mardi 19 août 2025

Le locataire (The Tenant)

La dernière image ? Beaucoup de moments m'ont marqué, à commencer par l'incroyable travelling du début qui laisse à penser que Dario Argento a pu s'en inspirer pour son plan séquence / morceau de bravoure dans Tenebre tourné 6 ans plus tard.

Mais beaucoup d'autres moments restent en mémoire comme cet instant suspendu où le personnage principal s'aperçoit chez lui derrière sa fenêtre depuis les toilettes du pallier (sacré pallier en forme de U si l'on en croit la géographie des lieux depuis la cour de l'immeuble). Impressionnant, comme l'est cette rencontre avec l'ex locataire au visage bandé sur un lit d'hôpital et qui à la vue du nouveau locataire a soudain l'air effrayé. Toute la séquence finale, où chaque habitant de l'immeuble est comme "au spectacle", est également fabuleuse. David Lynch a probablement lui aussi beaucoup emprunté à ce film pour son fameux "cinéma mental" (Twin Peaks / Lost Highway / Mulholland Drive / Inland Empire).  

Le Locataire prend l'exact contrepied de Rosemary's Baby car il va creuser non pas du côté de l'entreprise diabolique prise au pied de la lettre et au premier degré mais du côté de la folie, d'une personnalité trouble aux penchants dissociatifs, de la schizophrénie saupoudrée de paranoïa comme maladie mentale agissant de façon sournoise sur le personnage principal, pourtant bien sous tout rapport dans les premières minutes du film et dont la vision du monde se trouve peu à peu grimée à l'image de son apparence physique qu'il va modifier (sans vraiment s'en rendre compte) au fil du temps...

Le film dans la façon dont il fait grimper la tension Kafkaienne est magistral jusqu'au final en apothéose qui fait évidemment se répéter les mêmes fins dernières pour le locataire et celle qui l'aura précédé.

Mais une idée émerge alors lentement : Dans le tout premier plan séquence, il me semble reconnaître derrière la fenêtre de la chambre d'où Simone Choule a sauté les traits de Roman Polanski... On ne sait pas quand a vraiment commencé le désordre mental du personnage campé par ce dernier. On sait juste qu'il vient d'apprendre (par une connaissance) qu'un appartement était à louer dans l'immeuble. En ce cas, qu'est-ce qui empêche de penser qu'il connaissait déjà Simone Choule, qu'il en était fou au point de la jeter par la fenêtre et de prendre sa place jusqu'au bout, jusqu'à devenir elle ? Je dis cela puisqu'un moment clé du film est celui où Simone Choule semble effrayée sous les bandages en découvrant près de son amie (jouée par Isabelle Adjani, qui relèvera ce détail plus tard) le fameux M. Trelkovsky.

Aux angles morts la grande oeuvre. le Locataire en est une assurément !

lundi 18 août 2025

Marathon man

La dernière image ? Comme pour les très grands films, on pourrait retenir de nombreux moments qui impriment durablement la rétine puis marquent les esprits. J'adore par exemple toute la séquence dans une chambre d'hôtel à Paris : un visage inquiétant apparaît derrière un voilage, le personnage campé par Roy Scheider est "à nu" littéralement face au tueur au regard vide, armé d'un fil de pêche tranchant comme une feuille de boucher. Un autre homme est alors en face au balcon comme au spectacle. Moment d'anthologie (qui en inspirera de nombreux autres, je pense à History of violence de David Cronenberg et sa scène dans un Hamman). Toute la séquence du landau et de la poupée est également puissamment construite. J'adore enfin les notes fantastiques, angoissantes, comme ce moment du ballon de foot qui arrive de nulle part en bas d'un escalier...

On aurait pu aussi retenir la scène de torture dans le cabinet improvisé de dentiste mais elle est plus attendue et souvent citée en exemple.

Au fond Marathon man est un simili James Bond où le héros serait le petit frère prenant le relais après la mort de ce dernier mais lui n'est qu'un étudiant sans grande envergure qui ne rêve de rien d 'autre que de courir le marathon de New-York. Obstinément. C'est d'ailleurs ce qui va lui sauver la vie. Cette endurance.

