samedi 16 août 2025

Evanouis

La dernière image ? D'une façon générale j'ai été marqué par la capacité du film à faire peur et rire à la fois. Et j'ai apprécié cette dimension comique (assumée et très efficace) comme l'idée hilarante de ce personnage de jeune héroïnomane qui une fois possédé revient à la charge 100 fois encore et encore mais étant trop frêle physiquement finit écrabouillé par le personnage du père obsédé à l'idée de retrouver son fiston.

Il y a beaucoup de moments franchement drôles dans ce film (le même jeune toxico ne se rappelle plus s'il est séropositif face à l'attitude angoissée du flic) qui par ailleurs fait la part belle à de vrais personnages écrits, intéressants. C'est aussi ce que je retiens de positif, ce soin apporté à la caractérisation de personnages clés. Je suis beaucoup plus réservé sur le découpage en chapitres par personnages. S'ils sont suffisamment fouillés - et c'est le cas -  pas besoin de leur consacrer à chacun une tranche de l'histoire. Mais c'est bien pratique pour brouiller les pistes, noyer le poisson et faire oublier les insignes faiblesses du scénario.   

Parce que le bât blesse et pas qu'au niveau de la narration mais dès lors qu'on sent la volonté du réalisateur de jouer avec les traditionnels codes du fantastique pour mieux les contourner. Toute une classe disparue dans la nuit ? Sûrement à voir avec la 4ème dimension ? Et bien non que diable, la vérité est beaucoup plus prosaïque : une sorcière pardi de chair et de sang tout droit sortie d'un bon bouquin de Roal Dahl (on pense à Sacrées Sorcières naturellement).  Mais alors si l'on va par là, on espère s'appuyer pour l'explication sur du costaud, du crédible, du réaliste (une fois acceptée l'idée qu'on puisse exercer une emprise sur des gens avec un objet leur appartenant, un peu de son propre sang, un saladier rempli d'eau, une petite branche épineuse et une cloche). Et c'est là que tout s'effondre hélas...

Premier constat : pourquoi devant un tel mystère (au retentissement mondial j'ai envie de dire à l'heure de la surmédiatisation du moindre fait divers) et le choc émotionnel qu'il ne peut que susciter, n'y a -t-il pas pléthore d'équipes TV venu de tout le pays, du monde entier et avec forcément l'idée de vouloir faire un énorme sujet autour de la prof ou du seul élève de la classe qui n'a pas disparu ? Là, on nous décrit cette petite ville pourtant sous le choc comme presque normale à la nuit tombée... 2 péquenauds sur un trottoir, deux pots de peinture à l'arrière d'un pick up et puis c'est tout. Et la seule personne pas liée à l'affaire qui va traîner par hasard du côté de la maison transformée en lieu de sabbat c'est un toxico qui vit dans les bois... Mouais. 

Par ailleurs, sur une telle affaire (dont pourrait même s'emparer le président), pas de policier digne de ce nom sur l'enquête ? Pas de FBI ? Dans The Cure de K. Kurosawa (petit chef-d'oeuvre sur une thématique proche) l'enquêteur cherche à percer le secret du criminel qui manie l'hypnose pour faire commettre des meurtres par d'autres que lui (par procuration en somme). Donc le fil policier n'y est pas qu'un luxe il vient renforcer le caractère plausible d'un postulat de départ pourtant assez fantaisiste (c'est avant tout l'idée théorique d'un inventif qui veut renouveler un genre comme c'est le cas ici)... L'absence de cette dimension policière  et le fait que "l'enquête" soit confiée à des personnages de la vie civile - la prof, le père - permet de faire passer la pilule et de justifier le fait par exemple qu'aucune enquête approfondie ne soit ouverte autour du seul enfant à ne pas avoir disparu et de sa mystérieuse grand-tante. Bien pratique. Evidemment parce que partant de là, les questions simples arriveraient : d'où sort elle cette tante lointaine ? Lorsqu'elle vient et parle pour le père qui se remettrait d'après elle d'un AVC, on ne peut pas vérifier ? Dans quel hôpital ? Soignée par quel spécialiste ? Et la maman où est-elle ? Dans le même état ? Tiens, tiens...

Bon mais passe encore. Vient alors le moment fatidique : A 2h17, près de 30 enfants courent dans le lotissement et personne n'a rien vu ? Aucun chien pour aboyer devant une scène aussi scotchante avec le bruit de pas rapides sur le bitume ? Quand on voit toutes les maisons alentours traversées par la sorcière lorsqu'elle est poursuivie à la toute fin par la meute, on se dit quand même que y a un peu de foutage de gueule. Idem : des caméras parviennent à choper les enfants partant de chez eux mais aucune caméra ailleurs n'a chopé aucun enfant pendant la virée nocturne ? A posteriori, on se dit qu'il aurait été facile avec des chiens renifleurs spécialisés de retrouver la trace des enfants jusqu'à cette maison de malheur en utilisant des effets personnels...    

Autre point : quand la pseudo police vient faire une petite visite de courtoisie, on comprend que la sorcière a fait évacuer entretemps les 30 enfants. Mais pour aller où ? Et comment diable ne pas être vu alors que toute la ville, tout le pays on l'imagine, les recherche ? A cet effet, on ne suit qu'un père obsédé à l'idée de retrouver son fils. Mais quid des 60 autres parents ? Leurs enfants les intéressent moins ? Pas de réunion entre tous les parents meurtris pour élaborer des stratégies, échanger leurs intuitions ?

Autre question : comment les 3 héros (le père, le toxico et la maitresse) peuvent ainsi rêver voir cette "femme clown sorcière" alors qu'elle n'a pas encore exercé d'emprise sur eux et qu'ils ne l'ont encore jamais vue ? 

Interrogation sur les intentions de la sorcière :  Pourquoi couper un cheveu de la maîtresse dans la voiture la nuit (et prévoir de la faire assassiner le lendemain par le proviseur, alambiqué non ?) alors qu'elle peut simplement la mettre sous hypnose comme elle le fait pour les enfants le flic, le toxico ou les parents ?

Je n'ai pas goûté non plus les (sur)coïndences de la narration : le toxico tombe évidemment par hasard sur la maison du forfait et puis comme par hasard sur l'amant de la prof du jeune homme qui y vit... Ca fait trop de hasard pour un seul homme. 

Pour finir au rayon scato : comment les parents et les enfants sous hypnose font leurs besoins ? Puisqu'on les nourrit (le real tient à nous montrer cet aspect pour bien expliquer que tout ça n'est pas fantastique). Il faut bien qu'ils évacuent ? A la queue leu leu en prenant des tickets ? Sur eux mêmes ?  Il y a quand même pas loin de 30 personnes dans cette maison. Je vous laisse imaginer l'état des chiottes ou de leurs caleçons...

Voilà donc un film intéressant pour son humour et ses personnages bien campés mais côté histoire on repassera vraiment... Trop, vraiment trop d'invraisemblables invraisemblances.    

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