dimanche 31 mars 2024

Ad Astra


La dernière image ? Probablement ces "salons de détente" spatiaux qui en convoquant des lieux terrestres vivants et colorés me rappellent certaines séquences magiques de Soleil Vert (Richard Fleisher).

C'est curieux mais le début comme la fin et le retour sur Terre me rappellent Gravity. Le coeur du film me rappelle davantage le côté pseudo philosophique de Interstellar. Et la voix off lancinate elle évoque le  Terence Malick dans des films comme Tree of Life ou La ligne rouge. Donc déjà une impression de déjà vu et de manque de caractère, de personnalité peut-être.

Sur le positif, j'aime bien le rythme lancinant, le côté désincarné, ce cinéma intérieur qui résonne dans le vide intersidéral. On sent l'hommage sincère au Kubrick de 2001.

Sur le négatif, le coeur de ce que je ne digère pas c'est cette voix off qui paraphrase tout... C'est fatigant de faire dire à un personnage qu'il a peur d'affronter son père quand son regard et son attitude suffisent à le dire. Voire même la situation qui en soi a de quoi inquiéter... 

Même les dialogues comme celui du père et du fils sont lourdingues. Lourdingues par ce qu'ils font dire aux personnages ("Papa, viens... Non mon fils Laisse moi partir") mais aussi par le maniement à outrance de gros symboles psychanalytiques... Le fils doit tuer le père (le dépasser, le supplanter) pour se libérer... Et tout arrive tranquillement aux confins de la galaxie avec pour enjeu de sauver l'humanité. Rien que ça !

D'ailleurs on peut finalement résumer le film comme une sorte d'Apocalypse Now du trou noir. Le père incarmant ce Capitaine Kurtz devenu zinzin. Et Willard/Sheen alias Pitt serait son fiston chargé de le "débrancher" ou de le ramener... Donc rien de bien neuf sous le soleil exactement.

Par ailleurs toute la sphère "anticipation" résumée par l'attaque de "pirates" sur la surface de la Lune dysfonctionne et me rappelle vraiment du mauvais Nolan (Inception ou Tenet). 

En revanche j'ai adoré le segment autour des singes de laboratoire. Puissant passage.

Le film est donc inégal, globalement un peu plan plan. Assez ampoulé. Bavard malgré l'économie recherchée (personne ne vous entendrait crier mais tout le monde vous entend penser). Mais bon James Gray a quand même du talent et Ad Astra vaut déjà mieux que Interstellar par exemple.

Rubber


La dernière image ? Ces hommages sans détour, rigolos mais inoffensifs, à Scanner, Duel ou Zombie... Toute l'histoire du Club Video de nos jeunes années est convoquée en quelques plans sympathiques.

Je suis dans ma période Quentin Dupieux et j'ai beau avoir de la tendresse pour Le Daim ou Au Poste, j'avoue avoir été passablement déçu par Yannick et pour Rubber, la déception esst encore plus grande.

Comme souvent, il y a un point de départ absurde qui force l'admiration. C'est certain. On se dit qu'en déroulant ce fil, on ne peut que déboucher sur des moments d'anthologie. Le problème est hélas multiple.

D'abord avec cette ambition, il faut pouvoir faire peur, créer de la tension. Mais 1 l'humour désarmorce absolument tout et surtout 2 n'est pas Carpenter, Cronenberg ou Spielberg qui veut.

On dit souvent que l'amour est une affaire sérieuse... C'est un peu ce que je ressens ici... Le genre autorise bien sûr le second degré (Sam Raimi ou Wes Craven mais d'autres n'en manquent pas pour ne prendre que ces deux exemples) mais le genre matriciel tout puissant doit remplir son office, doit nous emmener quelque part et très loin... Une immersion, un voyage sans retour qui permet des réflexions profondes sur la vie, la mort le sens de ce qui nous arrive.

