mardi 30 décembre 2025

La Charrette fantôme (1921)


La dernière image ? La scène finale est d'une force peu commune, inoubliable. Notamment ce plan sur les 2 enfants qui dorment paisiblement alors que leur mère se prépare au pire et que le père est impuissant à faire quoi que ce soit... Mais je pourrais retenir bien d'autres moments dont celui au fond de l'eau. Le "passeur" vient récupérer l'âme d'un noyé dont le corps gît dans les profondeurs. Prouesse technique et poétique immense. Toute la séquence du cimetière fait également forte impression et peut rappeler le démarrage de Phantasm (Don Coscarelli). Faut-il y voir une citation ?

Je comprends mieux la filiation d'un Shining avec ce film fantastique. Il y va d'abord de toute la séquence d'attaque d'une porte à la hache (même cadre, même rythme, même folie à l'oeuvre). Mais on peut aussi retrouver dans le climat froid et enneigé les mêmes ingrédients du sombre conte de Noël. De même, cette intégration finale de Jack Torrance aux fantômes de l'hôtel capte l'idée même du remplacement d'un damné par un autre aux commandes de la charrette fantôme dans un cas, de l'overlook Hostel dans l'autre.

Le travail sur l'image, les effets spéciaux en transparence, tout force vraiment l'admiration d'un film qui date pourtant de 1921. Dingue !

Mais par-dessus tout, je suis impressionné par la construction en flash-backs successifs, une architecture d'une modernité folle qui mène élégamment, inexorablement à ce moment qui vous arrache le coeur... La jeune femme en train de mourir dévoile pour la première fois des sentiments forts à l'égard de cet homme (Holm) qui l'a tant faite souffrir, qui se révèle même être la cause de sa maladie mortelle... Déchirant moment.

Heureusement, la rédemption est toujours possible, de son vivant ou pas... Il suffit de le vouloir ou simplement d'ouvrir les yeux et son coeur. Cette séquence finale est fantastique à cet égard. Elle confirme que ce film est aussi un film sur le rêve et la façon dont il conditionne nos choix de vie. 

Difficile d'ailleurs de ne pas trouver une parenté très forte avec La Vie est belle qui se serait inspirée du Chant de Noël de Charles Dickens. Même principe vital déployé dans le film de Sjöström mais avec une dimension beaucoup plus fantastique, sombre et mortifère.

Bref, un film de chevet qu'il faut voir et revoir parce qu'il est le papa de toute une veine de cinéma à la fois réaliste et fantastique sur le déterminisme, la rédemption,  la mort, l'amour. Et un peu aussi le rêve... Celui qui façonne nos vies.


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