraves"  qui présida aux destinées de ce film-mythe. Trop de moyens à l'écran peuvent tuer l'esprit libertaire d'alors. 

Et puis l'on reste enfin avec ce sentiment d'avoir passé un joli moment, avec des personnages agréables mais qu'on ne comprend pas mieux qu'avant le visionnage, sans jamais vraiment plonger dans les arcanes de l'esprit de création de cette époque pour en saisir le parfum si particulier... On reste un peu à la porte, spectateur, pour résumer. Mais chapeau la reconstitution. Amoureusement troussée.

mardi 18 août 2026

Life of Chuck (2024)

 

La dernière image ? Evidemment il n'en restera qu'une : Cette très belle séquence de danse improvisée sur un rythme changeant et toujours entraînant de batterie. Très joli moment qui peut rappeler la belle séquence de fin de Drunk (Mads Mikkelsen dans ses oeuvres) pour un contexte très différent.

Cette séquence inspirée mise à part, le film s'offre sous une forme étrange (3 chapitres) qui n'invite pas tout à fait à l'abandon. Chapitre 1,  Chapitre 2, Chapitre 3... Pas très entraînant, pas très musical. Par ailleurs, il y a cette voix off qui rappelle étrangement celle de Stand by me (justement du même Stephen King) mais dans l'autre nouvelle, la voix off a du sens puisqu'elle appartient au narrateur, l'un des trois copains devenu écrivain. Ici, on ne comprend pas trop le point de vue. Qui nous parle ? Qui nous rapporte cette histoire ? Pas clair... 

Quant au message du film, sa morale,  on le voit venir bien trop tôt (dès le premier segment)  et, plus embêtant, elle se résume aux promesses de gourous des temps modernes faites aux gens qui doutent d'eux mêmes où se croient pourchassés par le malheur  : "tu mérites de vivre, tu mérites d'être heureux, tu abrites une multitude"... Beurk, trop de bons sentiments pour être honnête. On sent le film qui se veut consensuel pour attraper comme qui rigole le spectateur par la larmichette.

Pour autant, on ne comprend guère ce monde intérieur qui s'éteint, où les personnages auraient leur propre libre arbitre (un peu expédié tout de même quand on a vévu avec des Truman Show ou des Eternal sunshine of a spotless mind). Pas plus qu'on ne comprend vraiment le sens de ces apparitions dans la chambre secrète où l'on se verrait le jour de sa mort (wtf ???) sans que personne n'ait jamais été tenté de comprendre comment ni pourquoi ? Un peu léger tout de même... Ca ressemble au point de départ d'un Being John Malkovitch mais en prenant le soins de s'arrêter au pas de la porte d'ascenseur du fameux étage et demi...

Bref ce film ressemble à des débuts d'histoire mis bout à bout et jamais vraiment développés... Reste la danse et ce climat de tristesse qui s'empare de l'audience en assistant au décès prématuré d'un père de famille qui avait l'air si aimable, si doué pour la vibe... Damned.

Marty Supreme (2025)

La dernière image ? Un chien court dans la nuit et fend la brume tel un fantôme... Il y a toujours deux ou trois images d'un film qui restent ainsi et laissent une empreinte durable.

Objectivement, ce film permet désormais d'identifier de façon certaine la marque de fabrique des frères Safdie qui finit par ressembler sérieusement à un "système" au mauvais sens du terme.

Le ping pong (à peine effleuré) ou la biographie de cet ancien champion semblent moins importer au réalisateur que l'épileptique enchaînement d'invraisemblables rebondissements finissant par nous amener au constat que l'idée même de s'adosser à une histoire vraie ne servait absolument à rien...

Tout ce qui comptait sur un sujet pareil c'était : comment est née cette vocation ? Quand trouvait-il le temps de s'entraîner ? Où s'entraînait-il ? Quel était son moteur ? Chez Rocky, l'humanité prévaut, les valeurs morales quand la confiance vient à manquer... Mais ici, le personnage insupportablement antipathique ne semble mu que par l'appât du gain, faire les premières pages, voyager en première, manger dans les grands hôtels... Pas très engageant.

Aucune plongée dans les arcanes de l'histoire ou de la genèse du Ping-Pong comme sport de haut niveau, aucune prise sur ce personnage détestable (et qui ne revient parmi nous, les vivants, qu'à la faveur d'une paternité finalement assumée c'est à dire au dernier plan...), Ne reste plus à se mettre sous la dent que l'enchaînement de péripéties plus ou moins mortelles et déjà vues chez les Safdie...  Autant dire pas grand chose. Enfin sui , le sens du cadre, la mise en scène toujours précise et  impressionnante. Ca oui. Mais un petit oui.

Pour résumer Uncut Gems oui oui oui, Good time oui, Marty Supreme mouais.

A serious man (2009)

 

La dernière image ? Ce plan de fin qui laisse imaginer, rêver, projeter nos peurs et nos espoirs... Ce film compte pour se silences, ses parenthèses, ses rêves envolés. Avec le recul, il contient beaucoup de ce qui semble avoir inspiré Spielberg à l'heure de briser la glace pour son génial The Fabelmans.  

Je me suis amusé à faire défiler la filmo des frères Coen. Et je trouve que le point de bascule vers un cinéma plus personnel, plus intime, plus profond, s'opère exactement là en 2009 avec ce A serious man qui lorgne du côté du drame familial et de la comédie noire, existentielle, qui garde un je ne sais quoi d'obsolescence, de légèreté, de gravité et qui parvient à l'équlibre (comme sur ce toit pentu)  à nous entraîner avec lui dans ses gouffres amers et autres méandres ésotériques jusqu'à ce final en pointillés qui laisse beaucoup de questions en suspens. Pour notre plus grand bonheur. Un film touchant, profond, aimable porté par des acteurs fantastiques et qui fait mouche. L'étape suivante, encore plus aboutie à mes yeux, sera franchie avec Inside Lleywin Davis.

lundi 17 août 2026

Sirat (2025)


La dernière image ? Le segment sur un terrain miné a "quelque chose" d'intéressant sur le plan cinématographique comme d'ailleurs la matière du film, son écrin, ce décor aux potentialités immenses et pourtant...

Et pourtant le film passe complètement à côté, un peu comme la caravane sur l'écran. Le responsable c'est naturellement et avant tout l'absence de scénario : on navigue complètement à vue sans planification aucune (pourtant dans le désert, faut un chouia d'organisation tout de même) ni aucun souci de vraisemblance (rien sur le rationnement, la lecture des cartes routière, la recherche de relais, un téléphone ???) . Et pourtant le réalisateur s'encombre d'idées saugrenues comme l'annonce par voie radiophonique du début d'une troisième guerre mondiale... Qu'est-ce que cela apporte dans un contexte où rien n'existe et surtout pas les personnages : les personnages ici sont tous interchangeables, des silhouettes, des marionnettes à qui l'on prête des mots, des réflexions d'une pauvreté insigne : "oh le pauvre il doit souffrir" parlant du père après la mort de son fils (sic).

Et même lorsqu'on va chercher l'artifice disruptif de la déflagration (les morts qui s'enchaînent de façon inattendue), les réactions des uns et des autres sont tellement dénuées de réalisme, de toute prise en compte d'un minimum de bon sens, qu'on ne rentre jamais dans le film qui de ce fait devient défilement d'images (parfois jolies) mais qui se répète inutilement, vainement, avec le sentiment nous autres spectateurs d'être vraiment pris pour des c...

Il y a d'ailleurs dans ce regard très urbain / techno sur cette petite tribu bercée d'illusions une forme de snobisme et d'esbrouffe qui rend le film encore plus antipathique. On est presque tenté de se dire lorsque l'horreur s'invite... "tant pis pour vos gueules, z'aviez qu'à rester sur la route bande d'irresponsables ou rentrer à la maison et revenir plus tard sans votre enfant dans un véhicule adapté"...  Un prix du jury incompréhensible.

