Comment se laisser piéger par son propre dispositif ? C'est vraiment ce qui arrive à ce film, Le Choix, qui semble engoncé, prisonnier de cette seule idée - maigrelette - de mise en scène qui consiste à faire vivre une intrigue en restant fixé (ou presque) sur le visage de l'acteur principal.
C'est à dire qu'il y a si peu de variation dans l'exploration de ce dispositif (alors qu'on aurait légitimement pu aller du côté de la boîte à gants, la banquette arrière, le coffre, les alentours pendant une halte dans une station service, le toit, les roues, le rétroviseur comme par exemple chez Scorsese...) que je ne comprends pas qu'on ne se soit pas contenté d'un dispositif type Calls qui convenait parfaitement : la succession d'échanges téléphoniques jusqu'au dénouement. Et ça nous aurait épargné de passer 1h20 à regarder Vincent Lindon s'écouter parler... Parce qu'au final, c'est tout ce qui reste. Le ridicule étant poussé jusqu'à montrer le personnage principal parler à voix haute à son père... Pour bien faire comprendre au spectateur les raisons (improbables) pour lesquelles il abandonne le chantier de sa vie en pleine nuit et met en péril sa vie de famille (apparemment tranquille et heureuse)... On comprend que c'est pour une femme qu'il ne connait absolument pas et parce que lui aurait été abandonné (ou pas reconnu) à la naissance... C'est un peu léger tout de même. Le héros ne cesse de répéter "j'arrive dans une heure" (dans une voiture qui fait du surplace), "je ne suis pas le compagnon" (on n'a pas assez de clé pour comprendre la nature de leur relation) ,"je la connais à peine mais je suis le père" (Et qu'est-ce qui lui donne une telle certitude ? Il a demandé un test ADN sur le foetus ? S'il y a bien une certitude en la matière, c'est que les femmes sont bien les seules à savoir viscéralement qui est le père... M. Cross devrait le savoir, il n'a plus 20 ans).
Ou alors eut-il fallu achever le récit comme dans Les yeux Noirs (Nikita Mikhalkov), par une apparition une rencontre miraculeuse : nous donner à voir cette femme ou ce bébé qui lui ont tourné la tête et dont on a tant entendu parlé... Mais même ça, on n'y aura pas droit...
Le choix est donc une sorte de non-film, qui n'accouche jamais de lui-même, s'achève d'ailleurs à un feu rouge. Il est bavard, inutile, et paradoxalement prévisible et statique. Un comble pour un film à bord d'une voiture en mouvement.
Une idée me vient pour finir : comment aurait-on tourné cette histoire avant l'avènement des portables ? Qu'en aurait fait Alfred Hitchcock ? Probablement qu'il aurait joué sur les temps de "reconnexion" avec le vacarme de la vie, de cabine téléphonique en cabine téléphonique, d'aire de repos en station service, pour créer le trouble chez toutes celles et tous ceux qui se seraient légitimement inquiété ce son absence soudaine à la maison ou sur le chantier... Et puis, et puis, on aurait gardé la tête haute et quelques valeurs en démontrant combien conduire et téléphoner ne font vraiment pas bon ménage...
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