jeudi 10 septembre 2026

L'exorciste 2 : L'hérétique (1977)

 

La dernière image ? Il y a dans ce film de véritables envolées visuelles au coeur de l'Afrique, à travers des nuées de sauterelles, qui sont saisissantes. Elles restent longtemps en mémoire. La bande originale de Morricone vient également ré-humaniser, ré-enchanter l'univers du film de Friedkin qui était davantage porté par une lutte féroce entre le bien et le mal dans une dimension très binaire et très étouffante s'achevant par la victoire du mal (triomphant).

Ici tout part d'un postulat très différent. Le mal et le bien sont comme le Ying et le Yang. les deux mêmes faces d'une même entité. C'est le fameux syndrome Incassable : les guérisseurs, les gens doués sont les êtres les plus susceptibles de devenir la proie du mal... Et puis Boorman explore la psychanalyse, la conscience collective, l'invisible en soi, les combats intérieurs, avec des fortunes diverses. Il prend le contre-pied brutal de Friedkin. Ce qui naturellement aboutira à des réactions déceptives et à la "défiguration" du film (montages et re-montages successifs). et puis s'agissant de Burton, on sent qu'il est venu cachetonner et n'offre que le minimum syndical à son rôle.

Dans l'ensemble le film est raté, j'en conviens, mais  comme chez Dario Argento, des trésors de cinéma se nichent même dans des films bancals. C'est le cas ici : même si l'ensemble échoue à nous toucher vraiment, on sent que nombre d'explorations visuelles ont pu influencer Kubrick pour son intro de Shining (ces plans aériens sur le lac de montagne) et restent véritablement en vous (toute les parties tournée en Afrique ainsi que la scène au sommet de la tour dans Manhattan). Même les séquences de télépathie peuvent avoir influencé Cronenberg pour son Scanners. On fleurte alors avec le SF, l'anticipation.

D'ailleurs toutes ces préoccupations (si urbaines)  pour la psychanalyse, la recherche du bien-être dans un monde dont la fin semble annoncée rappelle étrangement l'époque actuelle...  

Visionnaire Boorman qui ressuscite lors de quelques séquences magiques malgré un film raté mais qui ne manque pas d'intérêt.

dimanche 6 septembre 2026

La forêt d'Emeraude (1985)


 La dernière image ? Comme souvent chez Boorman, il y a ici pléthore d'images qui restent ancrées en vous. La scène d'enlèvement, toute sa subtile mise en place et le parallèle entre la colonie de fourmis observée par l'enfant et les hommes "bêtes de somme" qui à la queue leu-leu déracinent, arrachent, défigurent une forêt, au long d'une séquence filmée comme une scène de torture qui s'étire douloureusement. Je pense aussi à la séquence impressionnante de la destruction du barrage (de la toute fin) ou à celle plus intérieure, caverneuse, des retrouvailles du père et de son fils sous les trombes d'une chute d'eau où chacun se parle mais personne ne s'entend, où chacun se reconnaît... Tant d'autres scènes magiques et inoubliables. Notamment la symétrie du père s'enfonçant dans la forêt pour retrouver son fils et du fils pénétrant la jungle urbaine pour retrouver son père (et sa mère).

Décidément, John Boorman est vraiment un de mes réalisateurs préférés.

Quand on se rappelle que Greystoke ou A la poursuite du dimant vert sont de la même année, on peut réaliser à quel point Boorman est un génie, un avant-gardiste... Quand d'autres se contentent de faire du film d'action ou d'aventure dépaysant, lui raconte déjà le monde de demain à l'aune de ce qui se trame à l'époque du côté de Manaus. Il est cet épervier survolant la terre et voyant venir avant nous autres les évènements tragique qui nous ont depuis lors rattrapés...

On pense à beaucoup de films, Aguirre ou Apocalypse now, mais La forêt d'Emeraude raconte bien autre chose... Il y est bien sûr question de la recherche du fils avec en filigrane la question fondamentale : qu'est-ce qu'un père ? Qui est responsable du monde que nous laissons à ceux qui suivront ? C'est aussi une réflexion sur la modernité (les grands travaux, l'électricité) et la façon dont le progrès fait reculer la forêt et à travers elle une forme d'ordre naturel (et le mystère qui vient avec).

Le film jamais manichéen va habilement démontrer comme le bien et le mal cohabitent de chaque côté de la fameuse lisière... les invisibles côtoient les féroces d'un côté, les ingénieurs purs produit d'un système méticuleux de spoliation, de privation peuvent de l'autre ouvrir les yeux et basculer du côté de l'empathie et venir en aide à celles et ceux qui veulent continuer à  vivre comme ils le font depuis la nuit des temps. Les armes à feu peuvent au choix servir les intérêts de tribus cherchant à étendre leur domination comme venir en aide à ceux qui veulent ramener à la maison leurs femmes vendues à des maisons closes destinées à distraire les travailleurs sur le projet de barrage (encore une idée brillante pour illustrer la corruption à l'oeuvre)...

Enfin, Boorman n'oublie jamais de rappeler que le mystère toujours nous étreint en nous contant la capacité de l'homme à communiquer avec la nature pour implorer le ciel de pleuvoir sur le monde et finir par y noyer un barrage... Et c'est que ça marche ! La magie c'est aussi le cinéma de Boorman. Quel immense réalisateur !