Beau is afraid (2023)

 

La dernière image ? Il y a tout un segment au coeur du film qui nous raconte à la façon d'un épisode biblique le chemin cahoteux de Beau et comment il retrouva ses 3 fils en assistant à une pièce de théâtre... Toute cette séquence est brillante, touchante. Un petit chef-d'oeuvre qui mérite le détour.

Je regrette que tout ce qui vient autour soit aussi fumeux, boursouflé, interminable. Evidemment, le type qui a réalisé le génial Midsommar a toujours du talent. Le talent ne s'est pas envolé comme par magie. Mais disons qu'ici on sent que la matière est probablement aussi personnelle qu'hautement inflammable et qu'on manque nécessairement d'objectivité ou de capacité à garder l'essentiel et à laisser de côté le superflu. Ce qui donne un "film-brouillon" qui a dû être un véritable casse-tête au montage puisque sa forme (un cauchemar éveillé) justifie tous les allers-retours, toutes les digressions, tous les détours voulus par le réalisateur mais pas forcément désiré par le spectateur qui finit par peiner à rester dans un film trop informe... C'est dommage mais ça n'enlève pas la force de certains passages dont celui que je cite plus haut.

dimanche 16 août 2026

Moon (2009)

 

La dernière image ? Le seul héros qui vaille, celui que l'on suit depuis le début du film s'apprête à rendre son dernier souffle et voit subrepticement son successeur (et double) rejoindre la Terre pour y révéler le scandale qui a cours sur la face cachée de la Lune... preuve qu'on peut être et avoir été, vivant et déjà mort dans la même seconde, victorieux et défait dans un même souffle... 

Comme il est de coutume de s'exprimer de nos jours sur youtube, Source Code brought me here. Ayant découvert ce vrai faux blockbuster qui derrière ses artifices et passages obligés dégouline de belle humanité, je me suis mis en quête d'en savoir plus sur cet énigmatique Duncan Jones.

D'abord, il est à noter qu'être le rejeton de David Bowie fait de vous (à l'instar des conducteurs de twingo de la pub) forcément quelqu'un de bien et d'aimable. Je suis parti avec de bonnes intentions.

Ce Moon a d'ailleurs une histoire singulière puisqu'il sort en 2009 sans passer par la case salle. Un "direct to video" qui de fait le handicape. Je suis d'ailleurs complètement passé à travers... 

Et pourtant, venant de le dévorer, je le recommande chaleureusement. D'abord et c'est pour moi une évidence un film raté comme Mickey 17 lui a allègrement pompé toute la sève... Or Moon est beaucoup plus intelligent, complexe, et à fois limpide que son successeur sur une thématique très proche.

Toute sa force lui vient d'abord de l'écriture. Brillante. On commence dans l'exercice de style parfait où les références sont limpides (2001 A space Odissey). Il y a cet homme qui souffre manifestement de solitude et cet ordinateur (compagnon de route divinement incarné par la voix de Kevin Spacey). Puis lentement le film dévie de sa trajectoire, les apparences deviennent trompeuses et ce qu'on interprète comme étant des visions cauchemardesques se révèlent être les angles morts mais bien réels de la vie de notre héros sur la Lune... Ce qui permet au passage à l'acteur principal de livrer une prestation de très haut vol. Ce qui permet aussi de tirer le maximum d'un budget qu'on sent limité.

Toutes ces trouvailles scénaristiques, toute cette intelligence, toute cette exigence, font que le spectateur ne peut que s'attacher au destin de ce travailleur "dans la Lune". Le film peut ainsi passer un message bien senti sur le monde tel qu'il va, exploitation sans limites des ressources sur terre puis ailleurs, exploitation (qui va de pair) du prolétaire surgi de la cuisse de son prédécesseur, devenu entité interchangeable à l'infini, jusqu'à ce qu'une étincelle de dignité humaine remonte jusqu'au bord de nos lèvres et nous fasse dire STOP !

Good Time (2017)

 

La dernière image ? J'ai été attrapé par cette ultime séquence qui refait la part belle à l'innocence préservée dans ce monde de brutes, à une forme d'harmonie retrouvée... J'ai pensé au Cassavetes d'Une femme sous influence. Il y a de cela chez les frères Safdie dont je vénère Uncut gems.

Ici on est un ton en dessous tout de même. Parce que l'enchaînement infernal à l'oeuvre n'est pas que le produit fatal des obsessions du personnage principal mais s'appuie aussi maladroitement sur des quiproquos dont la pilule passe plus ou moins bien : je pense à cette séquence de l'hôpital où le personnage (géniale interprétation) campé par Robert Pattinson récupère "supposément" son frère sans jamais prendre la moindre précautions d'usage pour s'assurer de son état ou de sa personne... La coïncidence a bon dos puisqu'elle inaugure une nouvelle quête pour de l'argent qui mènera ce nouveau duo de pieds nickelés jusqu'au final dramatique.

Mais qu'à cela ne tienne, le film est une leçon de mise en scène, un puits d'idées inventives, un drame et une comédie et un film noir tout à la fois qui est traversé de moments de poésie parfois macabre (cette fameuse nuit à la fête foraine ou le final dans l'appartement cossu du gardien de nuit).

On pense à Cassavetes et aussi bien sûr à After Hours mais aussi au Denis Johnson de Jesus Son. C'est au final réjouissant malgré les quelques faiblesses et facilités scénaristiques évoquées plus haut : Uncut Gems reste à mes yeux beaucoup plus abouti et Marty Supreme très en dessous. 

mercredi 5 août 2026

Source code (2011)

La dernière image ? Je confesse m'être laissé cueillir par cet épilogue qui est d'une intelligence et d'une poésie rares. Derrière le fil calibr de ce qui s'est présenté comme un blockbuster quelque part entre Minority Report et Edge of tomorrow, l'on sent un petit coeur qui bat et le désir chez ce réalisateur de créer l'émotion, le trouble, et c'est qu'il y parvient pardi...

C'est vrai que le début sonne comme du déjà vu (sans jeu de mot), on retrouve cette fameuse idée du personnage central qui voyage dans le temps mais autour d'un moment très précis dans un train sur le point dse subir un attentat à la bombe. Le héros retourne encore et encore pour trouver un coupable et sans jamais pouvoir empêcher l'inéluctable de se produire mais avec l'espoir d'être au moins en capacité d'empêcher le nuisible de nuire davantage...

Alors, il y a des lourdeurs, des facilités propres à ce genre de films où l'on doit comme dans les montagnes russes passer de pic d'émotions fortes en pic d'émotions fortes, de coups de pompe en découragement avant de voir débouler l'épilogue, souvent factice et attendu.

Et bien ici pas du tout, l'émotion perce et l'on repart avec le sentiment d'avoir vécu cette aventure aux côtés des personnages principaux. C'est pour ce final déchirant et profond que le film vaut le détour. 

mardi 4 août 2026

28 ans plus tard. Le temple des morts (2026)

 


La dernière image ? j'ai été touché par tous ces petits moments de poésie qui viennent accompagner l'éveil de l'"Alpha" tout en délicatesse à son passé, à ses souvenirs, au vocabulaire, à des idées et valeurs nobles... J'ai également beaucoup aimé ce concert de Metal qui n'est pas sans rappeler des moments marquants de l'oeuvre de George Miller (les acrobates guitaristes ascensionnels de Mad Max Fury Road). Le film ne manque pas de moments forts  comme ces deux-là en particulier.

Danny Boyle est donc fidèle à ce qu'il nous a habitué venant de sa personne... Imprévisible, inégal, capable du meilleur (ici) comme du pire (l'opus d'avant). Sont convoqués dans le désordre les fantômes d'Orange Mécanique ou du Village des damnés, et l'on finit par "entrer" enfin dans cette histoire qui se déroule 28 ans plus tard... L'attente valait le coup. Beaucoup d'incongruités de l'épisode d'avant trouvent ici une réponse assez limpide... L'on comprend que de l'abject peut renaître un peu d'humanité pendant que l'homme s'est corrompu dans le mal absolu à l'image de ces vilaines têtes blondes (on pense un temps à Charles Manson et sa clique), enfants soldats qui tuent pour le plaisir sous le bas patronage d'un gourou maléfique...