La construction habile, fragile et précieuse de la première partie du film permet à cet effet de lancer des 3 coins du globe (Paris, Amérique du Sud, Central Park) les toupies furieuses des 3 personnages clés qui seront les moteurs de l'action, destinées à s'entrechoquer tôt ou tard.... Il y a d'abord les retrouvailles entre les 2 frères désunis mais si semblables, si crédibles surtout. Enfin la figure du Marathonien qui soudain sait derrière quoi il court enfin : venger son frère, régler son compte à ce vieux nazillon de Laurence Olivier campant haut la main l'un des plus grands méchants de l'histoire du cinéma. Rien que ça.

Et le film s'achève sur une scène finale brillante, à portée métaphorique très forte, où les diamants éternels des ambitions tristes du Méchant sont passés au crible du tamis de l'existence, du temps qui passe, des comptes qu'il faut solder tôt ou tard avec son passé qui lui n'a de cesse venir et revenir frapper à votre porte, sans ménagement... Comme ces anciens déportés qui au détour d'une rue de Manhattan reconnaissent leur bourreau.

dimanche 17 août 2025

Le Canardeur (Thunderbolt & Lightfoot)


 La dernière image ? Ce final lumineux, par une journée ensoleillée au volant d'une belle Cadillac. Tout le cinéma de Cimino est peut-être là ! Dans cette relation touchante, fraternelle, presque filiale entre Thunderbolt et Lightfoot. Ce final rappelle d'ailleurs pas mal celui de Macadam Cowboy.

Voilà donc un film et un final qui vivent sous le signe de l'amitié. C'est d'ailleurs ce qu'on retient in fine d'un film comme The Deer Hunter, la même ode à l'amitié et à ce sentiment que plus elle est  authentique plus la tristesse qui découlera des séparations, des deuils à faire, sera douloureuse. Et Cimino est peut-être un des cinéastes qui célèbre le mieux cette amitié virile si particulière, si touchante.

A vrai dire, la séquence d'intro (autour de l'église) et toute la première partie du film reprennent les ficelles des films d'action et comédies policières (un peu quelconques) comme on en faisait à l'époque avec courses poursuite, coups de feu, bons mots, dans un esprit très western. Mais cette légèreté revendiquée n'est ici qu'un vernis destiné à sauter à la première occasion pour mieux révéler par contraste la violence, le sordide, quelque chose de beaucoup  plus lourd et sourd. Je pense à ce complice jeté comme un vulgaire sac poubelle tombé du camion sur la route en pleine nuit. Je pense au personnage campé par G. Kennedy qui finit "comme un chien" égorgé par un Dobermann. Je pense enfin à la mort déchirante de Lightfoot, l'innocence par excellence, le personnage solaire qui accepte son sort non sans regretter de ne pas avoir pu profiter un peu plus longtemps de ces bons moments aux côtés de Thunderbolt, de la joie aussi d'avoir enfin retrouvé le chemin de cette école, de ce tableau noir, symboliquement de l'enfance, une des portes (secrètes) du Paradis.

Sons

 

La dernière image ? Une seule transcende tout le film d'une vibrante poésie, c'est la mini séquence silencieuse dans une cour au coeur de la nuit où le prisonnier peut oublier qu'il ne sait plus trouver le chemin du sommeil. Moment de répit qu'autorise une gardienne, son bourreau de circonstances, non sans garder un oeil accusateur sur lui. Tous deux sont alors sporadiquement éclairés par les traînées lumineuses d'un feu d'artifices qui se tient tout près. 

j'avais vu The Guilty, malin petit film de genre précédé d'une élogieuse réputation qui se révéla exercice de style plutôt vain au final, sans grande envergure. Je ne me rappelle d'ailleurs de pas grand chose si ce n'est le dispositif, très théâtral et restant sur le plan des idées, sans véritable incarnation.

Ici le real voit un peu plus grand. Son cauchemar repousse les murs de la pièce du précédent opus pour embrasser l'enceinte d'une prison.