Et Rubber hélas n'en reste qu'au film sketch, potache. C'est rageant, on ne croit d'ailleurs guère à ce pneu revenu à la vie, capable de se dresser tout seul, doté d'une pensée qui peut tuer... On ne croit à rien.  Et tous les blas blas autour du "no reason" (justifier l'absurde par une séquence d'intro, bof bof, dépeindre un meta public comme un groupe de touristes dans un parc pneunimalier, bof bof) ne font qu'agacer encore plus... Ce qui rend le film (pourtant court) interminable avec une répétition épuisante des mêmes têtes qui explosent comme chez Cronenberg...

C'est donc ça le pire, c'est que Rubber ne cherche même pas du côté de l'hommage sincère, de l'émotion qu'ont suscité chez nous toutes ces formidables pépites de la fantastique ère Video. Il ne fait que pasticher, un petit sourire cynique au coin des lèvres. C'est vraiment dommage. Ce cinéma là en a sauvé des vies entières, il mérite mieux.

samedi 30 mars 2024

Copenhagen Cowboy


La dernère image ? Innombrables... NWR est un génie visuel. Ces mouvements rotatifs incessants donnent le tournis. L'image hypnotique est aussi sublime que l'univers est macabre. Des extraterrestres y côtoient des vampires de la haute et des parrains de la mafia, qu'elle soit chinoise ou serbe.

Je ne sais pas être objectif avec ce réalisateur qui sait créer des formes qui n'appartiennent qu'à lui.

Maintenant il faut être honnête. Cette fois il y a des choses qui ne fonctionnent pas. Les combats notamment pour ce petit bout de femme sont terriblement moches et mal chorégraphiés. Il aurait fallu lui trouver d'autres moyens de supprimer ses adversaires. La posture karateka a quelque chose de risible. On n'y croit pas. Tout simplement.

Et puis ce dernier épisode offre un final pas abouti, beaucoup trop ouvert, presque ridicule avec ces femmes extraterrestres qui se retrouvent toutes dans la forêt avec la même tenue... On sent qu'il essayer de nous vendre un futur hypothétoque avec affrontements d''entités maléfiques aux pouvoirs sans limites.   

Comme toujours avec Winding Refn, il reste ici des moments sublimes qui parviennent l'air de rien à faire se rencontrer l'univers mental glacé de Neon Demon ou Only God Forgives voire celui de Too Old To Die Young et celui ancré, enraciné de la trilogie Pusher des quartiers populaires de Copanhague. Je pense surtout à l'épisode 1, à ce point de départ aussi "réaliste" qu'étouffant. Mais cette fois je confesse être resté sur ma faim, surtout à cause du dernier épisode, surtout si jamais aucune suite ne vient prolonger cet élan. Et puis parce que je déplore cette faute de goût d'avoir cédé à la tentation de rendre crédible les combats de cette petite puce contre des géants de la cruauté.

Mais comme à chaque fois, on retiendra qu'il y a plus de cinéma ici que dans 99,9% des séries TV qui sortent tous les jours comme des produits manufacturés sans âme et qui oublient que le cinéma c'est la science du "shot" comme langage, pas de l'exposition d'une ligne de scénario. Le cinéma est trascendance. Et celui de NWR nous le fait si bien ressentir.

Yannick. Trop peu à donner...

La dernière image ? La montée en pression de Pio Marmaï pour ce qui restera comme sa plus belle prestation du film, la plus habitée. Il en récolte d'ailleurs des applaudissements.

Sinon Yannick est un film hélas en roue libre qui comme souvent lorsqu'un film démarre sur une bonne idée ne vous emmène pas très loin dès lors que l'idée reste larvée, sous-exploitée.