Ca m'a réconcilié avec la franchise et m'a donné envie de voir la suite.

Primate (2025)

 

La dernière image ? Franchement aucune. Je déconseille chaleureusement. Une arnaque de haute volée. Le film a à peu près tout piqué à Link en croisant son intrigue avec celle de Cujo (merci les années 80).

 Or Link et Cujo sont deux séries B fantastiques (Richard Franklin comme Lewis Teague sont tous deux de sacrés réalisateurs). Pas de fonds verts à l'époque, pas d'effets spéciaux pour feignants et forcément Link comme Cujo marquent durablement les esprits.

Par ailleurs dans les deux films cités, les personnages principaux sont intéressants et l'intrigue brillamment troussée... Ici dans Primate, les personnages sont aussi transparents que les rebondissements de l'intrigue sont hasardeux... La preuve qu'un certain cinéma est en pleine déliquescence, n'arrivant même plus à "singer" de façon honnête ses illustres prédécesseurs.

lundi 3 août 2026

Running Man (2025)

 

La dernière image ? Tout ce qui fait mouche c'est ce qui faisait le sel du Prix du danger ou du premier Opus (déjà bancal) avec Schwarzy à savoir toute la partie en plateau TV dépeignant l'exploitation en direct de la pauvreté pour nourrir les nouveau jeux du cirque où l'audimat à tout prix demeure la seule règle qui vaille.

Mais je crois que même le film d'Yves Boisset (pourtant pas terrible) était plus intéressant que ce navet qui dès lors qu'il nous emmène à bord d'un avion change de nature et se perd complètement...

Ce qui n'arrange rien à l'ensemble, c'est cet acteur qui en fait des caisses et des caisses... Insupportablement.

samedi 1 août 2026

The Rocky Horror Picture Show (1975)

 

La dernière image ? Hier soir, Studio Galande avec ma fille chérie de 16 ans. J'ai dû le découvrir dans cette même salle à peu près à la même époque de ma vie.

Dieu que l'esprit a changé tout de même... Je me souvenais de passionnés qui faisaient la part belle au film qu'on dévorait vraiment sur l'écran avec quelques péripéties et facéties venues de l'espace étroit entre l'écran et le premier rang... Riz, eau, interactions touchantes avec le film...

Désormais (enfin hier soir disons), le son du film est si bas, la "troupe" est tellement installée devant l'écran - sur une estrade - qu'on ne voit plus du tout le film mais l'on assiste à un spectacle pas vraiment drôle, très scatologique, pipi ,caca, b... et c... qui donne le sentiment que le film n'est plus du tout respecté pour ce qu'il est... Etrange sentiment d'assister à un glissement, un dévoiement... Du coup j'ai encouragé ma fille à le revoir à la télé. C'est quand même dommage. Le film est toujours sur l'écran mais le spectacle autour a changé d'âme.

vendredi 26 juin 2026

Un papillon sur l'épaule (1978)


 La dernière image ? Le dernier plan qui peut rappeler des scènes emblématiques comme ce final mémorable de Collateral au petit matin dans une rame de métro. Un homme est mort parmi nous autres les vivants mais qui le voit ? Qui le sait ? La vie reprend déjà son inlassable cours.

Le film a ceci d'intéressant qu'il semble s'inscrire résolument dans une tradition Kafkaienne et préfigurer aussi le cinéma mental de cinéastes comme David Lynch... Il est ici question d'une terrible méprise sur un certain Fériaud pris dans la nasse d'une affaire d'espionnage cauchemardesque dont il ne ne sortira pas indemne.

La difficulté à regarder le film vient essentiellement d'une mise en scène un peu lourde, empesée. J'ai également été gêné par le jeu de certains acteurs dont (c'est le problème central pour moi) celui de Lino Ventura qui a quelque chose dans le physique et le caractère de trop carré, trop en angles droits, trop limité pour laisser passer le mystère d'une intrigue plutôt cauchemardesque. et les longs dialogues (parfois trop littéraux, explicatifs) n'arrangent rien.

Mais reste un film audacieux pour l'époque probablement visionnaire et précurseur d'un certain cinéma, et qu'il donc utile de voir ou de revoir parce qu'on y trouvera beaucoup d'éléments narratifs familiers pour celles et ceux qui aiment Don Coscarelli, Lucio Fulci ou David Lynch.

jeudi 11 juin 2026

The Anderson tapes. Sidney Lumet (1971)

 

La dernière image ? Tout le jeu sophistiqué de flashes back et flashes forward qui sonnent de façon moderne et laissent imaginer que ce film (mineur à mes yeux) de Lumet a pu inspirer Coppola pour Conversation Secrète et pus tard Soderbergh pour ses Ocean's Eleven etc. voire plus près de nous un Spike Lee pour son Inside Man.

Mais le film pâtit de ce qu'il ne parvient jamais à choisir entre comédie policière, drame social, film d'espionnage, huis clos carcéral, et l'on retient l'épaisseur des dialogues et le côté immobile du dispositif que seuls les allers vers le futur puis les retours vers le passé parvient à rendre un peu digeste. La fin est à l'avenant, ne parvenant pas à nous convaincre de ce que le réalisateur a vraiment voulu raconter. 

Il faut dire pour finir que même le point positif (la modernité du dispositif et du montage) est beaucoup plus impactante et marquante chez John Boorman (revoir Point Blank véritable chef d'oeuvre pour s'en convaincre).

Quant à Lumet, sur le thème du casse, je le trouve beaucoup plus inspiré dans A dog day Afternoon ou 7h58 ce matin là.

dimanche 10 mai 2026

Les Maudites (2024)

 

Dario Argento, David Lynch, John Carpenter, Don Coscarelli, Richard Donner... J'adore ressentir des influences quand elles n'occultent pas la personnalité de l'auteur. Or c'est précisément ce que l'on ressent ici avec ce Pedro Martin-Calero qui semble s'inscrire dans la grande tradition des surdoués de la Péninsule Ibérique (d'Amenabar, de De La Iglesia en leur temps respectifs).

Ce qui me marque avec Les Maudites c'est d'abord de ressentir que la mise en scène est un langage à part entière. Un mode d'expression que le réalisateur maîtrise d'évidence, parvenant ainsi à créer le climat d'épouvante espéré tout en mettant (et c'est la deuxième bonne surprise) un point d'honneur à créer des personnages assez complexes, qui existent chacune à leur façon et permettent à l'histoire de se déployer dans une veine pas seulement horrifique mais résolument dramatique (tout partirait d'une malédiction "familiale").

C'est d'ailleurs l'originalité de l'entreprise qui cherche à faire son lit dans une veine presqu'intimiste par moments, allant même jusqu'à réserver de folles surprises : la mort brutale d'un des personnages principaux (à  la façon d'un Friedkin dans Police Fédérale Los Angeles) parmi d'autres victimes collatérales de ce fléau intergénérationnel. 

Le jeu sur les langues et nationalités créent également un patchwork assez moderne qui peut rappeler les incursions "Gordardiennes" de la Nouvelle Vague (la langue comme décalage entre les deux sexes dans A bout de souffle). Cela permet de renforcer cette idée qu'on n'échappe pas facilement à son destin où qu'on soit allé chercher une paix toujours illusoire...     

