mardi 30 décembre 2025

Les Temps modernes (1936)


La dernière image ? Charlot et son amoureuse s'éloignent enfin dans le couchant. Ils n'ont pas grand chose ces deux tourtereaux mais au moins ils ont l'amour. Et pincement au coeur, c'est la dernière fois que l'on reverra l'inimitable Charlot à l'écran. Raison de plus pour faire durer ce dernier plan dans nos regards d'enfant. 

Par ailleurs, je trouve en l'ayant revu hier que le film malgré des moments de relâche et des temps  faibles (des lourdeurs ici et là), garde dans l'ensemble sa modernité et son regard acéré sur ce monde en devenir qui est devenu pleinement le nôtre : une oeuvre visionnaire à n'en point douter.

Voilà une société où l'individu devient la variable ajustable, le boulon qu'on serre puis qu'on desserre à dessein selon la cadence imposée par un patron qui lui se concentre avec plaisir sur ses petits puzzles récréatifs. Bientôt, chaque individu sera devenu remplaçable puis inexorablement c'est la "machine" qui fera le boulot... Bien mieux et bien plus vite. D'ailleurs l'on découvre par l'exemple comment le "parlant" (par le biais du patron puis lors de la dernière séquence chantée) ringardise le muet... 

Evidemment, ce monde nouveau ne crée que du chômage, du malheur, du provisoire. Difficile de se projeter à deux dans ces conditions.

C'est ainsi que les séquences devenues cultes servent parfaitement le propos du film : de l'Usine à la machine à "fast Food" qui doit faire gagner un temps précieux, du grand magasin (préfigurant les fameux centres commerciaux) au restau-cabaret où l'on vient faire un peu de tout, manger, danser, rire, chanter oublier puis prendre la poudre d'escampette.. Tout est parfaitement orchestré afin que le peu d'argent gagné soit aussitôt englouti dans des activités favorisant au mieux l'oubli, au pire l'hypnose.  

Pendant ce temps, votre petite maison sur un terrain vague achetée à crédit tombe en ruines et ne vous protège de pas grand chose. Alors il faut s'en repartir le matin suivant à la recherche d'un nouveau moyen de se remplir le ventre. Restent les sentiments qu'on ne vous volera pas.

Personnellement ma préférence ira toujours parmi les oeuvres de Chaplin au Dictateur et à Monsieur Verdoux. Car dans la veine des Temps Modernes, Jacques Tati  arrivé peu de temps après me semble atteindre à une forme de perfection. Mais ce film reste un must parce qu'il fait rire, il attendrit et mieux encore : il fait réfléchir. Que demande le peuple ?

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