Après une entrée en matière très "documentaire", avec peu d'aspérités, peu de prises pour le spectateur qui objectivement sur ces 10 premières minutes s'ennuie un peu, probablement l'effet "film d'auteur Danois" qui peut refroidir... Va pourtant rapidement se mettre en place un jeu sadique d'acharnement entre une gardienne et l'assassin de son fils qui vient de débarquer et dont elle veut à tout prix se venger. Pour racheter (on va le comprendre lorsqu'elle se confie rapidement plus tard) ses propres manquements. Elle n'a en effet jamais rendu visite à son fiston de son vivant, qui était également incarcéré, jusqu'à sa mort violente...   

En filigrane, sont convoqués les fameux mécanismes retors d'un Orange Mécanique qui voit d'anciennes victimes du personnage principal (divinement incarné par Andy Mc Dowell) prendre un malin plaisir à se venger de la plus sadique des façons... Ici c'est un mécanique par procuration avec transfert psychanalytique (je venge la chair de ma chair) mais on retrouve les mêmes ingrédients. Qui est plus à plaindre ? La victime du premier meurtre ou celle de la torture physique et mentale à l'oeuvre aujourd'hui ? 

On ressent ici et là un certain malaise devant l'acharnement patent (et assez gratuit) de cette gardienne puis lorsque le paradigme change, qu'elle est menacée (sous condition de plainte dudit prisonnier) et doit donc "pactiser" avec le meurtrier de son fils, on voit s'installer une relation plus trouble où c'est alors lui qui tire les ficelles. Avec là encore (mais chez l'autre) un certain plaisir coupable. Ce n'est pas inintéressant mais ça ne va jamais chercher très loin dans l'intensité au point que lorsqu'elle lui révèle la vérité (sur qui elle est) ça fait curieusement l'effet d'un pétard mouillé. La réaction du jeune homme paraît même anachronique, insensée : courir à perdre haleine puis tomber après 20 mètres à peine en courant le risque qu'elle commette l'irréparable au nom d'une tentative d'évasion...Quant à la réaction de la gardienne (Je vais le tuer ici puis non...), elle est en revanche trop prévisible... C'est un fils, j'ai perdu le mien, n'ajoutons pas du malheur au malheur. 

Bref le film est pour finir trop recroquevillé sur lui-même et cette relation. La seule fois que ça décolle vraiment c'est lors de ce repas chez la mère du prisonnier. Parce qu'on a soudain des clés pour comprendre un peu mieux qui il est, qui est sa maman etc. D'ailleurs il aurait fallu aussi que cette gardienne entêtée puisse au moins confier son secret (d'avoir sous la main le meurtrier de son enfant) par exemple à une amie très proche, à son compagnon du moment, au père de son fils décédé... Cela aurait renforcé le lien entre elle, son histoire et le spectateur que nous sommes. On n'a trop peu de clés sur ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent et qui elle est pour être pleinement à ses côtés.      

samedi 16 août 2025

Evanouis

La dernière image ? D'une façon générale j'ai été marqué par la capacité du film à faire peur et rire à la fois. Et j'ai apprécié cette dimension comique (assumée et très efficace) comme l'idée hilarante de ce personnage de jeune héroïnomane qui une fois possédé revient à la charge 100 fois encore et encore mais étant trop frêle physiquement finit écrabouillé par le personnage du père obsédé à l'idée de retrouver son fiston.

Il y a beaucoup de moments franchement drôles dans ce film (le même jeune toxico ne se rappelle plus s'il est séropositif face à l'attitude angoissée du flic) qui par ailleurs fait la part belle à de vrais personnages écrits, intéressants. C'est aussi ce que je retiens de positif, ce soin apporté à la caractérisation de personnages clés. Je suis beaucoup plus réservé sur le découpage en chapitres par personnages. S'ils sont suffisamment fouillés - et c'est le cas -  pas besoin de leur consacrer à chacun une tranche de l'histoire. Mais c'est bien pratique pour brouiller les pistes, noyer le poisson et faire oublier les insignes faiblesses du scénario.   