Reste ce que j'ai beaucoup moins aimé : le chapitrage un peu trop artificiel qui peut donner le sentiment que le real avait 3 "sujets" de courts ou moyens métrages qu'il a finalement tricoté pour en faire ce long pour finir un chouia bancal. Trop de sauts dans le temps et dans la géographie peuvent finir par créer chez le spectateur l'impression que le résultat se gonfle à l'hélium scénaristique d'une entreprise de synthèse pour répondre à la question fatidique : comment créer du lien entre trois personnages féminins qui n'en ont en apparence aucun ?

mercredi 6 mai 2026

The Ugly Stepsister (2025)

 

La dernière image ? Le délicieux coup de hachoir sur un bout de pied histoire de "rentrer" dans une pantoufle de verre/vair comme on essaye de rentrer dans un vieux pantalon après la prise de poids fatale... Idée fantastique,  surpuissante réflexion sur les standards d'une époque, la dictature du regard sur les corps féminins, la pensée corsetée qui dit comment réfréner la toute puissante féminité...

Ce film est un vrai cadeau. D'abord on y sent un appétit vorace pour imprimer sa marque jusque dans la mise en scène (le formidable plan séquence du début sur un table généreusement garnie), jusque dans le grain de l'image, jusque dans la musique électro anachronique, tout ces éléments additionnés venant déjà par la forme revisiter de fond en comble et avec brio le conte de Cendrillon.

D'ailleurs, je le dis tout de go : si on vous avait dit que ce film était le dernier opus de Sofia Coppola, on aurait crié à coup sûr au chef d'oeuvre et probablement qu'il aurait raflé toutes les récompenses à travers le monde. Mais voilà, c'est un premier film, et le milieu du cinéma est ainsi fait qu'on se méfie toujours des nouvelles têtes, des nouveaux venus...

Or tout est ici précieux, formidable, depuis la mort brutale du père dont le corps pourrit dans un sous-sol jusqu'à ces premières séances de chirurgie esthétique qui marquent durablement les esprits (comme le feront plus tard les séquences du ver solitaire ou de la pantoufle). Tout est fabuleusement amené et l'on souffre avec cette jeune femme dont les rêves sont restés coincés entre les pages des contes qui la bercent d'illusions...

On s'attend à une fin terrible et c'est pourtant une note légère, enlevée, qui nous accompagne au sortir du film dans le sillage des deux soeurs ragaillardies, réconciliées, reparties ensemble à l'assaut d'un nouveau destin, loin de leur mère castratrice et nauséabonde.

Cette jeune réalisatrice est assurément à suivre de très près dans les années qui viennent. Son premier film est un "petit chef d'oeuvre" comme on dit.

mardi 5 mai 2026

Indomptables (2025)


 La dernière image ? Quelques séquences frappent en plein coeur, surtout lorsqu'il est question de la vie de famille de cet homme que l'on sent droit (ses fameux "salue-moi" dans la sphère privée ou professionnelle) mais qui comme tous ces hommes trop honnêtes finit écrabouillé, soit en privé par ses enfants qui lui font payer ses largesses, ses absences, soit à la ville où l'on sent bien que sa seule bonne volonté, face aux manques de moyens, ne fait pas le poids. Un beau titre aurait d'ailleurs été Regarde les hommes tomber, mais il était déjà pris ;)  

Les séquences avec sa femme, la mater (une tante ?) ou la vendeuse Bassa lors de cette dégustation de beignets haricots sont également très touchants parce qu'il y a ici une vérité que Thomas Ngijol est allé chercher entre deux délestages aux quatre coins de la ville des 7 collines. Et j'oublie le plus important, l'acteur : un acteur fantastique (une révélation dans un rôle dramatique) qui fait vivre intensément le commissaire Bilong. Et confère au film sa mélancolie larvée, son humanité blessée. On sent que le film entend rendre hommage à l'homme de devoir, qui s'éteint un beau jour sans crier gare, sans faire de bruit, mais dont la vertu éclabousse (toujours après eux) celles et ceux qui l'ont côtoyé. A la fin, on se dit même qu'on aimerait connaître ce Commissaire Bilong.

Franchement, le cinéma attendait enfin une incursion sur la terre de nos ancêtres comme celle que réussit Thomas Ngijol avec Indomptables. C'est une réussite quasi totale. Je suis simplement réservé sur le dénouement autour de ce terrain de foot. Je trouve que la force du film (dont on ne sait pas vraiment où il nous conduit) aurait mérité un final plus puissant.. Mais reste un film très fort qui choisit justement (ça se respecte) le retour aux banalités du quotidien, à la glace qu'on a attendu toute la semaine d'aller acheter avec papa une fois l'entraînement de foot terminé...

vendredi 1 mai 2026

Pris au piège (2025)


La dernière image ? Globalement le décor, un Brooklyn (du côté de Brighton Beach dirait-on parfois comme à l'époque de Requiem for a Dream) fantasmé de la jonction des années 90 et 2000 si intelligemment reconstitué. Pas "physiquement" mais en image mentale, dans l'esprit, nous y sommes pleinement.

D'une façon générale, je suis heureux de retrouver Darren Aronofsky à un niveau que je ne lui ai pas connu depuis tellement longtemps. Cette fausse désinvolture, cet univers bigarré, puissamment iconoclaste, se plaçant habilement entre deux époques créant un décalage qui permet d'entrer plus facilement dans ce monde de film noir mais qui va piocher dans de multiples références : George Miller (Mad MaxRidley Scott (le fameux chat de Ripley). David Lynch ou Robert Aldrich (la clé pour ouvrir quoi au juste ?). On peut penser à En Quatrième vitesse notamment.

Le scénario peut parfois laisser à désirer (pourquoi tenir éloigné du héros et du spectateur la lecture que font les médias de ces tueries à répétition ?) mais il y a de l'intelligence à revendre, à commencer par ces personnages que l'on drape traditionnellement de vertu (femme et afro-américaine souvent cantonnée aux rôles de présidente US) et qui soudain deviennent des "méchants" franchement déments. tout comme les frères jumeaux qui n'ont d'orthodoxe que l'habit...    

Voilà, je retiens donc les références intelligentes, le côté épileptique, la mise en scène inspirée, le sentiment d'assister à la renaissance de Darren Aronofsky que j'ai tant aimé dans Requiem from a Dream.

mercredi 29 avril 2026

Disco Boy (2023)


La dernière image ? Il y a de fort belles images dans ce film dont on sent que le chef-opérateur comme le réalisateur avaient des ambitions (légitimes) de filmer notamment l'Afrique autrement. 

D'ailleurs la mariage de cette image léchée (souvent moderne) et de nappes électro peut rappeler l'univers d'un Nicolas Winding Refn par exemple mis sans la puissance évocatrice / métaphorique de ce dernier qui reste unique à mes yeux.

Le gros souci dans Disco Boy vient de l'absence têtue d'un scénario, d'une colonne vertébrale pour faire tenir debout sa carcasse.

On a le sentiment de traverser une ville fantôme comme Daisy Town, peuplée de personnages "cartes postales", sans épaisseur, presqu'interchangeables...  

Ce qui fait que toute les références convoquées apparaissent comme pauvres et vidées de leur substance : dans le désordre, Apocalypse Now, Predator, Platoon, Full Metal Jacket ...

Cette absence de fonds au profit d'une forme sans grand intérêt finit par donner le sentiment que le réalisateur est allé piocher ses envies dans une imagerie post-coloniale de bas étage. Je pense notamment aux séquences de danse tribale autour d'un feu dans une jungle où des personnages "ne seraient pas assez entrés dans l'Histoire" pour reprendre le mot atroce d'un président français de triste mémoire....

je reconnais qu'il y a ici de vraies ambitions en terme de mise en scène il est vrai mais je garde l'impression têtue d'avoir vu un clip video d'1h30. 

lundi 27 avril 2026

Anora (2024)


La dernière image ? La première heure est tout bonnement décoiffante. Il y a un rythme et une atmosphère qui m'ont rappelé Cassavetes mais sous amphets et qui rhabillerait Pretty Woman pour l'hiver (ou plutôt pour l'été). Et ce vrai talent pour filmer vous prend par la main jusqu'à la séquence de l'appartement au cours de laquelle le couple doit se séparer.   

