mercredi 29 avril 2026

Disco Boy (2023)


La dernière image ? Il y a de fort belles images dans ce film dont on sent que le chef-opérateur comme le réalisateur avaient des ambitions (légitimes) de filmer notamment l'Afrique autrement. 

D'ailleurs la mariage de cette image léchée (souvent moderne) et de nappes électro peut rappeler l'univers d'un Nicolas Winding Refn par exemple mis sans la puissance évocatrice / métaphorique de ce dernier qui reste unique à mes yeux.

Le gros souci dans Disco Boy vient de l'absence têtue d'un scénario, d'une colonne vertébrale pour faire tenir debout sa carcasse.

On a le sentiment de traverser une ville fantôme comme Daisy Town, peuplée de personnages "cartes postales", sans épaisseur, presqu'interchangeables...  

Ce qui fait que toute les références convoquées apparaissent comme pauvres et vidées de leur substance : dans le désordre, Apocalypse Now, Predator, Platoon, Full Metal Jacket ...

Cette absence de fonds au profit d'une forme sans grand intérêt finit par donner le sentiment que le réalisateur est allé piocher ses envies dans une imagerie post-coloniale de bas étage. Je pense notamment aux séquences de danse tribale autour d'un feu dans une jungle où des personnages "ne seraient pas assez entrés dans l'Histoire" pour reprendre le mot atroce d'un président français de triste mémoire....

je reconnais qu'il y a ici de vraies ambitions en terme de mise en scène il est vrai mais je garde l'impression têtue d'avoir vu un clip video d'1h30. 

lundi 27 avril 2026

Anora (2024)


La dernière image ? La première heure est tout bonnement décoiffante. Il y a un rythme et une atmosphère qui m'ont rappelé Cassavetes mais sous amphets et qui rhabillerait Pretty Woman pour l'hiver (ou plutôt pour l'été). Et ce vrai talent pour filmer vous prend par la main jusqu'à la séquence de l'appartement au cours de laquelle le couple doit se séparer.   

Dès la dislocation du couple, le film déraille un peu, parce qu'il lorgne soudain du côté d'un voyage au bout de la nuit (jamais aussi beau que lorsqu'il est vécu en solitaire comme dans The Catcher in the Rye), sorte de jeu du chat et de la souris,  pour retrouver le jeune homme sans parvenir à vraiment captiver malgré une galerie de personnages secondaires attachants...

La fin (les parents) est hélas aussi à l'avenant, très attendue.. On voit venir le retour de l'éternelle lutte des classes avec la nécessité que chacun retrouve sa place sur l'échiquier une fois que le carrosse est redevenu citrouille. Et ce n'est pas la toute dernière séquence de b... dans une voiture qui viendra sauver quoi que ce soit malgré sa poésie sauvage.

Le film est donc "Palmedorisable" pendant 1 grosse heure puis il devient trop long et patatras : cette dernière heure est bien trop prévisible. Elle manque d'inspiration et de puissance. Dommage parce que ça démarre très fort...

dimanche 5 avril 2026

Grave (2016)


La dernière image ? Comme dans Titane, (je pense à une séquence joliment chorégraphiée dans une caserne de pompier de mémoire) je retiens certains plans-séquence avec bain de foule, un peu suspendus, portés par une musique de bon aloi comme dans ces soirées étudiantes. C'est au niveau de cette tension atmosphérique que le film transmet quelque chose d'efficace. Je pense aussi à ces ralentis sur le transport d'un cheval sous sédatif ou ce même cheval s'élançant pour faire du surplace sur un tapis de course.   

Et c'est là que pour moi le bât blesse. Le film fait un peu comme le cheval, s'élance sous de bons auspices, distillant de jolies promesses (scène d'ouverture intrigante avec l'accident provoqué, symbolique du bizutage efficace parallèlement à cette entrée dans l'âge adulte, le désir, les hormones, le système pileux qui se développe et son corolaire, l'appétit dévorant ...). Dès lors que les signaux positifs sont émis, une sorte de surplace s'installe alors qu'il s'agissait de faire décoller le film par une narration audacieuse...     

C'est d'ailleurs au moment fatidique (juste après l'emblématique scène du doigt, plutôt réussie) que tout déraille. D'abord une scène anodine avec les parents au sujet du chien qu'on va faire piquer, puis révélation étrange d'une grande soeur à sa petite soeur d'un secret : on va se planquer sur le côté d'une départementale et on va miser gros : surgir sur le trajet d'une voiture. Et naturellement comme pour la scène inaugurale, le véhicule ne manquera pas sa cible (une fois un platane, une fois un poteau) et naturellement personne n'y survivra, et naturellement les 2 soeurs auront largement le temps d'aller se taper la cloche puisque sur cette départementale, on passerait dans le monde du film une fois toutes les heures. C'est tellement peu crédible qu'on décroche immanquablement. Franchement, quelle idée absurde d'espérer provoquer des accidents comme ça pour se nourrir quand il y aurait tellement d'autres moyens de satisfaire son appétit ? fréquenter des hôpitaux ? des abattoirs ? travailler dans des Ehpad ?  Que sais-je encore qui permette à la grande soeur d'être à proximité de "chair fraîche" sans imaginer (stratégie du doigt mouillé, au petit bonheur la chance) de tels improbables concours de circonstances ??? 

