La dernière image ? Il y a dans ce film de véritables envolées visuelles au coeur de l'Afrique, à travers des nuées de sauterelles, qui sont saisissantes. Elles restent longtemps en mémoire. La bande originale de Morricone vient également ré-humaniser, ré-enchanter l'univers du film de Friedkin qui était davantage porté par une lutte féroce entre le bien et le mal dans une dimension très binaire et très étouffante s'achevant par la victoire du mal (triomphant).
Ici tout part d'un postulat très différent. Le mal et le bien sont comme le Ying et le Yang. les deux mêmes faces d'une même entité. C'est le fameux syndrome Incassable : les guérisseurs, les gens doués sont les êtres les plus susceptibles de devenir la proie du mal... Et puis Boorman explore la psychanalyse, la conscience collective, l'invisible en soi, les combats intérieurs, avec des fortunes diverses. Il prend le contre-pied brutal de Friedkin. Ce qui naturellement aboutira à des réactions déceptives et à la "défiguration" du film (montages et re-montages successifs). et puis s'agissant de Burton, on sent qu'il est venu cachetonner et n'offre que le minimum syndical à son rôle.
Dans l'ensemble le film est raté, j'en conviens, mais comme chez Dario Argento, des trésors de cinéma se nichent même dans des films bancals. C'est le cas ici : même si l'ensemble échoue à nous toucher vraiment, on sent que nombre d'explorations visuelles ont pu influencer Kubrick pour son intro de Shining (ces plans aériens sur le lac de montagne) et restent véritablement en vous (toute les parties tournée en Afrique ainsi que la scène au sommet de la tour dans Manhattan). Même les séquences de télépathie peuvent avoir influencé Cronenberg pour son Scanners. On fleurte alors avec le SF, l'anticipation.
D'ailleurs toutes ces préoccupations (si urbaines) pour la psychanalyse, la recherche du bien-être dans un monde dont la fin semble annoncée rappelle étrangement l'époque actuelle...
Visionnaire Boorman qui ressuscite lors de quelques séquences magiques malgré un film raté mais qui ne manque pas d'intérêt.
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