Dès la dislocation du couple, le film déraille un peu, parce qu'il lorgne soudain du côté d'un voyage au bout de la nuit (jamais aussi beau que lorsqu'il est vécu en solitaire comme dans The Catcher in the Rye), sorte de jeu du chat et de la souris,  pour retrouver le jeune homme sans parvenir à vraiment captiver malgré une galerie de personnages secondaires attachants...

La fin (les parents) est hélas aussi à l'avenant, très attendue.. On voit venir le retour de l'éternelle lutte des classes avec la nécessité que chacun retrouve sa place sur l'échiquier une fois que le carrosse est redevenu citrouille. Et ce n'est pas la toute dernière séquence de b... dans une voiture qui viendra sauver quoi que ce soit malgré sa poésie sauvage.

Le film est donc "Palmedorisable" pendant 1 grosse heure puis il devient trop long et patatras : cette dernière heure est bien trop prévisible. Elle manque d'inspiration et de puissance. Dommage parce que ça démarre très fort...

dimanche 5 avril 2026

Grave (2016)


La dernière image ? Comme dans Titane, (je pense à une séquence joliment chorégraphiée dans une caserne de pompier de mémoire) je retiens certains plans-séquence avec bain de foule, un peu suspendus, portés par une musique de bon aloi comme dans ces soirées étudiantes. C'est au niveau de cette tension atmosphérique que le film transmet quelque chose d'efficace. Je pense aussi à ces ralentis sur le transport d'un cheval sous sédatif ou ce même cheval s'élançant pour faire du surplace sur un tapis de course.   

Et c'est là que pour moi le bât blesse. Le film fait un peu comme le cheval, s'élance sous de bons auspices, distillant de jolies promesses (scène d'ouverture intrigante avec l'accident provoqué, symbolique du bizutage efficace parallèlement à cette entrée dans l'âge adulte, le désir, les hormones, le système pileux qui se développe et son corolaire, l'appétit dévorant ...). Dès lors que les signaux positifs sont émis, une sorte de surplace s'installe alors qu'il s'agissait de faire décoller le film par une narration audacieuse...     

C'est d'ailleurs au moment fatidique (juste après l'emblématique scène du doigt, plutôt réussie) que tout déraille. D'abord une scène anodine avec les parents au sujet du chien qu'on va faire piquer, puis révélation étrange d'une grande soeur à sa petite soeur d'un secret : on va se planquer sur le côté d'une départementale et on va miser gros : surgir sur le trajet d'une voiture. Et naturellement comme pour la scène inaugurale, le véhicule ne manquera pas sa cible (une fois un platane, une fois un poteau) et naturellement personne n'y survivra, et naturellement les 2 soeurs auront largement le temps d'aller se taper la cloche puisque sur cette départementale, on passerait dans le monde du film une fois toutes les heures. C'est tellement peu crédible qu'on décroche immanquablement. Franchement, quelle idée absurde d'espérer provoquer des accidents comme ça pour se nourrir quand il y aurait tellement d'autres moyens de satisfaire son appétit ? fréquenter des hôpitaux ? des abattoirs ? travailler dans des Ehpad ?  Que sais-je encore qui permette à la grande soeur d'être à proximité de "chair fraîche" sans imaginer (stratégie du doigt mouillé, au petit bonheur la chance) de tels improbables concours de circonstances ??? 

Alors bien sûr on a compris les clins d'oeil lourdingues à Carrie (les flots de sang), à Zombie (certaines scènes rampantes) ou ici à Crash (Cronenberg) mais la cohérence et la crédibilité ne doivent pas être écartés si l'on veut maintenir l'intérêt du spectateur.  Et moi cette seule séquence m'a coupé les ailes. Egalement parce que rétrospectivement la scène du doigt coupé ne fonctionne plus. Si la grande soeur est déjà un "monstre assumé" ayant déjà le goût du sang dans la bouche jusque dans le fond de l'oeil, alors elle ne doit jamais s'évanouir à la vue de son doigt coupé... Incohérence fondamentale. C'est au contraire une toute autre énergie qui doit s'emparer d'elle. Bref...  

Dès lors, on constate aussi que le film patine avec la répétition des mêmes ressorts : regard appuyé sur la nuque du futur repas, morsure dans un morceau de dinde froide dans la nuit, morsure de son avant bras après l'amour, morsure des lèvres de l'homme en jaune après un baiser, morsure de la joue et du bras entre soeurs et puis et puis le clou du spectacle qu'on a vu venir et pas qu'un peu : le banquet final.

Pendant tout ce temps que le bizutage a duré, on n'aura vraiment rencontré que 3 personnages : les 2 soeurs et le voisin de chambrée... C'est maigre. Et pire, on aura appris que le mal qui ronge l'ex végétarienne est un mal familial, transmis par la maman et qu'en 20 ans de vie commune aucune des filles n'ont jamais vu leur papa torse nu entrer ou sortir dr la douche ???? Il aura par ailleurs fallu passer le bac et rejoindre sa grande soeur à l école pour découvrir également que cette dernière avait un sacré coup de fourchette... Donc malgré le peu de différence d'âge et depuis leur plus tendre enfance, rien n'aura jamais mis la puce à l'oreille de l'une sur l'autre ou sur les déviances  de leur propre maman ?

Beaucoup de hype et peu de talent, les films suivants le confirment amplement. Et puis sur cette thématique, une femme de génie est déjà passée par là. Elle s'appelle Claire Denis. Revoyez Trouble Everyday. La comparaison fait mal.


samedi 4 avril 2026

Le choix (2024)


La dernière image ? Peut-être l'intrigante ouverture sur ce chantier saisi depuis le ciel sous des lumières artificielles au coeur de la nuit. Le début fait envie, on a envie de savoir, et puis patatras...   

Comment se laisser piéger par son propre dispositif ? C'est vraiment ce qui arrive à ce film, Le Choix, qui semble engoncé, prisonnier de cette seule idée - maigrelette - de mise en scène qui consiste à faire vivre une intrigue en restant fixé (ou presque) sur le visage de l'acteur principal.

C'est à dire qu'il y a si peu de variation dans l'exploration de ce dispositif (alors qu'on aurait légitimement pu aller du côté de la boîte à gants, la banquette arrière, le coffre, les alentours pendant une halte dans une station service, le toit, les roues, le rétroviseur comme par exemple chez Scorsese...) que je ne comprends pas qu'on ne se soit pas contenté d'un dispositif type Calls qui convenait parfaitement : la succession d'échanges téléphoniques jusqu'au dénouement. Et ça nous aurait épargné de passer 1h20 à regarder Vincent Lindon s'écouter parler... Parce qu'au final, c'est tout ce qui reste. Le ridicule étant poussé jusqu'à montrer le personnage principal parler à voix haute à son père... Pour bien faire comprendre au spectateur les raisons (improbables) pour lesquelles il abandonne le chantier de sa vie en pleine nuit et met en péril sa vie de famille (apparemment tranquille et heureuse)... On comprend que c'est pour une femme qu'il ne connait absolument pas et parce que lui aurait été abandonné (ou pas reconnu) à la naissance... C'est un peu léger tout de même. Le héros ne cesse de répéter "j'arrive dans une heure" (dans une voiture qui fait du surplace), "je ne suis pas le compagnon" (on n'a pas assez de clé pour comprendre la nature de leur relation) ,"je la connais à peine mais je suis le père" (Et qu'est-ce qui lui donne une telle certitude ? Il a demandé un test ADN sur le foetus ? S'il y a bien une certitude en la matière, c'est que les femmes sont bien les seules à savoir viscéralement qui est le père... M. Cross devrait le savoir, il n'a plus 20 ans).        

Ou alors eut-il fallu achever le récit comme dans Les yeux Noirs (Nikita Mikhalkov), par une apparition une rencontre miraculeuse  : nous donner à voir cette femme ou ce bébé qui lui ont tourné la tête et dont on a tant entendu parlé... Mais même ça, on n'y aura pas droit...

