mardi 31 mars 2026

Présence (2024)


La dernière image ? Probablement toute la dramatique installation de la scène de meurtre par un psychopathe (dont l'âge n'aurait pourtant jamais laissé imaginer qu'il puisse être l'égal d'un Hannibal Lecter. Et pourtant, quand on y pense, Lecter a été jeune un jour lui aussi). Il y a quelque chose d'insoutenable dans ce qui se déroule sous nos yeux sans que nous puissions y faire quoi que ce soit.  Heureusement, un esprit veille... 

C'est ce qui m'a mis la puce à l'oreille... Cette impuissance ressentie du spectateur qu'il partage avec le personnage de Chloé soulève une question : comment sortir du voyeurisme abêtissant d'une séquence insoutenable come celle du viol d'Irréversible par exemple ? C'est comme si Soderbergh avait intelligemment trouvé la réponse... La caméra subjective peut devenir le regard d'un être invisible posé sur le monde du film et qui devient un point de vue secourable au vrai sens du terme, parce qu'en capacité d'agir.

Etonnant Soderbergh qui parvient encore et toujours son tour de magicien l'air de ne pas y toucher. Il m'épate parce qu'il parvient à renouveler un genre (le film de maison hantée ou de fantômes) sans crier gare. Il invente le film de fantôme où le fantôme vient soudain du futur (révélation géniale de la toute fin), fendant les contraintes éternelles de l'espace-temps et renouvelant brutalement les codes de ce genre où le passé traditionnellement venait hanter le présent. Rien que cette seule idée est fabuleuse et méritait un film ! 

Il est par ailleurs question ici d'un "tueur en série" à la gueule d'ange, insoupçonnable, à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Et le film évoque la façon dont le mystère de l'au-delà peut venir à notre secours si l'on veut bien consentir à y croire. En cela, le film dépoussière formellement mais aussi sur le plan de la narration et même sur un plan thématique nombre d'idées reçues sur des genres qui mis bout à bout sous le regard de Soderbergh revivent de façon simple (humble en apparence) et intense pour nous ravir.

Décidément Steven, tu es épatant !

lundi 30 mars 2026

Pour une poignée de dollars (1964)


La dernière image ? Probablement que la séquence du "revenant" est de loin la plus marquante. Pas nécessairement réaliste mais graphique et ce poncho finit par y trouver son rôle ultime à la saveur intacte... Que cache-t-il au fond ? Pas une arme létale du genre de cette mitrailleuse (fameuse scène du massacre sous les yeux de Clint et de son vieux copain) mais juste une plaque de métal prompte à renvoyer les balles les plus meurtrières... Vu de l''extérieur, le Clint semble alors immortel. 

Les chefs d'oeuvre arriveront plus tard mais ici déjà s'entremêlent puissance de score (Ennio Morricone), art du gros plan sur des visages peu amènes, mais aussi et surtout figure du héros mutique dont le seul regard fait des ravages... Econome de ses mots, tueur à ses heures mais homme au grand coeur aussi... Un Samouraï avant l'heure. C'est d'autant plus vrai que voilà un remake (Le garde du Corps d'Akira Kurosawa, 1961) qui a fini par faire oublier l'original en ayant su imposer ses propres singularités. 

je suis d'ailleurs fan de cette intrigue (empruntée au film de Kurosawa) où "l'étranger" vient semer la zizanie entre deux clans ennemis à cran et prompts à s'entredéchirer à la moindre étincelle... J'adore aussi ces amitiés nouées ici et là comme celle avec le croque-mort toujours prêt à livrer un beau cercueil tout beau, tout neuf.

dimanche 29 mars 2026

28 ans plus tard (2025)


La dernière image ? La poursuite à pied sur le pseudo passage du Gois est assez réussie et fait partie de ces moments qui font mouche.

Pour le reste, louable est l'intention dans un contexte post apocalyptique de faire remonter à la surface des thématiques du quotidien : adultère, démence, cancer incurable, euthanasie... Mais ça ne suffit guère. Cette histoire de bébé né d'un zombie, c'est du déjà vu chez Zack Snyder (Dawn of the dead), l'histoire du zombie ALPHA, c'est du déjà vu chez, tiens tiens,  Zack Snyder (Army of the dead). Ce qui fait que l'univers censé renouveler la franchise semble aller un peu partout à la fois dans dépoussiérer grand-chose... On retrouve la figure des Zombies "surhommes", celle des cannibales des films de Ruggero Deodato, celle des gros gluants, lents et rampants de Lucio Fulci et les sempiternelles factions de survivants cultivant de nauséabnondes idées d'extrême-droite... Rien de bien neuf par ici et donc de très intéressant.

