La dernière image ? Beaucoup de moments restent en mémoire. Mais je suis sensible à toute la partie de chasse et ce regard jamais aussi aiguisé sur le détachement et cruauté sans fard d'une caste qui vit au-dessus des fameuses règles censées soutenir des valeurs universelles. On comprend que les codes sont dévoyés, vidés de leur substance et que ne subsistent ici que les apparences, la recherche du plaisir immédiat, le quant à soi, l'égo pour l'égo.
Pour l'essentiel, on est au spectacle, on se donne en spectacle, on se cherche une raison de vivre, d'aimer, on est au fond complètement paumé (à l'image de la maîtresse de maison qui est amoureuse à peu près tout le temps et de tous les hommes qui passent). Et les belles valeurs qu'incarnent le chevaleresque héros du bout du monde (métaphore de l'artiste à la recherche d'une vérité) sont foulées au pied dans un dénouement implacable. Les masques se portent ici partout et tout le temps dans un temps qui semble figé comme à la cour du roi dans Les Visiteurs du Soir.
La mise en scène est proprement exceptionnelle, le travail sur la multitude de personnages (tous existent) aussi, comme sur les profondeurs de champ, sur la frénésie qui s'empare du château à l'heure où les expédients font effet. D'ailleurs cette explosion de folie collective au fil des heures et des litres ingurgités a quelque chose de très moderne. Cette façon dont le spectacle se déplace de la scène à la salle, puis au château par contagion. Les langues se délient, les dernières inhibitions disparaissent, les vraies balles pleuvent...
La seule réserve pour moi c'est ce sentiment surtout vers la fin justement d'être au théâtre et d'assister rebondissement après rebondissement à la première d'un vaudeville amoureux de Guitry ou de Feydeau. En même temps on viendra me rétorquer que le génie de Renoir est justement d'avpir su inviter le Boulevard dans les murs d'un château pour y faire entorse aux bonnes manières et pour faire passer son message sans équivoque puisque tout finit en drame. Un drôle de drame.
Soit, mais même en ayant trouvé au film de la grandeur, de la puissance (dans l'écriture, dans le message, dans sa matière filmique, dans le jeu des acteurs, dans les dialogues, dans le rythme), j'avoue avoir été un tout petit moins emballé par la succession de quiproquos de la toute fin (ce n'est pas la servante, c'est la maîtresse, ce n'est pas lui, c'est donc son frère, toujours à la faveur de vêtements empruntés, prêtés, de cols remontés, de capuches rabattues...).
Mais bon, c'est peut-être un peu chipoter vous me direz.
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