Je pense évidemment à La Venus à la fourrure, la sublime réflexion de Polanski sur le cinéma, le théâtre et la création qui avait tant à offrir. Or ici, le prétexte est à faire sourire au mieux. Raphaël Quenard apporte il est vrai quelque chose d'attachant au personnage, une certaine profondeur,  mais cela ne suffit pas dès lors qu'on en reste à une mise en joue, une tentative d'écrire un pseudo sketch sans intérêt. Et d'ailleurs, le film se piège un peu lui-même puisqu'il accrédite d'entrée le fait que cette pièce que nous découvrons est toute pourrie et que ce qui va la remplacer ne vaut pas tellement mieux... Quel intérêt dès lors ? Yannick est sympathique, attachant, mais fort oubliable.

dimanche 17 mars 2024

Le règne animal


 La dernière image ? J'adore ce moment où le Papa attend son fils avec l'envie d'avoir une explication. Il a découvert le pot aux roses, lui court après, le ratrappe, ensemble ils tombent au sol, Papa étreint son fiston et le rassure.. Très beau moment  et il y en a d'autres du même tonneau. Dans l'ensemble, la relation père-fils avec la figure absente de la mère (deuil métaphorique et réel à la fois qu'il faut traverser ensemble) est touchante, va droit au coeur. Ceci est rendu possible grâce à ce jeune acteur Paul Kircher vraiment doué. Romain Duris est bien aussi mais on l'a déjà vu comme ça, nerveux, jouant la carte de l'humour (ses rires à la ronde, ses cris dans la nuit) teinté d'une forme de désespoir.      

Pour cette relation et l'univers toujours cinégénique des merveilleuses Landes, le film (j'avais déjà aimé Les Combattants) vaut le détour.

Maintenant si l'on creuse un peu... J'ai quelques griefs malgré la sympathie générale que m'inspirent ce réalisateur et son film.

Commençons par la fin. Je n'ai pas été convaincu par cet épilogue. Le papa est enfin résolu à laisser son fiston voler de ses propres ailes. So what ? Il va s'installer à 800 mètres dans un nid maousse créé par un homme oiseau ?  Mais rien n'est réglé ! D'abord son fils est-il vraiment d'accord ? Peut-être pas... Lui a-t-il vraiment demandé son avis ? Pas vraiment. Toute leur relation parle justement de cette ill communication, de l'humilité du rôle de parent. Ensuite on imagine bien dans la droite lignée des premiers "ratissages" en régle effectués par la police quelques temps plus tôt que le fiston finira bientôt atrappé voire pire... tué ? Si une fois sa transformation achevée on le trouvait par exemple à tourner autour de quelques poulaillers du côté de Lit-et-mixe. D'ailleurs voilà une question jamais abordée : Qu'est-ce qu'ils mangeront ? S'entredévoreront-ils ? La chaîne alimentaire se remet-elle en place ?

C'est le deuxième point qui pose problème : ces créatures sont vécues comme fondamentalement humaines et qui le restent par delà leurs mutations. Comme ayant, comme gardant des notions du bien et du mal... Elles ne font du mal que parce que l'homme est méchant (la blessure involontaire infligée à un camarade vicieux qui manie les ultra sons comme d'autres la trique). Cet angélisme est agaçant. Les animaux sont par principe sympas, semblent vivre en communauté, en toute quiétude... Le problème ce ne serait pas eux ce seraient les hommes nous dit-on entre les lignes... On rejoue en cela toute la cosmologie des super-héros (tant de films déjà sur le sujet des mutants) qui sont vécus comme différents et haïs par le genre humain donc obligés de vivre cachés etc. Je pense aussi à La forme de l'eau qui abordait avec la même ambition le sujet de la différence, de l'exclusion, des appétits aiguisés de quelques puissants ici ou là pour cette chose déviante et ses potentialités sur un plan commercial...  

