C'est ce qui m'a mis la puce à l'oreille... Cette impuissance ressentie du spectateur qu'il partage avec le personnage de Chloé soulève une question : comment sortir du voyeurisme abêtissant d'une séquence insoutenable come celle du viol d'Irréversible par exemple ? C'est comme si Soderbergh avait intelligemment trouvé la réponse... La caméra subjective peut devenir le regard d'un être invisible posé sur le monde du film et qui devient un point de vue secourable au vrai sens du terme, parce qu'en capacité d'agir.
Etonnant Soderbergh qui parvient encore et toujours son tour de magicien l'air de ne pas y toucher. Il m'épate parce qu'il parvient à renouveler un genre (le film de maison hantée ou de fantômes) sans crier gare. Il invente le film de fantôme où le fantôme vient soudain du futur (révélation géniale de la toute fin), fendant les contraintes éternelles de l'espace-temps et renouvelant brutalement les codes de ce genre où le passé traditionnellement venait hanter le présent. Rien que cette seule idée est fabuleuse et méritait un film !
Il est par ailleurs question ici d'un "tueur en série" à la gueule d'ange, insoupçonnable, à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Et le film évoque la façon dont le mystère de l'au-delà peut venir à notre secours si l'on veut bien consentir à y croire. En cela, le film dépoussière formellement mais aussi sur le plan de la narration et même sur un plan thématique nombre d'idées reçues sur des genres qui mis bout à bout sous le regard de Soderbergh revivent de façon simple (humble en apparence) et intense pour nous ravir.
Décidément Steven, tu es épatant !