Le choix est donc une sorte de non-film, qui n'accouche jamais de lui-même, s'achève d'ailleurs à un feu rouge. Il est bavard, inutile, et paradoxalement prévisible et statique. Un comble pour un film à bord d'une voiture en mouvement.

Une idée me vient pour finir : comment aurait-on tourné cette histoire avant l'avènement des portables ? Qu'en aurait fait Alfred Hitchcock ? Probablement qu'il aurait joué sur les temps de "reconnexion" avec le vacarme de la vie, de cabine téléphonique en cabine téléphonique, d'aire de repos en station service, pour créer le trouble chez toutes celles et tous ceux qui se seraient légitimement inquiété ce son absence soudaine à la maison ou sur le chantier... Et puis, et puis, on aurait gardé la tête haute et quelques valeurs en démontrant combien conduire et téléphoner ne font vraiment pas bon ménage...         

jeudi 2 avril 2026

Samhain (2021)

 

La dernière image ? Celle qui frappe au coeur je trouve c'est ce moment volé dans la nuit où la jeune fille surprend sa mère (où ce qu'elle croit être sa mère) en train d'enfoncer sa main puis son bras dans la gorge...  Saisissant. Ca m'a rappelé un moment traumatisant des années 80 (fameuse scène de dévoration de la série V).

Oui mais voilà, ça ne suffit à pas à faire un film. On sent les quelques références (principalement l'invasion des profanateurs de sépulture), on peut trouver sympathique ce cadre familial qui peut parfois rappeler l'univers social des films de Ken Loach (dans sa grande époque) mais tout s'estompe vite et sombre dans un rythme sans ressort : la narration en cause, sorte de déroulement attendu où les personnages sont comme aveuglés, sans volonté propre, où leurs réactions n'ont rien de crédible. Et ce côté bien trop prévisible, à l'avenant, permet sans le vouloir au ridicule de s'inviter, d'être frôlé en permanence... Et encore, je suis gentil. Très mauvais. Très très mauvais !

Teddy (2020)


La dernière image ? La seule qui fait mouche c'est la lame de rasoir sur la langue ou la pince à épiler dans l'oeil. Deux moments dans la veine d'Un Chien Andalou (Luis Bunuel).

L'humour est plutôt appréciable et même surprenant au début. C'est une bonne idée cet esprit décalé mais il y a un côté Groland qui ne tient pas la route dès lors que la mise en scène est totalement absente des débats et que par conséquent l'on reste à un univers potache sans grande ambition cinématographique. Par ailleurs difficile dans ces conditions d'espérer faire (même un tout petit peu) peur.

Dommage car avec un tel héritage à assumer (Le loup-garou de Londres, Hurlements, Wolfen, Dog Soldiers, La compagnie des loups, Thriller) il était légitime d'essayer de faire preuve d'un peu d'imagination. Et au final, on sent le manque de moyens, mais la narration elle-même est pauvre en idées neuves. On a le sentiment d'avoir vu et revu 1 milliard de fois ces petits dérangements du quotidien qui font émerger l'inquiétude puis la monstruosité (toute la fin façon Frankenstein)...

Seul point positif : cet acteur au visage et au regard singuliers qui font du bien dans un paysage où les même têtes viennent et reviennent sans cesse pour notre plus grande lassitude...

mercredi 1 avril 2026

Dangerous animals (2025)

 

La dernière image ? Probablement que le premier sacrifice d'une jeune femme est le plus terrifiant. Il laisse imaginer l'horreur absolue vécue par cette femme sans défense, offerte aux squales dans la nuit noire....

Globalement, le film est truffé de bonnes idées et mise sur une surenchère assez jouissive, mélangeant les genres (Jaws & Le Voyeur pour résumer) sans perdre de vue son efficacité qui va croissante à mesure que la détermination et l'inventivité du jeune et beau couple à naître se heurtent à l'inéluctable, la fatalité incarnée par le serial fisher killer ...

Ce qui laisse un peu sur sa faim c'est la légèreté de l'ensemble (un film sans enjeu profond, ni sur le plan esthétique ni sur le plan narratif) qui en reste au divertissement un peu vain.

Par ailleurs, je pense que le film aurait nettement gagné à développer un personnage de tueur en série plus complexe, plus ambigu. En l'état, il s'apparente plus à une personnification de la mort un peu light... Le fait d'en faire par exemple un ex-mari congédié (plus jeune, séduisant, en apparence le mec parfait) devenu cinglé de jalousie (ne supportant pas d'être rejeté) et recréant malgré lui avec l'irruption du personnage de l'amant d'un soir le fameux triangle amoureux létal où tout part en sucette aurait certainement ajouté un "sous-texte" sociétal forcément intéressant. En l'état il est un Dexter du mal pas très fûté malgré ce qu'il en dit et triant ses cassettes video comme un gros teubê... C'est d'ailleurs pas très sympa pour les pêcheurs du monde entier qui pourront légitimement se sentir montrés du doigt (comme celui qu'elle dévore goulument pour échapper à l'étreinte des menottes).

mardi 31 mars 2026

Présence (2024)


La dernière image ? Probablement toute la dramatique installation de la scène de meurtre par un psychopathe (dont l'âge n'aurait pourtant jamais laissé imaginer qu'il puisse être l'égal d'un Hannibal Lecter. Et pourtant, quand on y pense, Lecter a été jeune un jour lui aussi). Il y a quelque chose d'insoutenable dans ce qui se déroule sous nos yeux sans que nous puissions y faire quoi que ce soit.  Heureusement, un esprit veille... 

C'est ce qui m'a mis la puce à l'oreille... Cette impuissance ressentie du spectateur qu'il partage avec le personnage de Chloé soulève une question : comment sortir du voyeurisme abêtissant d'une séquence insoutenable come celle du viol d'Irréversible par exemple ? C'est comme si Soderbergh avait intelligemment trouvé la réponse... La caméra subjective peut devenir le regard d'un être invisible posé sur le monde du film et qui devient un point de vue secourable au vrai sens du terme, parce qu'en capacité d'agir.

Etonnant Soderbergh qui parvient encore et toujours son tour de magicien l'air de ne pas y toucher. Il m'épate parce qu'il parvient à renouveler un genre (le film de maison hantée ou de fantômes) sans crier gare. Il invente le film de fantôme où le fantôme vient soudain du futur (révélation géniale de la toute fin), fendant les contraintes éternelles de l'espace-temps et renouvelant brutalement les codes de ce genre où le passé traditionnellement venait hanter le présent. Rien que cette seule idée est fabuleuse et méritait un film ! 

Il est par ailleurs question ici d'un "tueur en série" à la gueule d'ange, insoupçonnable, à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Et le film évoque la façon dont le mystère de l'au-delà peut venir à notre secours si l'on veut bien consentir à y croire. En cela, le film dépoussière formellement mais aussi sur le plan de la narration et même sur un plan thématique nombre d'idées reçues sur des genres qui mis bout à bout sous le regard de Soderbergh revivent de façon simple (humble en apparence) et intense pour nous ravir.

Décidément Steven, tu es épatant !

lundi 30 mars 2026

Pour une poignée de dollars (1964)


La dernière image ? Probablement que la séquence du "revenant" est de loin la plus marquante. Pas nécessairement réaliste mais graphique et ce poncho finit par y trouver son rôle ultime à la saveur intacte... Que cache-t-il au fond ? Pas une arme létale du genre de cette mitrailleuse (fameuse scène du massacre sous les yeux de Clint et de son vieux copain) mais juste une plaque de métal prompte à renvoyer les balles les plus meurtrières... Vu de l''extérieur, le Clint semble alors immortel. 