J'ajoute sur le genre qu'il y a des précédents... Evidemment Manimal dans les années 80 mais plus près de nous la série Sweet Tooth. Et ça me fait penser justement que ce film m'évoque finalement plus le pilote d'une série qu'un véritable long métrage. D'abord parce que cette fin comme je le disais reste assez ouverte. Ensuite parce qu'un personnage comme la fliquette ne mène (en l'état) nulle part. Une fausse piste qui nous laisse penser qu'elle peut mener quelque part et puis rien... Evidemment enfin l'absence d'explication sur ce phénomène laisse légitimement à penser que peut-être nous sera révélé un jour la façon dont tout ceci a commencé... Voilà donc un pilote sympa d'une série qui pourrait être une Sweet Tooth à la française, à la Landaise.   

Pour finir et c'est peut-être ce qui me gène le plus le film s'empare d'un genre (le fantastique) pour filer une métaphore somme toute classique sur des thématiques éternelles. Comme d'un prétexte en somme.  L'absence de la mère, de son corps rappelle ces deuils impossibles à faire lorsqu'un proche est porté disparu mais dont on ne sait dire avec certitude s'il est encore de ce monde ou pas. Par ailleurs ces métamorphoses chez le fiston sont évidemment le reflet direct de ces tranformations adolescentes (croissance, poils qui poussent, dents de lait qui tombent, désir physique qui s'éveille). Leur rapport toujours juste à la cruauté (entre eux, concurrence en jeu en vue des premiers émois) à la mort (celle de l'enfant qu'ils ont été). La scène de la découverte des dents rappelle par exemple la fameuse confrontation où le parent demande des explications à l'enfant après avoir découvert que ce dernier fume... La séparation finale évoque le départ de l'enfant du foyer familial.  Un deuil parmi d'autres. Bref je regrette pour ces raisons un matériau finalement un peu trivial et un genre utilisé comme pretexte.

Mais je garde au film ma sympathie pour sa poésie, son couple père fils un peu perdu mais si touchant. Par les temps qui courent, un film qui fait du bien. 

The Last of us

La dernière image ? Vraisemblablement celle qui secoue le plus... La perte de son enfant pour le héros masculin à l'issue du segment introductif de la série. Cela témoigne aussi d'un volonté de créer des personnages, en chair et en os, avec leurs traumatismes, leur sens de l'humour aussi (la jeune femme qu'on doit sauver à tout prix est à cet effet intéressante, beeaucoup de dérision propre à son âge et quelques mystères aussi).

A vrai dire, le premier épiode de cette saison 1 est appétissant. Il fonctionne. Probablement que le deuxième épisode, passe encore.  Mais dès le 3ème puis le 4ème, l'indigence est absolument partout. Une épidémie. Cela ramène à la difficulté d'écrire avec honnêteté et passion sur un sujet vu et revu, qui plus est en repartant de la matière d'un jeu video, sans tomber dans des clichés grossiers. La facilité en de pareilles extrêmités c'est ce qu'on s'autorise le plus directement.

Côté narration et même si je défends l'épisode 1 on ne pourra pas ne pas relever que ces intros chocs ont déjà été explorées maintes fois d'abord dans le génial L'Armée des Morts (Zack Snyder) quand le fantastique s'invite dans le réel le plus trivial. Et je crois même me rappeler que dans le poussif Walking Dead il en va aussi d'un premier plan qui voit un enfant (même zombie) mourir exécuté et une histoire de deux frères "cowboys" déjà... Donc à part cette histoire de "champignon", d'originalité fondamentale, on ne trouvera guère par ici.

Le principal problème qui surgit à l'épisode 3 c'est ce tunnel, cet interminable flash back pour conter par le menu l' "attendrissement" d'un survivaliste chevronné dès l'irruption d'un beau mâle blanc dans son horizon et la révélation que tous deux étaient destinés à vivre ensemble... les deux beaux au bois dormants retranchés dans leur résidence surprotégée. C'est non seulement dans un contexte d'apocalypse risible, pas crédible, mais on sent également beaucoup trop les clichés de scénaristes désireux d'expliquer, d'expliquer... Ainsi quand les 2 héros arrivent en fin d'épisode 3, il n'y a plus qu'à dérouler le programme.