Parce que le bât blesse et pas qu'au niveau de la narration mais dès lors qu'on sent la volonté du réalisateur de jouer avec les traditionnels codes du fantastique pour mieux les contourner. Toute une classe disparue dans la nuit ? Sûrement à voir avec la 4ème dimension ? Et bien non que diable, la vérité est beaucoup plus prosaïque : une sorcière pardi de chair et de sang tout droit sortie d'un bon bouquin de Roal Dahl (on pense à Sacrées Sorcières naturellement).  Mais alors si l'on va par là, on espère s'appuyer pour l'explication sur du costaud, du crédible, du réaliste (une fois acceptée l'idée qu'on puisse exercer une emprise sur des gens avec un objet leur appartenant, un peu de son propre sang, un saladier rempli d'eau, une petite branche épineuse et une cloche). Et c'est là que tout s'effondre hélas...

Premier constat : pourquoi devant un tel mystère (au retentissement mondial j'ai envie de dire à l'heure de la surmédiatisation du moindre fait divers) et le choc émotionnel qu'il ne peut que susciter, n'y a -t-il pas pléthore d'équipes TV venu de tout le pays, du monde entier et avec forcément l'idée de vouloir faire un énorme sujet autour de la prof ou du seul élève de la classe qui n'a pas disparu ? Là, on nous décrit cette petite ville pourtant sous le choc comme presque normale à la nuit tombée... 2 péquenauds sur un trottoir, deux pots de peinture à l'arrière d'un pick up et puis c'est tout. Et la seule personne pas liée à l'affaire qui va traîner par hasard du côté de la maison transformée en lieu de sabbat c'est un toxico qui vit dans les bois... Mouais. 

Par ailleurs, sur une telle affaire (dont pourrait même s'emparer le président), pas de policier digne de ce nom sur l'enquête ? Pas de FBI ? Dans The Cure de K. Kurosawa (petit chef-d'oeuvre sur une thématique proche) l'enquêteur cherche à percer le secret du criminel qui manie l'hypnose pour faire commettre des meurtres par d'autres que lui (par procuration en somme). Donc le fil policier n'y est pas qu'un luxe il vient renforcer le caractère plausible d'un postulat de départ pourtant assez fantaisiste (c'est avant tout l'idée théorique d'un inventif qui veut renouveler un genre comme c'est le cas ici)... L'absence de cette dimension policière  et le fait que "l'enquête" soit confiée à des personnages de la vie civile - la prof, le père - permet de faire passer la pilule et de justifier le fait par exemple qu'aucune enquête approfondie ne soit ouverte autour du seul enfant à ne pas avoir disparu et de sa mystérieuse grand-tante. Bien pratique. Evidemment parce que partant de là, les questions simples arriveraient : d'où sort elle cette tante lointaine ? Lorsqu'elle vient et parle pour le père qui se remettrait d'après elle d'un AVC, on ne peut pas vérifier ? Dans quel hôpital ? Soignée par quel spécialiste ? Et la maman où est-elle ? Dans le même état ? Tiens, tiens...

Bon mais passe encore. Vient alors le moment fatidique : A 2h17, près de 30 enfants courent dans le lotissement et personne n'a rien vu ? Aucun chien pour aboyer devant une scène aussi scotchante avec le bruit de pas rapides sur le bitume ? Quand on voit toutes les maisons alentours traversées par la sorcière lorsqu'elle est poursuivie à la toute fin par la meute, on se dit quand même que y a un peu de foutage de gueule. Idem : des caméras parviennent à choper les enfants partant de chez eux mais aucune caméra ailleurs n'a chopé aucun enfant pendant la virée nocturne ? A posteriori, on se dit qu'il aurait été facile avec des chiens renifleurs spécialisés de retrouver la trace des enfants jusqu'à cette maison de malheur en utilisant des effets personnels...    

Autre point : quand la pseudo police vient faire une petite visite de courtoisie, on comprend que la sorcière a fait évacuer entretemps les 30 enfants. Mais pour aller où ? Et comment diable ne pas être vu alors que toute la ville, tout le pays on l'imagine, les recherche ? A cet effet, on ne suit qu'un père obsédé à l'idée de retrouver son fils. Mais quid des 60 autres parents ? Leurs enfants les intéressent moins ? Pas de réunion entre tous les parents meurtris pour élaborer des stratégies, échanger leurs intuitions ?

Autre question : comment les 3 héros (le père, le toxico et la maitresse) peuvent ainsi rêver voir cette "femme clown sorcière" alors qu'elle n'a pas encore exercé d'emprise sur eux et qu'ils ne l'ont encore jamais vue ? 