Les chefs d'oeuvre arriveront plus tard mais ici déjà s'entremêlent puissance de score (Ennio Morricone), art du gros plan sur des visages peu amènes, mais aussi et surtout figure du héros mutique dont le seul regard fait des ravages... Econome de ses mots, tueur à ses heures mais homme au grand coeur aussi... Un Samouraï avant l'heure. C'est d'autant plus vrai que voilà un remake (Le garde du Corps d'Akira Kurosawa, 1961) qui a fini par faire oublier l'original en ayant su imposer ses propres singularités. 

je suis d'ailleurs fan de cette intrigue (empruntée au film de Kurosawa) où "l'étranger" vient semer la zizanie entre deux clans ennemis à cran et prompts à s'entredéchirer à la moindre étincelle... J'adore aussi ces amitiés nouées ici et là comme celle avec le croque-mort toujours prêt à livrer un beau cercueil tout beau, tout neuf.

dimanche 29 mars 2026

28 ans plus tard (2025)


La dernière image ? La poursuite à pied sur le pseudo passage du Gois est assez réussie et fait partie de ces moments qui font mouche.

Pour le reste, louable est l'intention dans un contexte post apocalyptique de faire remonter à la surface des thématiques du quotidien : adultère, démence, cancer incurable, euthanasie... Mais ça ne suffit guère. Cette histoire de bébé né d'un zombie, c'est du déjà vu chez Zack Snyder (Dawn of the dead), l'histoire du zombie ALPHA, c'est du déjà vu chez, tiens tiens,  Zack Snyder (Army of the dead). Ce qui fait que l'univers censé renouveler la franchise semble aller un peu partout à la fois dans dépoussiérer grand-chose... On retrouve la figure des Zombies "surhommes", celle des cannibales des films de Ruggero Deodato, celle des gros gluants, lents et rampants de Lucio Fulci et les sempiternelles factions de survivants cultivant de nauséabnondes idées d'extrême-droite... Rien de bien neuf par ici et donc de très intéressant.

Et je ne parle même pas de la vraisemblance de l'intrigue (emmener sa maman malade sans vraiment savoir où aller... Chercher à ramener le docteur, vu son état, aurait été bien plus crédible...) ou des rebondissements bienvenus et répétés (à l'identique) comme l'irruption salvatrice du soldat sur le toit de la station service, ou celle tombée du ciel du docteur peinturluré d'iode, voire celle providentielle des nazillons blondinets de la scène finale... Quel manque d'imagination tout de même.

samedi 28 mars 2026

Outrages (1989)


La dernière image ? Toute la tentative d'assassinat reprend les codes si parfaitement maîtrisés de De Palma lorsqu'il est question de faire monter la tension par le seul truchement de la mise en scène, alternant divinement vision subjective et caméra à hauteur de héros flairant le mauvais coup... Climax et moment "Depalmien" que l'on voit et reverra avec délice.

Le film affiche la couleur (Casualties of war) et a le mérite d'aborder un sujet peu traité dans les films de guerre : les crimes passés sous silence dont beaucoup se sont rendus coupables misant sur la complicité de la hiérarchie, comptant également sur le fait de "mouiller" tous les soldats concernés... Dès lors que l'un d'entre eux se désolidarise, le vice décomplexé peut alors être combattu (mais à ses risques et périls). En cela, le film méritait de voir le jour. Je trouve d'ailleurs Michael J Fox vraiment inspiré. Son regard est le nôtre, son innocence est celle du spectateur.

En revanche, le film souffre de deux choses. D'abord d'un trop plein de bons sentiments : la musique, l'interminable agonie, le tout appuyé par la sur-méchanceté caricaturale des soldats impliqués - je pense à Sean Penn qui fait comme d'hab des caisses. Décidément, l'ambiguïté, lui, connait pas...

Le film  souffre aussi d'une construction alambiquée : cette amorce dans un bus puis cet épilogue un peu abscons, et au milieu, un long tunnel assez mou au cours duquel les personnalités des uns et des autres restent à l'état embryonnaire (le personnage de Diaz et celui campé par Michael J Fox mis à part).

Bref, je crois que ce genre ne sied pas vraiment à ce que fait de mieux De Palma. Ou alors il aurait fallu une construction narrative plus chirurgicale (avec d'avantage d'arrières plans, d'histoires secondaires).

Resteront quelques moment forts : la séquence des pieds se baladant dans l'air irrespirable d'une galerie souterraine, la mort du copain dans une rizière et surtout la tentative d'assassinat...  

jeudi 26 mars 2026

Au hasard Balthazar (1966)


La dernière image ? Ce finale grandiose. L'aventure fut belle pour Balthazar dit le saint. Plutôt le martyre en réalité. Cette séquence au milieu des moutons est profondément touchante.

L'on se rappelle que le film est affaire des petits arrangements, des petites bassesses prises dans le regard de l'innocence.

Ce qui frappe c'est aussi le sens inné du cadre et du rythme de Bresson. Cet homme a été touché par la grâce tant chaque plan fait mouche.

La vie dans l'oeil d'une bête de somme qui incarne aussi l'enfance dans sa très grande pureté.

Je suis plus réservé sur la galerie de personnages (tous plus veules les uns que les autres) qu'on aurait voulu parfois mieux connaître sans jamais tout à fait y parvenir. Ce qui donne au film un petit aspect décousu et parfois donnant ce sentiment de relâche de l'intensité. On ralentit et on repart, c'est le hic avec le recul quand on rêverait d'une narration éclatée mais dont l'intensité grandirait crescendo.

samedi 14 mars 2026

Une bataille après l'autre (2025)


La dernière image ? Le regard de Leonardo Di Caprio dans cette supérette où le personnage incarné par Sean Penn lui confie son goût pour les femmes noires. Ce regard n'a pas de prix et prouve s'il en était besoin que voilà bien ce qu'est un acteur hors catégorie.

Le film, on m'en a vanté le génie encore et encore, j'étais donc un peu conditionné probablement. J'ai beaucoup aimé l'ambition, le tragi-comique, la mise en scène enlevée, le jeu de Di Caprio essentiellement mais j'ai personnellement des petites choses à redire ici et là. 

Pour commencer j'adore les ressorts comiques et le fait d'ancrer le héros dans un personnage à la Big Lebowski qui le cerveau bouffé par trop de fumette fait que la mémoire lui joue des tours lorsqu'il est question de sauver ses petites fesses... Toute cette dimension est magnifiée par un acteur dément qui trouve là un de ses plus grands rôles (je mets Catch me if you can dans le trio de tête).

Pour rester sur la dimension satirique, je trouve tout de même dommage qu'autant d'importance ait été dévolue au perso de Sean Penn. Je trouve (c'est mon avis) que ce dernier en fait vraiment des caisses. Déjà dans Mystic River, c'était celui qui m'en avait gâché le plaisir (dans un autre registre, mélodramatique, qui lui allait d'ailleurs mieux). Ici il en fait beaucoup, beaucoup trop. J'encourage  à aller revoir Peter Sellers ou George Sanders dans Doctor Strangelove pour apprécier ce qu'un génie comique peut apporter à un tel rôle pour faire rire jaune tout en refilant des sueurs froides au spectateur... Ici le perso est tellement caricatural, à ce point Dumber (même pas Dumb) qu'on finit par en être gêné pour lui et ne même plus être effaré par l'horreur abjecte qui défile tranquillement sous nos yeux. C'est vraiment dommage...

Par ailleurs, le personnage de la fille manque de quelque chose. On ne la connaît pas assez bien pour apprécier les décisions radicales qu'elle va prendre au cours du film. Et c'est un des points faibles à mon sens : on passe trop vite de sa naissance à son cursus impeccable l'année de ses 16 ans. Ces 16 années là manquent pour comprendre bien de choses. Parce qu'en l'état le raccourci qui mène de ses bonnes notes à l'école jusqu'à son entraînement derrière un couvent pour s'entraîner à la kalach sur des pastèques, n'apparaît utile que pour rendre crédible la scène où elle sait se servir d'un pistolet pour dézinguer le tueur à gages.