Même combat avec l'introduction des deux frères noirs à la fin de l'épisode 4. Et que dire des retournements de situation de l'épisode 5 et ces zombies sortis de nulle part pour empêcher l'un des héros d'être exécuté manu militari ??? Non décidément quand ça veut pas, ça veut pas... La grande série "Zombiesque" on l'attend encore.         

   

dimanche 3 mars 2024

Onimusha


La dernière image ? Ces parents privés de vie (et de tête) par le héros (Toshiro Mifune revit littéralement) sous les yeux de leur propre fille. Quelques images comme celle-ci sont très marquantes dans cette adaptation animée d'un jeu video que je ne connaissais pas.

L'ensemble est assez vu et revu (le gant façon anneau du Seigneur des A. qui corrompt l'âme du héros) mais sont à saluer des moments forts (tous les affrontements titanesques) dans le village au début, autour de la falaise puis lors des séquences caverneuses et minières de la toute fin. L'équipe de héros (et d'anti-héros) est également plutôt sympathique et même attachante (rappelant en cela l'équipée d'un Apocalypse Now le long du fleuve ménageant avec parcimonie ses dangers mortels). Je le mets dans la mouvance d'un Blue Eye Samouraï, certes moins réaliste et beaucoup plus "défouloir" dans un esprit "je dégomme tout", avec les mêmes moments inégaux. Mais je confesse être allé jusqu'au bout de cette saison parce qu'Onimusha se laisse vraiment regarder sans déplaisir. 


jeudi 29 février 2024

Anatomie d'une chute

La dernière image ? Probablement ce moment père-fils dans la voiture qui dit les choses (la voix du fils sur les lèvres du père), le non-dit, la culpabilité du père, ses envies secrètes peut-être, tout ce moment émeut sincèrement. Beau passage, comme la longue séquence de dispute est également à saluer.

Le film dans l'ensemble est de bonne facture. Il est bien construit, bien joué, porté surtout par une actrice fantastique. Mais cela méritait-il une Palme d'Or ? Autant de prix reçus ici et là ? Je ne pense pas.

Ce que je peux regretter ou déplorer d'abord c'est le travail sur l'image. Une image fade, un manque objectif d'ambition sur le plan esthétique, servie par une mise en scène statique. On sent que la réalisatrice s'appuie beaucoup sur le dispositif texte / acteurs. Le cinéma c'est aussi de la mise en scène. C'est une ambition formelle malheureusement absente ici, deux séquences mises à part via le flash-back narratif (la dispute et le tête à tête dans la voiture). Pour ne reprendre qu'un exemple, Shining est immense pour tout ce qu'il met en branle sur le plan de l'utilisation des lieux, de la steadycam, des plongées, de la structure en chapitres, de la musique, d'un cinéma mental (le labyrinthe comme circonvolution du cerveau d'un écrivain s'écrivant à l'écran, y projetant ses propres culpabilités surgies du passé) qui exulte, émerge d'un fonds et d'une forme. On notera d'ailleurs que le scénariste ici emprunte allègrement le postulat de départ du roman de King (l'enfant "pas normal" en raison d'un traumatisme issu du passé et dont le père se sentirait coupable. Un père qui cherche à retrouver l'inspiration comme écrivain dans un cirque enneigé, la solitude disséquée de ces 3 personnages...).      

Je regrette par ailleurs le manque de nuances sur la psychologie de certains personnages. L'avocat forcément sympathique, intelligent, séduisant. Amoureux même. L'adversaire à la cour, franchement agaçant, antipathique. Tous les experts à charge ou décharge sont aussi à l'avenant, très voire trop caricaturaux. et puis au final cette femme accusée à tort et dont tout finit par démontrer l'honnêteté, les valeurs morales le courage quand on finit par se convaincre que le problème venait plutôt du côté du mari dépressif.... Un homme défaillant parmi tant d'autres.