Interrogation sur les intentions de la sorcière :  Pourquoi couper un cheveu de la maîtresse dans la voiture la nuit (et prévoir de la faire assassiner le lendemain par le proviseur, alambiqué non ?) alors qu'elle peut simplement la mettre sous hypnose comme elle le fait pour les enfants le flic, le toxico ou les parents ?

Je n'ai pas goûté non plus les (sur)coïndences de la narration : le toxico tombe évidemment par hasard sur la maison du forfait et puis comme par hasard sur l'amant de la prof du jeune homme qui y vit... Ca fait trop de hasard pour un seul homme. 

Pour finir au rayon scato : comment les parents et les enfants sous hypnose font leurs besoins ? Puisqu'on les nourrit (le real tient à nous montrer cet aspect pour bien expliquer que tout ça n'est pas fantastique). Il faut bien qu'ils évacuent ? A la queue leu leu en prenant des tickets ? Sur eux mêmes ?  Il y a quand même pas loin de 30 personnes dans cette maison. Je vous laisse imaginer l'état des chiottes ou de leurs caleçons...

Voilà donc un film intéressant pour son humour et ses personnages bien campés mais côté histoire on repassera vraiment... Trop, vraiment trop d'invraisemblables invraisemblances.    

vendredi 15 août 2025

Gerry


La dernière image ? J'adore ce long plan séquence (interminablement beau) cadré sur les 2 visages l'un derrière l'autre, dodelinant à la même cadence. On sent l'obstination, la têtutesse, droit devant, sous le cagnard.

"Ils vont vers leur risque. A les regarder on s'habituera". C'est ce que je me suis dit (René Char was here).

Mais ça ne suffit curieusement pas hélas. Bien sûr, de supers séquences ou plans comme celui-là, le film est truffé. La photographie est fantastique. Comme la petite musique minimaliste qui vient enrober le tout.

Mais voilà.... C'est bien trop peu au final. La raison ? Elle est simple. Voilà deux personnages dont on ne sait rien, qui s'enfoncent (sans eau naturellement, sans carte, à l'époque il en faut à défaut de GPS, surtout en plein désert) sans savoir où aller, sans même se repérer par rapport à une montagne (l y en a toujours une en permanence dans le champ au tout début). C'est le genre d'improvisation qui te prend dans la grande ville (The Cacher in the Rye), ou tout seul quand tu sais que tu veux en finir. Mais à deux copains sur un mode léger en commençant par un petit footing histoire d'avoir vraiment soif tout de suite, sans jamais être capable de se repérer à partir d'aucun détail à l'horizon qui pourtant est absolument dégagé (la difficulté se pose quand l'horizon est bouché), ça fait qu'on y croit pas un instant. 

Le pire peut-être c'est lorsque les paysages changent comme dans un album pour enfant... Savane puis sable puis relief rocailleux puis sommets puis quasi désert de sel... Alors on comprend qu'on est dans un film au propos théorique, à la dimension allégorique à la portée d'un enfant de 4 ans : la vie c'est pas du Kiri, ça finit mal en général.   

On n'y croit guère. On ne s'attache pas puisqu'ils n'existent pas ces deux lascars. et leurs échanges sont évidemment à l'avenant, d'un banalité confondante.  Au niveau visuel, on pense par moments à Zabriskie Point. Mais dans ce dernier, une intrigue il y avait, même toute mince... D'ailleurs c'est Last Days qui dans un principe proche mais existentiel fera mouche quelques temps après. Parce qu'on avait soudain une histoire et son corolaire, le mystère, auxquels se raccrocher.

