Un an après Faust, fantasmagorie Dantesque de Murnau, arrive Metropolis, véritable première dystopie US, précurseur de Star Wars, Dune et autres Blade Runner... Même si l'on peut se demander si le Aelita de 1924 (par ailleurs assez quelconque) n'est pas l'inspiration centrale et la véritable première pierre cinématographique de l'édifice de ce genre nouveau puisqu'on y retrouve dans le désordre : humanoïdes avalés par des machines, hiérarchie spatiale symbolisant les couches sociales, lutte des classes au coeur du récit avec masses opprimées, personnage féminin comme catalyseur politique et sensuel, technologie aliénante, échec de l'utopie et thème de la propagande... Fritz Lang transcende ces thèmes mais on sent bien que le film Russe les développe déjà, même maladroitement (y compris le thème de l'enfance). Reste que visuellement Metropolis est à des niveaux jamais atteints au point que la vision qu'il propose est encore aujourd'hui singulière et impressionnante. Alors imaginons à l'époque...
Je réalise aussi que toute la partie finale (le déluge) évoque toute la fatidique fin de Titanic. D'ailleurs Gustav Frohlich (revoyez le film) ressemble énormément (silhouette, forme et tics de visage) à Leonardo Di Caprio. Et comment ne pas penser à Terminator lorsque la fausse Maria disparaît pour laisser émerger des flammes la figure du Robot... Bref nul doute que James Cameron vénère ce film. Comme Alfred Hitchcock naturellement puisque toute la partie sur le clocher puis sur le sommet du toit incluant la confusion entretenue entre la femme et son sosie (robotisé) sont des moments clés de l'oeuvre Hitchcockienne (Vertigo notamment).
Metropolis fait exister sous nos yeux un monde irréel mais pas tant que ça... 2026 pardi. On y est... Fini les classes moyennes... Les écarts se creusent entre super privilégiés (une poignée) et le petit peuple asservi qui vit dans les bas fonds et qui se recueille à la nuit tombée dans les Catacombes pour y espérer le Messie (sous les traits d'une femme providentielle).
Au passage, la figure du robot (hommage à L'Eve future de Villiers de l'Isle-Adam) ne préfigure-t-elle pas notre IA actuelle qui pompe allègrement nos matières grises et cherche éperdument à nous ressembler... Voilà donc un film visionnaire et révolutionnaire dans tous les sens du terme.
La rébellion vient d'ailleurs du sein de l'aristocratie en permettant que la fameuse rencontre avec Maria puisse avoir lieu... Les questions fondamentales se posent alors : le fils devra-il tuer le père pour vivre son amour au-delà des clivage sociaux, son Depth Side Story ?
Je reste tout de même réservé sur le message. Le Robot manipulé par l'architecte de Metropolis veut pousser les asservis à faire leur révolution... Mais, nous dit le film, cette révolution leur coûtera plus cher (leurs descendances, allez savoir) que d'installer un médiateur entre les ouvriers et les patrons... Curieuse pirouette finale qui peut apparaître comme un message de propagande Capitaliste : Ne détruisez pas l'outil de production, pensez à vos enfants et faites confiance à nos syndicats, seuls vrais médiateurs habilités / autorisés / adoubés par les puissants...
Par ailleurs, le film souffre de quelques longueurs et faiblesses de scénario ici et là dont la principale : comment Maria et sa flopée de bambins ont-ils réussi à débarquer aussi facilement dans un de ces jardins surprotégés pour oisifs de la haute ?
Mais il nous reste cet univers fantastique, "Brazilien" que Lang fait furieusement exister, une histoire d'amour vraiment touchante et des moments de bravoure qu'on n'est pas prêt d'oublier : les hommes broyés au pas de marche, les catacombes à la lampe de poche et la capture de Maria entre deux tâches de lumière, la foule rebelle, une forêt de mains d'enfant, l'inondation monstre puis le brasier pour androïde, enfin les visions éthérées du héros...
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