dimanche 17 août 2025

Sons

 

La dernière image ? Une seule transcende tout le film d'une vibrante poésie, c'est la mini séquence silencieuse dans une cour au coeur de la nuit où le prisonnier peut oublier qu'il ne sait plus trouver le chemin du sommeil. Moment de répit qu'autorise une gardienne, son bourreau de circonstances, non sans garder un oeil accusateur sur lui. Tous deux sont alors sporadiquement éclairés par les traînées lumineuses d'un feu d'artifices qui se tient tout près. 

j'avais vu The Guilty, malin petit film de genre précédé d'une élogieuse réputation qui se révéla exercice de style plutôt vain au final, sans grande envergure. Je ne me rappelle d'ailleurs de pas grand chose si ce n'est le dispositif, très théâtral et restant sur le plan des idées, sans véritable incarnation.

Ici le real voit un peu plus grand. Son cauchemar repousse les murs de la pièce du précédent opus pour embrasser l'enceinte d'une prison.

Après une entrée en matière très "documentaire", avec peu d'aspérités, peu de prises pour le spectateur qui objectivement sur ces 10 premières minutes s'ennuie un peu, probablement l'effet "film d'auteur Danois" qui peut refroidir... Va pourtant rapidement se mettre en place un jeu sadique d'acharnement entre une gardienne et l'assassin de son fils qui vient de débarquer et dont elle veut à tout prix se venger. Pour racheter (on va le comprendre lorsqu'elle se confie rapidement plus tard) ses propres manquements. Elle n'a en effet jamais rendu visite à son fiston de son vivant, qui était également incarcéré, jusqu'à sa mort violente...   

En filigrane, sont convoqués les fameux mécanismes retors d'un Orange Mécanique qui voit d'anciennes victimes du personnage principal (divinement incarné par Andy Mc Dowell) prendre un malin plaisir à se venger de la plus sadique des façons... Ici c'est un mécanique par procuration avec transfert psychanalytique (je venge la chair de ma chair) mais on retrouve les mêmes ingrédients. Qui est plus à plaindre ? La victime du premier meurtre ou celle de la torture physique et mentale à l'oeuvre aujourd'hui ? 

On ressent ici et là un certain malaise devant l'acharnement patent (et assez gratuit) de cette gardienne puis lorsque le paradigme change, qu'elle est menacée (sous condition de plainte dudit prisonnier) et doit donc "pactiser" avec le meurtrier de son fils, on voit s'installer une relation plus trouble où c'est alors lui qui tire les ficelles. Avec là encore (mais chez l'autre) un certain plaisir coupable. Ce n'est pas inintéressant mais ça ne va jamais chercher très loin dans l'intensité au point que lorsqu'elle lui révèle la vérité (sur qui elle est) ça fait curieusement l'effet d'un pétard mouillé. La réaction du jeune homme paraît même anachronique, insensée : courir à perdre haleine puis tomber après 20 mètres à peine en courant le risque qu'elle commette l'irréparable au nom d'une tentative d'évasion...Quant à la réaction de la gardienne (Je vais le tuer ici puis non...), elle est en revanche trop prévisible... C'est un fils, j'ai perdu le mien, n'ajoutons pas du malheur au malheur. 

Bref le film est pour finir trop recroquevillé sur lui-même et cette relation. La seule fois que ça décolle vraiment c'est lors de ce repas chez la mère du prisonnier. Parce qu'on a soudain des clés pour comprendre un peu mieux qui il est, qui est sa maman etc. D'ailleurs il aurait fallu aussi que cette gardienne entêtée puisse au moins confier son secret (d'avoir sous la main le meurtrier de son enfant) par exemple à une amie très proche, à son compagnon du moment, au père de son fils décédé... Cela aurait renforcé le lien entre elle, son histoire et le spectateur que nous sommes. On n'a trop peu de clés sur ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent et qui elle est pour être pleinement à ses côtés.      

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire