dimanche 11 janvier 2026

Allemagne année zéro (1949)

 


La dernière image ? Probablement l'errance de notre petite tête blonde dans une artère hérissée de décombres et de façades trouées par les bombardements, entre partie de foot et spectacle improvisé au piano (Polanski y fait-il référence dans son formidable Le Pianiste ?), juste avant que le héros de cette histoire terrible ne se décide (ou pas, est-ce un accident ?) à sauter dans le vide depuis les hauteurs d'une ruine restée debout. Frappante image qui ne laisse guère d'espoir. On est alors ton sur ton, noir c'est noir.

Le Néo-réalisme italien se déplace à Berlin. Evidemment avec le recul, il est louable cet aspect documentaire qui oxygène nos neurones et vient disséquer le quotidien in vivo de familles agglutinées dans des appartements qui ne leur appartiennent pas et cherchant chaque jour à tenir jusqu'au matin suivant entre marché noir, prostitution, pots de vins, produits interdits refilés sous le manteau et partout, passée sous silence, la survivance d'un esprit malin, retors, pour asservir les esprits fragiles et les maintenir dans l'ignorance : le jeune héros est ainsi victime d'un de ces laveurs de cerveau lorsqu'il se décide à "supprimer" son vieux papa... 

Mais se pose la question en l'ayant vu de l'oeuf ou de la poule. Comment est né le projet dans l'esprit de Rosselini ? Il me semble que les personnages de cette petite famille sont créés pour les besoins de l'histoire à déployer dans les décombres de Berlin... Cce qui leur enlève une part d'existence propre, d'émotion. On ressent tout au long du film (d'ailleurs assez court, moins d'une heure 15) que le héros est le point focal de la caméra qui se promène partout et autour duquel va s'enrouler un peu de fiction et les quelques personnages autour pour permettre à la narration de se déployer jusqu'au final qui m'apparaît de ce fait comme assez artificiel, c'est-à-dire comme une "chute" nécessaire à la démonstration voulue.

 Or il faut partir des personnages à mon sens et pas du décor aussi fantastique soit-il.  Toutes ces problématiques (maladie du père, ancien professeur 'endoctrinant", grand frère ancien nazi qui se cache, soeur qui cherche à utiliser ses charmes pour vivre une autre vie que la sienne etc) semblent cohabiter de façon très pratique pour illustrer ce que je décris plus haut : qu'est-ce que la vie après sa destruction totale et comment se reconstruire ?

Evidemment, ce film reste une référence et contient de nombreux moments très forts mais je me demande si je n'aurais pas préféré dans ce contexte de dénuement physique et moral découvrir comment le regard d'un enfant peut dépasser précisément le découragement, la méchanceté, les horreurs du quotidien... Comme Boorman y parvient dans Hope and Glory ou Begnini dans La Vie est belle.

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