dimanche 10 mai 2026

Les Maudites (2024)

 

Dario Argento, David Lynch, John Carpenter, Don Coscarelli, Richard Donner... J'adore ressentir des influences quand elles n'occultent pas la personnalité de l'auteur. Or c'est précisément ce que l'on ressent ici avec ce Pedro Martin-Calero qui semble s'inscrire dans la grande tradition des surdoués de la Péninsule Ibérique (d'Amenabar, de De La Iglesia en leur temps respectifs).

Ce qui me marque avec Les Maudites c'est d'abord de ressentir que la mise en scène est un langage à part entière. Un mode d'expression que le réalisateur maîtrise d'évidence, parvenant ainsi à créer le climat d'épouvante espéré tout en mettant (et c'est la deuxième bonne surprise) un point d'honneur à créer des personnages assez complexes, qui existent chacune à leur façon et permettent à l'histoire de se déployer dans une veine pas seulement horrifique mais résolument dramatique (tout partirait d'une malédiction "familiale").

C'est d'ailleurs l'originalité de l'entreprise qui cherche à faire son lit dans une veine presqu'intimiste par moments, allant même jusqu'à réserver de folles surprises : la mort brutale d'un des personnages principaux (à  la façon d'un Friedkin dans Police Fédérale Los Angeles) parmi d'autres victimes collatérales de ce fléau intergénérationnel. 

Le jeu sur les langues et nationalités créent également un patchwork assez moderne qui peut rappeler les incursions "Gordardiennes" de la Nouvelle Vague (la langue comme décalage entre les deux sexes dans A bout de souffle). Cela permet de renforcer cette idée qu'on n'échappe pas facilement à son destin où qu'on soit allé chercher une paix toujours illusoire...     

Reste ce que j'ai beaucoup moins aimé : le chapitrage un peu trop artificiel qui peut donner le sentiment que le real avait 3 "sujets" de courts ou moyens métrages qu'il a finalement tricoté pour en faire ce long pour finir un chouia bancal. Trop de sauts dans le temps et dans la géographie peuvent finir par créer chez le spectateur l'impression que le résultat se gonfle à l'hélium scénaristique d'une entreprise de synthèse pour répondre à la question fatidique : comment créer du lien entre trois personnages féminins qui n'en ont en apparence aucun ?

mercredi 6 mai 2026

The Ugly Stepsister (2025)

 

La dernière image ? Le délicieux coup de hachoir sur un bout de pied histoire de "rentrer" dans une pantoufle de verre/vair comme on essaye de rentrer dans un vieux pantalon après la prise de poids fatale... Idée fantastique,  surpuissante réflexion sur les standards d'une époque, la dictature du regard sur les corps féminins, la pensée corsetée qui dit comment réfréner la toute puissante féminité...

Ce film est un vrai cadeau. D'abord on y sent un appétit vorace pour imprimer sa marque jusque dans la mise en scène (le formidable plan séquence du début sur un table généreusement garnie), jusque dans le grain de l'image, jusque dans la musique électro anachronique, tout ces éléments additionnés venant déjà par la forme revisiter de fond en comble et avec brio le conte de Cendrillon.

D'ailleurs, je le dis tout de go : si on vous avait dit que ce film était le dernier opus de Sofia Coppola, on aurait crié à coup sûr au chef d'oeuvre et probablement qu'il aurait raflé toutes les récompenses à travers le monde. Mais voilà, c'est un premier film, et le milieu du cinéma est ainsi fait qu'on se méfie toujours des nouvelles têtes, des nouveaux venus...

Or tout est ici précieux, formidable, depuis la mort brutale du père dont le corps pourrit dans un sous-sol jusqu'à ces premières séances de chirurgie esthétique qui marquent durablement les esprits (comme le feront plus tard les séquences du ver solitaire ou de la pantoufle). Tout est fabuleusement amené et l'on souffre avec cette jeune femme dont les rêves sont restés coincés entre les pages des contes qui la bercent d'illusions...

