mercredi 7 janvier 2026

Le Dernier des hommes (1924)


La dernière image ? Toute la séquence d'introduction à l'entrée de ce Grand Hôtel sous une pluie battante est tout simplement fantastique dans la façon de faire surgir du sens sur un premier plan, deuxième et même troisième plan etc. La verticalité étant également exploitée avec ces trombes d'eau qui s'abattent sans discontinuer... Y sont présents tous les ingrédients d'un grand film noir et l'on est immédiatement dans l'ambiance.

J'adore ensuite ce plan au petit jour sur la façade de l'immeuble où vit notre héros. Hitchcock s'en est-il inspiré pour Fenêtre sur cour ? Fort possible... On a envie d'y croire. J'ai d'ailleurs relevé que Le Dernier des Hommes était un de ses films préférés.

J'adore aussi ce moment puissant où le vieil homme tout fier dans son costume découvre l'invraisemblable... Il vient d'être remplacé. La séquence qui suit offre une leçon de cinéma sur le point de vue. D'abord extérieur depuis le bureau du Directeur puis au plus près de notre héros qui derrière ses lunettes essaye de décrypter la lettre lui annonçant sa... mutation.

Et l'on arrive naturellement au déni et à sa difficulté à assumer ce nouveau statut (le déclin) en famille et dans son immeuble voire dans son quartier. C'est ainsi que démarre la séquence la plus moderne du film. Après avoir subtilisé la tenue qu'il était censée rendre à son employeur, la fête se profile et ne sera là que pour oublier au fil d'une séquence en partie tournée en vision subjective (révolutionnaire pour l'époque on l'imagine) qui permet de décrire ses petits rêves du moment... Fantastique segment.

Evidemment, après ça, il faut pouvoir faire illusion en partant de chez soi (toute la thématique dramatique de l'Adversaire prend racine ici), se résoudre à prendre ses fonctions malgré son état et opter pour la dissimulation qui mène directement à la déchirante séquence de la consigne à la gare. 

Fatalement, votre épouse, un lendemain de fête, ne manquera pas de venir vous apporter du réconfort, découvrant par là-même le pot-aux-roses... Là encore, sacré moment où lui se voit la regarder le regardant par au-dessus à l'entrée des toilettes...

S'ensuit une longue séquence dans le voisinage exploitant la rumeur et la façon dont elle se propage comme un feu de poudre. Extraordinaire moment là encore.

Puis la nuit s'invite, les lumières de la villes, et notre homme confirme quelque part entre l'Hôtel et la consigne être pleinement devenu la fameuse pièce d'ajustement (Les Temps modernes avant l'heure).

L'ombre anonyme des faubourgs rentre alors à reculons et se déplace sur les murs de sa cour intérieure. Le travelling qui l'accompagne sous les quolibets des voisins est inoubliable. 

Evidemment le jugement est ici à l'oeuvre, essentiellement dans les angoisses de notre héros qui courbe l'échine face aux regards des proches qui lui laissent comprendre ce qui lui reste à faire : accepter son sort et remettre le costume volé à sa place. 

Très fort alors sont les moments qui viennent la nuit dans l'hôtel où les couloirs ressemblent soudain à des cryptes, avec des airs de lieux abandonnés (moment qui fait écho à l'instant du vol). Les quelques silhouettes d'hommes sont des dormeurs devant le comptoir de la réception. Toute la ville dort. Un méfait pourrait aisément être commis...

Et là encore, Murnau marque les esprits par le truchement d'une prise de pouvoir (encore une réflexion poussée à son paroxysme sur le point de vue). Il explique ni plus ni moins qu'en temps normal le drame se serait achevé ainsi mais que grâce à Dieu (le scénariste),  il en sera autrement... Le Deux Ex machina (un milliardaire reconnaissant) vient ainsi sauver des eaux notre "Boudeur" qui retour de la stature, de la grandeur, de la facétie, de la jeunesse pardi.

Et qui ce dernier invite-t-il à sa table pour finir ? Le fameux veilleur de nuit qui a passé l'éponge sur son forfait... Beauté du geste, comme ce travelling final dans la salle de restaurant.

Un film extraordinaire qui a objectivement des décennies d'avance sur ce que le 7ème art deviendra... D'ailleurs, il nous parle de déclassement et donc d'aujourd'hui, de cette génération. 


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