Le film est réussi mais je lui trouve un je ne sais quoi de "programmatique" et linéaire qui s'explique probablement par la dimension documentaire du sujet. Lorsque les personnages percent et existent (leur touchante histoire d'amour) alors la fiction prend le dessus pour le meilleur. Mais j'avoue avoir été gêné par toutes ces séquences dans l'amphi au son de claquements de doigts où la conscience politique se met en branle et inévitablement "cherche la lumière" des médias en se heurtant à la souffrance physique des malades... Ces moments sont assez pénibles et précisément auraient été parfaits selon moi dans un vrai docu avec caméra embarquée (comme lors des irruptions dans des classes). Ce sont des situations où la fiction n'apporte pas beaucoup je trouve. Cacophonie et échanges un peu chaotiques sur la stratégie à suivre.
Bref 120 battements par minute est un témoignage nécessaire, émouvant autant qu'il est salutaire. Mais peut-être manque-t-il de ces moments suspendus de poésie comme je les aime chez ce réalisateur et peut-être le film a-t-il du mal à choisir entre l'histoire d'amour et la grande histoire, celle qui mène le jeune héros décédé à vouloir que ses cendres soient dispersées lors d'un cocktail comme on aime les faire dans les hautes sphères...
Au final je me demande si je ne préfère pas Campillo lorsqu'il s'adosse résolument au film de genre comme dans Eastern Boys. Mais voilà tout de même un bien beau film marqué par une veillée de corps absolument bouleversante d'humanité et d'humble solidarité.