De quoi faire regretter que le portable ne soit pas arrivé jusque là fin des années 90... Ca leur aurait évité ce grand détour. Gerry est sans le vouloir une ode avant-gardiste et prophétique à l'usage intensif du portable. Pourtant, je pense au streamer Jean Pormanove qui est mort il y a quelques jours après des semaines de torture en direct (la voie royale vers des likes à l'infini mais le plus court chemin vers l'au-delà). Et je me prends à craindre que Gerry aujourd'hui ce serait deux streamers se filmant jusqu'à la mort (de soif et d'épuisement) dans un désert dont la surface du moindre caillou a été cartographiée depuis l'espace (impossible de se perdre de nos jours) juste histoire de donner du bonheur à leurs followers (sic)...    

mercredi 13 août 2025

Heretic

La dernière image ? tout cette séquence d'approche de la tempête qu'on sent vibrer salement dans le fonds du ciel alors qu'elles sont sur le point d'entrer dans la tanière du loup. C'est très réussi. L'ambiance claustro (à ciel ouvert) est immédiatement installée.

Elles ont d'ailleurs tout de deux "chaperons rouges" arrivant chez "Mère Grand" (qui aurait changé de sexe ?) avec leurs bibles et petits prospectus en guise de cadeaux... C'est ce que j'aime bien dans ce début,  tous les codes d'un conte au noir à la lisière d'une forêt imaginaire sont autant de balises allumées.

Le film a vraiment le mérite d'essayer quelque chose de nouveau dans le genre. D'abord choisir un acteur roi de la comédie pour camper le méchant, c'est pas mal tenté même si le pari n'est qu'à moitié réussi. Autant toute la première partie qui nous le présente comme quelqu'un de presque sympathique et bienveillant et donc très ambigu dans ses intentions lui sied à merveille, autant le passage à l'horreur totale à mi-parcours (et dans une obscurité bien trop épaisse) est trop peu crédible parce que même comme ça il garde une tête sympa, on ne peut alors s'empêcher de voir l'acteur derrière le personnage... 

Mais l'intention est louable comme est intéressante toute la joute verbale sur la religion, ses méfaits, son aspect sectaire, cela donne au film une texture lumineuse. LA façon dont l'héroïne décode et revisite les premiers moments dans la maison est également sympathique. On se croirait dans le dénouement d'un Agatha Christie quand Hercule Poirot réunit toutes les convives et refait le film pour trouver l'assassin...

Mais hélas, lorsque le dénouement arrive on se dit quoi ? Tout ça pour ça ? Le gars s'est tordu le cerveau pour attirer des jeunes femmes dans sa toile et les pousser à accepter leur mort/sort sans broncher ??? Beaucoup trop alambiqué. Ca n'a objectivement aucun sens. Comme toute la partie grandguignolesque avec la femme zombie (remplacé par une autre comme dans le Prestige de Nolan dans une toute autre ambiance) puis la découverte d'une pièce laboratoire où dormiraient dans un grand froid une poignée de jeunes femmes exsangues... On n'y croit pas une minute. Bref on retiendra un début intéressant puis le grand n'importe quoi... Dommage !    


  

mardi 12 août 2025

Maxxxine

 

La dernière image ? Probablement tout ce qui se rapproche, consciemment ou pas, de ce qui fit le sel de nos années 80 sur un petit écran : l'esprit des séries TV de l'époque, les coupes blondes peroxydées aériennes gonflées à coup de gel féroce, les clubs video où l'on vient pour la cueillette aux balbutiements du week-end. On a même cette sensation parfois de replonger dans une des séquences coupées de Hurlements (Dante) ou de Body Double (De Palma).     

J'avais vu le premier XXX : pas génial mais intéressant. Je trouvais notamment que Ty West apportait quelques chose de vraiment personnel dans la façon de faire naître l'horreur, avec toute une cinéphilie palpable dans ces choix de plans, d'éclairage, d'ambiance. 

Bon... Force est de constater qu'ici on navigue 3 tons en-dessous. En effet, je ne peux pas m'empêcher malgré la sympathie que m'inspire l'univers de souligner l'indigence de l'intrigue, la sensation que tout le dénouement est purement et simplement expédié (il n'y a pas d'autres mots).

C'est pour finir toc, parce que trop faible côté scénario et surtout personnages (le père wtf ? Le couple d'enquêteurs qui existe à peine)

Je prédis donc qu'on oubliera ce Maxxxine aussitôt après l'avoir vu.

Bref, ultra dispensable.

vendredi 8 août 2025

Smile 2


La dernière image ? Cette toute première séquence plutôt bien troussée et à vrai dire efficace en parvenant à mêler matière horrifique (le discours délirant de l'assaillant) et film de gangsters.

