La dernière image ? J'adore le moment délicat en plein échange de coups de feu où Emilia chante à son ex femme (derrière un canapé) les moments émouvants de leur passé... C'est très touchant. Le prolongement de ce moment avec la marche en pleine lumière d'aficionados d'Emilia devenue une Sainte presque malgré elle fait également mouche.
Mais le problème d'Emilia Perez vient avant et commence pour moi dès l'entame...
Il y a d'emblée une difficulté qu'on perçoit à choisir la bonne tonalité entre comédie musicale totale et film noir de facture classique entrecoupé d'envolées musicales et lyriques (opératiques ?). De ce fait, il y a pour moi comme un tâtonnement à l'écran perceptible et qui je crois naît de ce problème de cadre et de cohérence qu'on a du mal à cerner. Se pose aussi dans le prolongement la question de la nature des chansons qui sont souvent chaotiques, glacées, peu aimables. Or j'aurais trouvé plus efficace que pour dissiper la noirceur (infernale) de l'univers les parenthèses musicales soient plutôt vectrices d'émotion, de lumière, d'espoir... Là on est souvent ton sur ton. Noir, c'est noir. Too much indeed.
Il y a ensuite à mes yeux des manques sur la transition de la première à la seconde partie du film... 4 ans sont passés et soudain naît une envie de retrouver ses enfants. Soit ! Or pendant ces 4 ans en Suisse l'ex femme n'a jamais approché de près ou de loin l'envie d'une autre vie, les esquisses d'un nouveau départ ? Un nouveau compagnon ? Rien de rien. Les enfants sont-ils touchés par ce nouveau déracinement ? D'ailleurs se penche-t-on une seule fois sur la personnalité des enfants ? Pourtant ils sont le moteur de toute la deuxième partie... On décide pour eux et leur mère que la prochaine destination sera la maison rutilante d'une cousine du papa / ex-mari et puis c'est tout... Un peu rapide tout ça. Pratique pour franchir allègrement la barrière de l'ellipse mais ça manque vraiment de quelque chose, d'enjeux plus profonds notamment s'agissant de l'ex-femme et des 2 enfants qui jusque là n'existent guère. Les enfants ne seront d'ailleurs jamais autre chose que des silhouettes... C'est bien triste.
Et puis plus généralement je suis gêné aux entournures par cette idée que véhicule le film qu'en devenant une femme, on s'adoucirait soudain... On s'intéresserait d'un coup au destin de ses ex-victimes, à leurs familles etc. Comme si devenir une femme (au-delà de l'idée bien comprise que ce que l'on nous raconte c'est le fait libérateur de devenir enfin soi-même) rendait moins cruel, ouvrait les chakras, redonnait un coeur... Mouais, c'est plutôt limite.
En revanche, la dernière séquence chantée pendant la fusillade est très touchante, la dernière marche dans la rue aussi est très belle.
Mais c'est trop peu ou trop tard me concernant pour emporter le morceau.
J'ajoute pour finir une réflexion plus générale : voilà un pays et une culture qu'Audiard connaît probablement d'assez loin, un genre (la comédie musicale) à laquelle il s'essaye pour la première fois, un sujet (le changement de sexe qui plus est d'un parrain de la pègre) archi singulier... Ca faisait peut-être un peu trop de premières fois, un peu trop d'ambitions additionnées.... Les yeux plus gros que le ventre en d'autres termes.
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