Et je ne parle même pas de la vraisemblance de l'intrigue (emmener sa maman malade sans vraiment savoir où aller... Chercher à ramener le docteur, vu son état, aurait été bien plus crédible...) ou des rebondissements bienvenus et répétés (à l'identique) comme l'irruption salvatrice du soldat sur le toit de la station service, ou celle tombée du ciel du docteur peinturluré d'iode, voire celle providentielle des nazillons blondinets de la scène finale... Quel manque d'imagination tout de même.

samedi 28 mars 2026

Outrages (1989)


La dernière image ? Toute la tentative d'assassinat reprend les codes si parfaitement maîtrisés de De Palma lorsqu'il est question de faire monter la tension par le seul truchement de la mise en scène, alternant divinement vision subjective et caméra à hauteur de héros flairant le mauvais coup... Climax et moment "Depalmien" que l'on voit et reverra avec délice.

Le film affiche la couleur (Casualties of war) et a le mérite d'aborder un sujet peu traité dans les films de guerre : les crimes passés sous silence dont beaucoup se sont rendus coupables misant sur la complicité de la hiérarchie, comptant également sur le fait de "mouiller" tous les soldats concernés... Dès lors que l'un d'entre eux se désolidarise, le vice décomplexé peut alors être combattu (mais à ses risques et périls). En cela, le film méritait de voir le jour. Je trouve d'ailleurs Michael J Fox vraiment inspiré. Son regard est le nôtre, son innocence est celle du spectateur.

En revanche, le film souffre de deux choses. D'abord d'un trop plein de bons sentiments : la musique, l'interminable agonie, le tout appuyé par la sur-méchanceté caricaturale des soldats impliqués - je pense à Sean Penn qui fait comme d'hab des caisses. Décidément, l'ambiguïté, lui, connait pas...

Le film  souffre aussi d'une construction alambiquée : cette amorce dans un bus puis cet épilogue un peu abscons, et au milieu, un long tunnel assez mou au cours duquel les personnalités des uns et des autres restent à l'état embryonnaire (le personnage de Diaz et celui campé par Michael J Fox mis à part).

Bref, je crois que ce genre ne sied pas vraiment à ce que fait de mieux De Palma. Ou alors il aurait fallu une construction narrative plus chirurgicale (avec d'avantage d'arrières plans, d'histoires secondaires).

Resteront quelques moment forts : la séquence des pieds se baladant dans l'air irrespirable d'une galerie souterraine, la mort du copain dans une rizière et surtout la tentative d'assassinat...  

jeudi 26 mars 2026

Au hasard Balthazar (1966)


La dernière image ? Ce finale grandiose. L'aventure fut belle pour Balthazar dit le saint. Plutôt le martyre en réalité. Cette séquence au milieu des moutons est profondément touchante.

L'on se rappelle que le film est affaire des petits arrangements, des petites bassesses prises dans le regard de l'innocence.

Ce qui frappe c'est aussi le sens inné du cadre et du rythme de Bresson. Cet homme a été touché par la grâce tant chaque plan fait mouche.

La vie dans l'oeil d'une bête de somme qui incarne aussi l'enfance dans sa très grande pureté.

Je suis plus réservé sur la galerie de personnages (tous plus veules les uns que les autres) qu'on aurait voulu parfois mieux connaître sans jamais tout à fait y parvenir. Ce qui donne au film un petit aspect décousu et parfois donnant ce sentiment de relâche de l'intensité. On ralentit et on repart, c'est le hic avec le recul quand on rêverait d'une narration éclatée mais dont l'intensité grandirait crescendo.

samedi 14 mars 2026

Une bataille après l'autre (2025)


La dernière image ? Le regard de Leonardo Di Caprio dans cette supérette où le personnage incarné par Sean Penn lui confie son goût pour les femmes noires. Ce regard n'a pas de prix et prouve s'il en était besoin que voilà bien ce qu'est un acteur hors catégorie.

Le film, on m'en a vanté le génie encore et encore, j'étais donc un peu conditionné probablement. J'ai beaucoup aimé l'ambition, le tragi-comique, la mise en scène enlevée, le jeu de Di Caprio essentiellement mais j'ai personnellement des petites choses à redire ici et là. 

Pour commencer j'adore les ressorts comiques et le fait d'ancrer le héros dans un personnage à la Big Lebowski qui le cerveau bouffé par trop de fumette fait que la mémoire lui joue des tours lorsqu'il est question de sauver ses petites fesses... Toute cette dimension est magnifiée par un acteur dément qui trouve là un de ses plus grands rôles (je mets Catch me if you can dans le trio de tête).

Pour rester sur la dimension satirique, je trouve tout de même dommage qu'autant d'importance ait été dévolue au perso de Sean Penn. Je trouve (c'est mon avis) que ce dernier en fait vraiment des caisses. Déjà dans Mystic River, c'était celui qui m'en avait gâché le plaisir (dans un autre registre, mélodramatique, qui lui allait d'ailleurs mieux). Ici il en fait beaucoup, beaucoup trop. J'encourage  à aller revoir Peter Sellers ou George Sanders dans Doctor Strangelove pour apprécier ce qu'un génie comique peut apporter à un tel rôle pour faire rire jaune tout en refilant des sueurs froides au spectateur... Ici le perso est tellement caricatural, à ce point Dumber (même pas Dumb) qu'on finit par en être gêné pour lui et ne même plus être effaré par l'horreur abjecte qui défile tranquillement sous nos yeux. C'est vraiment dommage...

Par ailleurs, le personnage de la fille manque de quelque chose. On ne la connaît pas assez bien pour apprécier les décisions radicales qu'elle va prendre au cours du film. Et c'est un des points faibles à mon sens : on passe trop vite de sa naissance à son cursus impeccable l'année de ses 16 ans. Ces 16 années là manquent pour comprendre bien de choses. Parce qu'en l'état le raccourci qui mène de ses bonnes notes à l'école jusqu'à son entraînement derrière un couvent pour s'entraîner à la kalach sur des pastèques, n'apparaît utile que pour rendre crédible la scène où elle sait se servir d'un pistolet pour dézinguer le tueur à gages.

Dernière réserve : la thèse reste gentiment flatteuse pour l'extrême gauche qui fait des victimes accidentelles la larme à l'oeil (le vigile dans la banque) avec une morale plutôt "good guy" à son égard quand l'extrême droite renvoie (efficacement) à l'administration Trump et sa clique de demeurés en charge. Mais je pense que le portrait aurait gagné a être plus nuancé côté extrême gauche. Pas sûr qu'on soit en présence de gentils pieds nickelés, idéalistes, maladroits, égoïstes parfois mais portés par de nobles idéaux. Pas si sûr. 

Mais le film reste un film d'action mâtiné de comédie efficace et surtout porté par un acteur en état de grâce.

            

mercredi 11 mars 2026

Bugonia (2025)

 

La dernière image ? Ce  rasage de cheveux en bonne et due forme à l'arrache dans une voiture volée à ladite extraterrestre supposée. Assez traumatisant malgré l'absence d'effets spéciaux. Comme quoi certaines images crues se suffisent à elles-mêmes pour marquer durablement les esprits.

Bon, mais sorti de là, qu'est-ce que c'est lourd et pas intéressant. On navigue comme dans The Lobster de cliché en cliché avec des personnages sans aucune profondeur et qui ne sont que prétextes vivants à faire exister le pitch du réalisateur qui tient presque sur un emballage Carambar. Je vous le donne en mille : 2 illuminés persuadés que les grands de ce monde sont des extraterrestres s'acharnent sur une cheffe d'entreprise très en vue. Ils sont flippants jusqu'à ce qu'on se demande si leur incurable et criminelle bêtise ne cache pas tout bonnement un génie visionnaire qui autoriserait toutes les mises en charpies de patrons du CAC 40...

Alors quoi, Invasion L.A. était inspiré de faits réels ?


Le Robot Sauvage (2024)

 

La dernière image ? Ces probables retrouvailles dans des champs ordonnés qui ne laissent aucun doute sur le fait que les robots (comme les moutons électriques) ont une âme !  

Début moyen : ça commence comme Madagascar ou Wall E... pas forcément très original.

Et puis c'est quand même finaud :  ce robot né pour assister de façon bienveillante se retrouve confronté à la nécessaire cruauté du monde animal (il faut bien survive). Très bien vu. Souvent décoiffant même !

Puis arrive l'histoire du "vilain petit canard" élevé par un robot, à nouveau on se dit que cette histoire on l'a trop lue et vue ici et là...

Et encore une fois, la décrépitude et la "chair devenu faible" du robot, divinement humanisé (au sens le plus noble du terme) dans son empathie et ses ressorts psychologiques amène tout droit à une séquence très bien sentie d'arche de Noé dans un campement type Koh Lanta où chacun se rebiffe et réfrène ses instincts premiers. Pas très crédible, un peu neuneu mais la séquence façon La Moufle a du souffle. 

Pendant ce temps, les oiseaux migrateurs se sont posés pour échapper à une tempête dans un monde clos et on n'y croit à nouveau qu'à moitié, cette idée convoquant trop d'images déjà vues par le passé.

Mais là encore, le retour des oiseaux coïncidant avec l'arrivée des "méchants" façon Avatar est pas mal senti du tout avec ces flammes et ces combats apocalyptiques de robots "tueurs" face à une nature soudée .

Voilà donc au final un univers à la fois audacieux, novateur et parfois tristement niaiseux et déjà vu.

C'est un peu les montagnes russes, mais ça vaut le détour pour tout ce qu'il recèle de joyeuses trouvailles.