Pour le reste, le film avait fait l'objet de bonnes critiques mais ça reste un pétard mouillé pour moi... D'abord c'est vraiment dégueu (surenchère de trucs crados pas très utiles) et puis ça fonctionne à l'ancienne avec du jumpscare dans tous les sens et sans aucune finesse. Car jouant toujours sur la confusion réalité / illusion créée par la fameuse "entité" dont on ne sait absolument que dalle au passage... Bref on reste avec une impression d'archi déjà vu et saoulé par l'absence totale de réalisme : je pense à toute la fin depuis la mort de la mère jusqu'à dénouement pathétique (ah ben oui je vais rejoindre un mec dans un lieu abandonné pour me laisser zigouiller avec la promesse de me ramener à la vie 9 minutes plus tard). On n'y croit pas une demi seconde.

Reste la jolie idée de centrer l'histoire et l'horreur sur les démons (drogue, douleur, deuil) d'une starlette qui essaye de se remettre d'un drame après un accident de voiture entre mère envahissante, séances photos, répétition exigeante et rencontre avec les fans... C'est pas mal vu mais c'est trop peu.       

mardi 5 août 2025

Companion


La dernière image ? Ce dernier plan qui dit tout. Elle est libre au volant de sa décapotable. On devine sa main de fer dans un gant de velours. La musique des Bee Gees vient subtilement accompagner ce délicieux dénouement. Et l'espace d'un instant elle n'est plus ce robot servile mais une femme libérée. C'était pas si facile peut-on en conclure avec un sourire... Dernier plan qui brouille d'ailleurs intelligemment les pistes sur le genre de Companion. Film de SF ? Comédie parodique ? Comédie romantique ? Film d'horreur ? Thriller ? Film noir ? Et bien c'est un peu tout cela à la fois... Une gageure que d'arriver à exister en flirtant avec tous ces genre sans se casser la gueule.

Bon je dis cela, le film est quand même bancal par moments et pour cause : d'abord faut reconnaître qu'on voit venir de très loin ce premier moment clé de la révélation qu'elle est un robot. Pétard mouillé disons. Ensuite toute la séquence qui prépare son évasion lorsqu'elle est attachée à une chaise est trop longuette et bavarde. On ne croit pas à cette volonté du héros de faire durer le plaisir de laisser à son robot sa conscience. On comprend bien que c'est la fenêtre idéale dans le scénario pour qu'elle parvienne à s'échapper... Bof bof. Comme on ne croit pas trop aux réminiscences de l'autre robot même après voir été "rebooté". Là encore on comprend le message (il ne peut pas complètement oublier sa première histoire d'amour) mais dans l'intrigue la ficelle paraît trop grosse pour faire avancer vers le dénouement...  

En revanche, le film est vraiment intéressant et audacieux (même attachant) parce que d'abord il ne manque pas d'humour (plein de moments vraiment drôles) et qu'ensuite il réserve habilement son lot de rebondissements tout en étant finalement plus profond dans la réflexion qu'il propose qu'il n'y paraît. A commencer par une réussite dans l'abord d'un film sur "les robots" en mêlant ce fonds SF à une intrigue de film noir. A vrai dire, le positif l'emporte finalement sur les réserves ou défauts identifiés parce qu'au final nous avons là une petite série B imaginative qui renouvelle habilement de nombreux genres tout en apportant une réflexion bien sentie sur le concept de femme-objet. Que demande le peuple ?

lundi 4 août 2025

Only the river flows


La dernière image ? C'est plutôt l'atmosphère du film en général qui m'accroche, poisseuse à souhait, ainsi que la mise en scène soignée, précise, souvent inspirée, qui parvient à recréer une sorte de Memories of murder dans les années 90 quelque part en Chine.

J'aime notamment toute la première partie, ce début d'enquête au bord d'une rivière, ces témoins qui deviennent suspects, ces pistes qui deviennent de fausses pistes pour redevenir tangibles après le suicide d'un personnage-clé.