Alors bien sûr on a compris les clins d'oeil lourdingues à Carrie (les flots de sang), à Zombie (certaines scènes rampantes) ou ici à Crash (Cronenberg) mais la cohérence et la crédibilité ne doivent pas être écartés si l'on veut maintenir l'intérêt du spectateur.  Et moi cette seule séquence m'a coupé les ailes. Egalement parce que rétrospectivement la scène du doigt coupé ne fonctionne plus. Si la grande soeur est déjà un "monstre assumé" ayant déjà le goût du sang dans la bouche jusque dans le fond de l'oeil, alors elle ne doit jamais s'évanouir à la vue de son doigt coupé... Incohérence fondamentale. C'est au contraire une toute autre énergie qui doit s'emparer d'elle. Bref...  

Dès lors, on constate aussi que le film patine avec la répétition des mêmes ressorts : regard appuyé sur la nuque du futur repas, morsure dans un morceau de dinde froide dans la nuit, morsure de son avant bras après l'amour, morsure des lèvres de l'homme en jaune après un baiser, morsure de la joue et du bras entre soeurs et puis et puis le clou du spectacle qu'on a vu venir et pas qu'un peu : le banquet final.

Pendant tout ce temps que le bizutage a duré, on n'aura vraiment rencontré que 3 personnages : les 2 soeurs et le voisin de chambrée... C'est maigre. Et pire, on aura appris que le mal qui ronge l'ex végétarienne est un mal familial, transmis par la maman et qu'en 20 ans de vie commune aucune des filles n'ont jamais vu leur papa torse nu entrer ou sortir dr la douche ???? Il aura par ailleurs fallu passer le bac et rejoindre sa grande soeur à l école pour découvrir également que cette dernière avait un sacré coup de fourchette... Donc malgré le peu de différence d'âge et depuis leur plus tendre enfance, rien n'aura jamais mis la puce à l'oreille de l'une sur l'autre ou sur les déviances  de leur propre maman ?

Beaucoup de hype et peu de talent, les films suivants le confirment amplement. Et puis sur cette thématique, une femme de génie est déjà passée par là. Elle s'appelle Claire Denis. Revoyez Trouble Everyday. La comparaison fait mal.


samedi 4 avril 2026

Le choix (2024)


La dernière image ? Peut-être l'intrigante ouverture sur ce chantier saisi depuis le ciel sous des lumières artificielles au coeur de la nuit. Le début fait envie, on a envie de savoir, et puis patatras...   

Comment se laisser piéger par son propre dispositif ? C'est vraiment ce qui arrive à ce film, Le Choix, qui semble engoncé, prisonnier de cette seule idée - maigrelette - de mise en scène qui consiste à faire vivre une intrigue en restant fixé (ou presque) sur le visage de l'acteur principal.

C'est à dire qu'il y a si peu de variation dans l'exploration de ce dispositif (alors qu'on aurait légitimement pu aller du côté de la boîte à gants, la banquette arrière, le coffre, les alentours pendant une halte dans une station service, le toit, les roues, le rétroviseur comme par exemple chez Scorsese...) que je ne comprends pas qu'on ne se soit pas contenté d'un dispositif type Calls qui convenait parfaitement : la succession d'échanges téléphoniques jusqu'au dénouement. Et ça nous aurait épargné de passer 1h20 à regarder Vincent Lindon s'écouter parler... Parce qu'au final, c'est tout ce qui reste. Le ridicule étant poussé jusqu'à montrer le personnage principal parler à voix haute à son père... Pour bien faire comprendre au spectateur les raisons (improbables) pour lesquelles il abandonne le chantier de sa vie en pleine nuit et met en péril sa vie de famille (apparemment tranquille et heureuse)... On comprend que c'est pour une femme qu'il ne connait absolument pas et parce que lui aurait été abandonné (ou pas reconnu) à la naissance... C'est un peu léger tout de même. Le héros ne cesse de répéter "j'arrive dans une heure" (dans une voiture qui fait du surplace), "je ne suis pas le compagnon" (on n'a pas assez de clé pour comprendre la nature de leur relation) ,"je la connais à peine mais je suis le père" (Et qu'est-ce qui lui donne une telle certitude ? Il a demandé un test ADN sur le foetus ? S'il y a bien une certitude en la matière, c'est que les femmes sont bien les seules à savoir viscéralement qui est le père... M. Cross devrait le savoir, il n'a plus 20 ans).        

Ou alors eut-il fallu achever le récit comme dans Les yeux Noirs (Nikita Mikhalkov), par une apparition une rencontre miraculeuse  : nous donner à voir cette femme ou ce bébé qui lui ont tourné la tête et dont on a tant entendu parlé... Mais même ça, on n'y aura pas droit...