On s'attend à une fin terrible et c'est pourtant une note légère, enlevée, qui nous accompagne au sortir du film dans le sillage des deux soeurs ragaillardies, réconciliées, reparties ensemble à l'assaut d'un nouveau destin, loin de leur mère castratrice et nauséabonde.

Cette jeune réalisatrice est assurément à suivre de très près dans les années qui viennent. Son premier film est un "petit chef d'oeuvre" comme on dit.

mardi 5 mai 2026

Indomptables (2025)


 La dernière image ? Quelques séquences frappent en plein coeur, surtout lorsqu'il est question de la vie de famille de cet homme que l'on sent droit (ses fameux "salue-moi" dans la sphère privée ou professionnelle) mais qui comme tous ces hommes trop honnêtes finit écrabouillé, soit en privé par ses enfants qui lui font payer ses largesses, ses absences, soit à la ville où l'on sent bien que sa seule bonne volonté, face aux manques de moyens, ne fait pas le poids. Un beau titre aurait d'ailleurs été Regarde les hommes tomber, mais il était déjà pris ;)  

Les séquences avec sa femme, la mater (une tante ?) ou la vendeuse Bassa lors de cette dégustation de beignets haricots sont également très touchants parce qu'il y a ici une vérité que Thomas Ngijol est allé chercher entre deux délestages aux quatre coins de la ville des 7 collines. Et j'oublie le plus important, l'acteur : un acteur fantastique (une révélation dans un rôle dramatique) qui fait vivre intensément le commissaire Bilong. Et confère au film sa mélancolie larvée, son humanité blessée. On sent que le film entend rendre hommage à l'homme de devoir, qui s'éteint un beau jour sans crier gare, sans faire de bruit, mais dont la vertu éclabousse (toujours après eux) celles et ceux qui l'ont côtoyé. A la fin, on se dit même qu'on aimerait connaître ce Commissaire Bilong.

Franchement, le cinéma attendait enfin une incursion sur la terre de nos ancêtres comme celle que réussit Thomas Ngijol avec Indomptables. C'est une réussite quasi totale. Je suis simplement réservé sur le dénouement autour de ce terrain de foot. Je trouve que la force du film (dont on ne sait pas vraiment où il nous conduit) aurait mérité un final plus puissant.. Mais reste un film très fort qui choisit justement (ça se respecte) le retour aux banalités du quotidien, à la glace qu'on a attendu toute la semaine d'aller acheter avec papa une fois l'entraînement de foot terminé...

vendredi 1 mai 2026

Pris au piège (2025)


La dernière image ? Globalement le décor, un Brooklyn (du côté de Brighton Beach dirait-on parfois comme à l'époque de Requiem for a Dream) fantasmé de la jonction des années 90 et 2000 si intelligemment reconstitué. Pas "physiquement" mais en image mentale, dans l'esprit, nous y sommes pleinement.

D'une façon générale, je suis heureux de retrouver Darren Aronofsky à un niveau que je ne lui ai pas connu depuis tellement longtemps. Cette fausse désinvolture, cet univers bigarré, puissamment iconoclaste, se plaçant habilement entre deux époques créant un décalage qui permet d'entrer plus facilement dans ce monde de film noir mais qui va piocher dans de multiples références : George Miller (Mad MaxRidley Scott (le fameux chat de Ripley). David Lynch ou Robert Aldrich (la clé pour ouvrir quoi au juste ?). On peut penser à En Quatrième vitesse notamment.

Le scénario peut parfois laisser à désirer (pourquoi tenir éloigné du héros et du spectateur la lecture que font les médias de ces tueries à répétition ?) mais il y a de l'intelligence à revendre, à commencer par ces personnages que l'on drape traditionnellement de vertu (femme et afro-américaine souvent cantonnée aux rôles de présidente US) et qui soudain deviennent des "méchants" franchement déments. tout comme les frères jumeaux qui n'ont d'orthodoxe que l'habit...    

Voilà, je retiens donc les références intelligentes, le côté épileptique, la mise en scène inspirée, le sentiment d'assister à la renaissance de Darren Aronofsky que j'ai tant aimé dans Requiem from a Dream.