Dernière réserve : la thèse reste gentiment flatteuse pour l'extrême gauche qui fait des victimes accidentelles la larme à l'oeil (le vigile dans la banque) avec une morale plutôt "good guy" à son égard quand l'extrême droite renvoie (efficacement) à l'administration Trump et sa clique de demeurés en charge. Mais je pense que le portrait aurait gagné a être plus nuancé côté extrême gauche. Pas sûr qu'on soit en présence de gentils pieds nickelés, idéalistes, maladroits, égoïstes parfois mais portés par de nobles idéaux. Pas si sûr. 

Mais le film reste un film d'action mâtiné de comédie efficace et surtout porté par un acteur en état de grâce.

            

mercredi 11 mars 2026

Bugonia (2025)

 

La dernière image ? Ce  rasage de cheveux en bonne et due forme à l'arrache dans une voiture volée à ladite extraterrestre supposée. Assez traumatisant malgré l'absence d'effets spéciaux. Comme quoi certaines images crues se suffisent à elles-mêmes pour marquer durablement les esprits.

Bon, mais sorti de là, qu'est-ce que c'est lourd et pas intéressant. On navigue comme dans The Lobster de cliché en cliché avec des personnages sans aucune profondeur et qui ne sont que prétextes vivants à faire exister le pitch du réalisateur qui tient presque sur un emballage Carambar. Je vous le donne en mille : 2 illuminés persuadés que les grands de ce monde sont des extraterrestres s'acharnent sur une cheffe d'entreprise très en vue. Ils sont flippants jusqu'à ce qu'on se demande si leur incurable et criminelle bêtise ne cache pas tout bonnement un génie visionnaire qui autoriserait toutes les mises en charpies de patrons du CAC 40...

Alors quoi, Invasion L.A. était inspiré de faits réels ?


Le Robot Sauvage (2024)

 

La dernière image ? Ces probables retrouvailles dans des champs ordonnés qui ne laissent aucun doute sur le fait que les robots (comme les moutons électriques) ont une âme !  

Début moyen : ça commence comme Madagascar ou Wall E... pas forcément très original.

Et puis c'est quand même finaud :  ce robot né pour assister de façon bienveillante se retrouve confronté à la nécessaire cruauté du monde animal (il faut bien survive). Très bien vu. Souvent décoiffant même !

Puis arrive l'histoire du "vilain petit canard" élevé par un robot, à nouveau on se dit que cette histoire on l'a trop lue et vue ici et là...

Et encore une fois, la décrépitude et la "chair devenu faible" du robot, divinement humanisé (au sens le plus noble du terme) dans son empathie et ses ressorts psychologiques amène tout droit à une séquence très bien sentie d'arche de Noé dans un campement type Koh Lanta où chacun se rebiffe et réfrène ses instincts premiers. Pas très crédible, un peu neuneu mais la séquence façon La Moufle a du souffle. 

Pendant ce temps, les oiseaux migrateurs se sont posés pour échapper à une tempête dans un monde clos et on n'y croit à nouveau qu'à moitié, cette idée convoquant trop d'images déjà vues par le passé.

Mais là encore, le retour des oiseaux coïncidant avec l'arrivée des "méchants" façon Avatar est pas mal senti du tout avec ces flammes et ces combats apocalyptiques de robots "tueurs" face à une nature soudée .

Voilà donc au final un univers à la fois audacieux, novateur et parfois tristement niaiseux et déjà vu.

C'est un peu les montagnes russes, mais ça vaut le détour pour tout ce qu'il recèle de joyeuses trouvailles.   


vendredi 30 janvier 2026

Le cuirassé Potemkine (1925)

 

La dernière image ? comme pour La Bataille du Rail, voilà un film de propagande truffé d'images marquantes : des plans magnifiques sur ce bateau (cale ou pont) à la nuit tombée notamment, les corps (Strange fruits) qui se baladent au bout d'une corde lors d'une vision brève d'un matelot sur le navire d'où la révolution partira.

Puis naturellement viennent les incroyables images d'une foule immense serrée sur une digue semblant surgie de l'océan. Enfin j'adore (et chacun y est tellement revenu depuis) cette séquence mythique des escaliers, de cet enfant porté à bout de bras par sa mère face à la répression dont les ombres s'allongent et la traversent, puis du landau (image encore plus forte) qui dévale lors de travellings en cascade audacieux.

En revanche, comme pour le film de René Clément je trouve le film un peu limité dans son écriture, dans son message (sans grande ambiguïté, ne suscitant pas de grande réflexion) qui rappelle simplement et bruyamment combien un peuple uni et combattif peut s'octroyer de beaux lendemains.

1h11 à peine et voilà une histoire de révolte vite expédiée. Resteront ces images à jamais gravées dans nos mémoires de cinéphile et ce morceau d'anthologie lorsque la machine est enfin lancée qui voit les "moteurs" du navire et le la révolution s'emballer dans un sprint final ébouriffant.

jeudi 29 janvier 2026

La bataille du rail (1946)

 
La dernière image ? A vrai dire le film n'est qu'images puissantes et pour cause il est question ici de propagande et d'un devoir de mémoire aussi. L'idée est donc de marquer les esprits. L'image qui reste, c'est cet homme à l'instant d'être exécuté dont le regard se fixe sur une araignée facétieuse sur le mur contre lequel il va s'étendre puis s'éteindre...

Mais bien d'autres images reviennent : des hommes noyés jusqu'au cou dans la cuve d'une locomotive, un train de marchandises qui déraille (véritable déraillement ai-je lu), également toute la séquence où des corps désarticulés de résistants (sur un arbre, dans un sous-bois, aux abords d'un point d'eau) se succèdent et rappellent étrangement de futures séquences dans de célèbres films sur le Vietnam... Le film peut être vu ainsi, pour la puissance de sa mise en scène, inventive, tout en privilégiant la dimension documentaire, cherchant à plonger viscéralement dans le réel. Ce qui pour l'époque est saisissant.

En revanche, le film pâtit vraiment d'un côté répétitif (sabotage après sabotage jusqu'à la libération) où les personnages sont à peine effleurés (tout juste des silhouettes dans le petit matin), et surtout beaucoup trop de manichéisme : tous des héros jusqu'au bout des ongles sales. Et les femmes au fait, où étaient-elles ? Elles résistaient elles aussi mon vieux René Clément. Et puis quoi encore !

mardi 27 janvier 2026

Les fraises sauvages (1958)

 


La dernière image ? Ce tableau de fin. Isaac retrouve enfin ses parents réunis sur un rocher en bord de lac ou de mer. Lui pêche, elle est à ses côtés. Image d'une beauté, d'une tendresse infinies. Pour capter cet instant d'éternité, le film vaut amplement le détour. Le chemin qui y mène est somme toute classique (un road-movie entre un vieil homme et sa belle-fille) mais raconté avec une sensibilité et une imagination qui rendent le voyage fascinant.

La force du film réside aussi dans la capacité du metteur en scène par le biais de la mise en scène et du découpage (brillantissimes) à susciter l'émotion, à faire s'entremêler habilement passé et présent, livrant des clés sur cet homme et sur ce qu'il a transmis sans vraiment le vouloir à son fils : une froideur, une distance, l'expression d'une peur face aux peines de coeur et tout ce que l'existence peut vous faire endurer... Comme la perte d'êtres chers. Tout est toujours suggéré entre les lignes.

J'aime beaucoup aussi les envolées sombres un peu folles qui permettent aux cauchemars d'Isaac de s'incarner : la scène de la charrette "fantôme" évidemment puis celle de l'endormissement dans la voiture qui mène au procès en incompétence. 

Vraiment un très beau film de Bergman, à la fois personnel, intime, et tellement universel qui nous parle de ce qu'on a de plus cher... L'enfance, où tout se construit puis tout se perd dans les limbes de nos rêveries lorsque les vieux jours sont arrivés. Alors vraiment c'est le seul endroit qui vaille, où il fasse bon vivre, même en pensée.