Mais il est regrettable qu'après avoir été dans plusieurs directions (toutes intéressantes, avec une dimension très Hercule Poirot version David Suchet lors des interrogatoires et des témoignages qui se succèdent et se répondent), on en revienne finalement à ce personnage de fou qui serait in fine le catalyseur de tous les drames... La façon dont s'ajoute à cette simplification voulue de l'intrigue des rêveries cauchemardesques du personnages principal ainsi que la décision au sein de son couple d'avoir un enfant (qui risque de venir au monde avec un handicap) finit comme ce plan final qui sent l'esbrouffe par décevoir et nous tenir éloigné du film.

Avec le recul, l'intrigue aurait  mérité d'être plus fouillée avec une vraie révélation (puissante ou déconcertante) sur les raisons du meurtre initial et celles des morts qui suivront... Dommage mais pour l'ambiance, cette reconstitution des années 90 et la force indéniable de la mise en scène, le film vaut le détour.

samedi 2 août 2025

Emilia Perez

La dernière image ? J'adore le moment délicat en plein échange de coups de feu où Emilia chante à son ex femme (derrière un canapé) les moments émouvants de leur passé... C'est très touchant. Le prolongement de ce moment avec la marche en pleine lumière d'aficionados d'Emilia devenue une Sainte presque malgré elle fait également mouche.

Mais le problème d'Emilia Perez vient avant et commence pour moi dès l'entame... 

Il y a d'emblée une difficulté qu'on perçoit à choisir la bonne tonalité entre comédie musicale totale et film noir de facture classique entrecoupé d'envolées musicales et lyriques (opératiques ?). De ce fait, il y a pour moi comme un tâtonnement à l'écran perceptible et qui je crois naît de ce problème de cadre et de cohérence qu'on a du mal à cerner. Se pose aussi dans le prolongement la question de la nature des chansons qui sont souvent chaotiques, glacées, peu aimables. Or j'aurais trouvé plus efficace que pour dissiper la noirceur (infernale) de l'univers les parenthèses musicales soient plutôt vectrices d'émotion, de lumière, d'espoir... Là on est souvent ton sur ton. Noir, c'est noir. Too much indeed.    

Il y a ensuite à mes yeux des manques sur la transition de la première à la seconde partie du film... 4 ans sont passés et soudain naît une envie de retrouver ses enfants. Soit ! Or pendant ces 4 ans en Suisse l'ex femme n'a jamais approché de près ou de loin l'envie d'une autre vie, les esquisses d'un nouveau départ ? Un nouveau compagnon ? Rien de rien. Les enfants sont-ils touchés par ce nouveau déracinement ? D'ailleurs se penche-t-on une seule fois sur la personnalité des enfants ? Pourtant ils sont le moteur de toute la deuxième partie...  On décide pour eux et leur mère que la prochaine destination sera la maison rutilante d'une cousine du papa / ex-mari et puis c'est tout... Un peu rapide tout ça. Pratique pour franchir allègrement la barrière de l'ellipse mais ça manque vraiment de quelque chose, d'enjeux plus profonds notamment s'agissant de l'ex-femme et des 2 enfants qui jusque là n'existent guère. Les enfants ne seront d'ailleurs jamais autre chose que des silhouettes...  C'est bien triste.

Et puis plus généralement je suis gêné aux entournures par cette idée que véhicule le film qu'en devenant une femme, on s'adoucirait soudain... On s'intéresserait d'un coup au destin de ses ex-victimes, à leurs familles etc. Comme si devenir une femme (au-delà de l'idée bien comprise que ce que l'on nous raconte c'est le fait libérateur de devenir enfin soi-même) rendait moins cruel, ouvrait les chakras, redonnait un coeur... Mouais, c'est plutôt limite.

En revanche, la dernière séquence chantée pendant la fusillade est très touchante, la dernière marche dans la rue aussi est très belle.

Mais c'est trop peu ou trop tard me concernant pour emporter le morceau.

J'ajoute pour finir une réflexion plus générale : voilà un pays et une culture qu'Audiard connaît probablement d'assez loin, un genre (la comédie musicale) à laquelle il s'essaye pour la première fois, un sujet (le changement de sexe qui plus est d'un parrain de la pègre) archi singulier... Ca faisait peut-être un peu trop de premières fois, un peu trop d'ambitions additionnées.... Les yeux plus gros que le ventre en d'autres termes.