Le choix est donc une sorte de non-film, qui n'accouche jamais de lui-même, s'achève d'ailleurs à un feu rouge. Il est bavard, inutile, et paradoxalement prévisible et statique. Un comble pour un film à bord d'une voiture en mouvement.

Une idée me vient pour finir : comment aurait-on tourné cette histoire avant l'avènement des portables ? Qu'en aurait fait Alfred Hitchcock ? Probablement qu'il aurait joué sur les temps de "reconnexion" avec le vacarme de la vie, de cabine téléphonique en cabine téléphonique, d'aire de repos en station service, pour créer le trouble chez toutes celles et tous ceux qui se seraient légitimement inquiété ce son absence soudaine à la maison ou sur le chantier... Et puis, et puis, on aurait gardé la tête haute et quelques valeurs en démontrant combien conduire et téléphoner ne font vraiment pas bon ménage...         

jeudi 2 avril 2026

Samhain (2021)

 

La dernière image ? Celle qui frappe au coeur je trouve c'est ce moment volé dans la nuit où la jeune fille surprend sa mère (où ce qu'elle croit être sa mère) en train d'enfoncer sa main puis son bras dans la gorge...  Saisissant. Ca m'a rappelé un moment traumatisant des années 80 (fameuse scène de dévoration de la série V).

Oui mais voilà, ça ne suffit à pas à faire un film. On sent les quelques références (principalement l'invasion des profanateurs de sépulture), on peut trouver sympathique ce cadre familial qui peut parfois rappeler l'univers social des films de Ken Loach (dans sa grande époque) mais tout s'estompe vite et sombre dans un rythme sans ressort : la narration en cause, sorte de déroulement attendu où les personnages sont comme aveuglés, sans volonté propre, où leurs réactions n'ont rien de crédible. Et ce côté bien trop prévisible, à l'avenant, permet sans le vouloir au ridicule de s'inviter, d'être frôlé en permanence... Et encore, je suis gentil. Très mauvais. Très très mauvais !

Teddy (2020)


La dernière image ? La seule qui fait mouche c'est la lame de rasoir sur la langue ou la pince à épiler dans l'oeil. Deux moments dans la veine d'Un Chien Andalou (Luis Bunuel).

L'humour est plutôt appréciable et même surprenant au début. C'est une bonne idée cet esprit décalé mais il y a un côté Groland qui ne tient pas la route dès lors que la mise en scène est totalement absente des débats et que par conséquent l'on reste à un univers potache sans grande ambition cinématographique. Par ailleurs difficile dans ces conditions d'espérer faire (même un tout petit peu) peur.

Dommage car avec un tel héritage à assumer (Le loup-garou de Londres, Hurlements, Wolfen, Dog Soldiers, La compagnie des loups, Thriller) il était légitime d'essayer de faire preuve d'un peu d'imagination. Et au final, on sent le manque de moyens, mais la narration elle-même est pauvre en idées neuves. On a le sentiment d'avoir vu et revu 1 milliard de fois ces petits dérangements du quotidien qui font émerger l'inquiétude puis la monstruosité (toute la fin façon Frankenstein)...

Seul point positif : cet acteur au visage et au regard singuliers qui font du bien dans un paysage où les même têtes viennent et reviennent sans cesse pour notre plus grande lassitude...

mercredi 1 avril 2026

Dangerous animals (2025)

 

La dernière image ? Probablement que le premier sacrifice d'une jeune femme est le plus terrifiant. Il laisse imaginer l'horreur absolue vécue par cette femme sans défense, offerte aux squales dans la nuit noire....

Globalement, le film est truffé de bonnes idées et mise sur une surenchère assez jouissive, mélangeant les genres (Jaws & Le Voyeur pour résumer) sans perdre de vue son efficacité qui va croissante à mesure que la détermination et l'inventivité du jeune et beau couple à naître se heurtent à l'inéluctable, la fatalité incarnée par le serial fisher killer ...

Ce qui laisse un peu sur sa faim c'est la légèreté de l'ensemble (un film sans enjeu profond, ni sur le plan esthétique ni sur le plan narratif) qui en reste au divertissement un peu vain.

Par ailleurs, je pense que le film aurait nettement gagné à développer un personnage de tueur en série plus complexe, plus ambigu. En l'état, il s'apparente plus à une personnification de la mort un peu light... Le fait d'en faire par exemple un ex-mari congédié (plus jeune, séduisant, en apparence le mec parfait) devenu cinglé de jalousie (ne supportant pas d'être rejeté) et recréant malgré lui avec l'irruption du personnage de l'amant d'un soir le fameux triangle amoureux létal où tout part en sucette aurait certainement ajouté un "sous-texte" sociétal forcément intéressant. En l'état il est un Dexter du mal pas très fûté malgré ce qu'il en dit et triant ses cassettes video comme un gros teubê... C'est d'ailleurs pas très sympa pour les pêcheurs du monde entier qui pourront légitimement se sentir montrés du doigt (comme celui qu'elle dévore goulument pour échapper à l'étreinte des menottes).