Enfin et c'est peut-être le plus regrettable : ce couple revient dit-on sur les terres du mari. Soit, mais de voisinage, d'amis d'enfance, rien... Pas même de "qu'en dira-t-on ?" au village tout proche où l'on fait ses courses. Pas de parents d'élèves pour témoigner, pas de copains du fils, Pas de collègues profs du père ? Non, juste un vague psy qui viendra témoigner. C'est maigre. Je veux dire que cette situation de deux "créateurs" manifestement à l'aise materiellement (il faut pouvoir nourrir un aussi gros chien) chacun avec ses petites ambitions d'écrire dans un lieu aussi lambda que ce chalet de montagne, c'est finalement pauvre, c'est faible, c'est bien trop léger. Comme les enjeux dérisoires : "Je veux du temps pour écrire... et ben vas-y qu'est-ce qui t'en empêche petit d'homme ?" Bourgeoisie quand tu nous tiens... Et les parents des deux côtés ? Et les frères, et les soeurs ? Rien non plus... C'est comme si ce monde clos se limitait au père, à la mère au fils, au chien, au chalet. Et pis voilà. Bien trop peu. Il aurait été tellement bien d'avoir droit au chapitre de l'enterrement pour scruter, comprendre les forces en présence, apréhender au plus près les deux familles, le climat, les reproches, les haines larvées, les voisins... Juste d'un mouvement de caméra ample mais au plus près. Silencieusement. 

Pour exister, un monde doit vivre, s'étendre, abattre ses propres murs, dépasser sa réalité, donner à voir par tous les moyens possibles imaginables autre chose que ce qui nous est dit ou seulement suggéré. Ces personnages même un an après de longues enquêtes n'existent au fond que par le truchement de la machine-justice, qu'en suivant scrupuleusement son fil vers un jugement qui tombera, prévisible.

Anatomie d'une chute (titre hideux en passant) n'est donc pas si mal, se révèle sérieux, sagement appliqué, plutôt bien joué (surtout l'actrice principale), mais sans grand génie, pâtissant d'une image quelconque, de personnages souvent lisses et d'une intrigue finalement binaire où il manque beaucoup de choses (d'ambiguité ?) pour être véritablement transporté... Peut-être y manque-t-il la folie et le vertige d'une chute, une vraie !

vendredi 9 février 2024

Cannes des années 40 aux années 2000... Petit florilège pour chercher la Palme des Palmes

Passons en revue les grands films en compétition officielle à Cannes, l'on peut ainsi chercher l'humeur, chasser le mouton à 5 pattes, traquer la révélation Cannoise qui ne révèle son parfum, son nectar qu'à l'épreuve du temps, qu'ave le recul des années ...

Années 40 et 50



Soit, j'aime beaucoup Le poison, Le troisièle homme, All abour Eve, Los Olvidados, El, Orfeu Negro, Hiroshima Mon Amour ou Les 400 coups.

Mais pour ces années 40 à 50, je ne vois guère que deux films, français de surcroît. La France tellement au-dessus en ce temps-là. Même si La Belle et la Bête a connu le triste sort de ne pas se voir octroyé la Palme d'or que 1000 fois le film mérita.


Années 60 


Evidemment, je pourrais choisir To kill a Mockinbird ou Accident voire La Dolce Vita ou Le procès de Jeanne d'Arc.  Mais côté années 60, il n'y a que deux films à retenir (italiens cete fois) pour moi : Le Guépard et Blow Up.


Années 70



J'adore les choses de la vie, Solaris, Raphaël ou le débauché, M Klein, Profession Reporter, Série Noire, Les moissons du ciel.

Je pourrais d'ailleurs intégrer dans la sélection  de cette décennie Conversation secrète mais pour l'impact qu'ils ont eu Taxi Driver et Apocalypse Now sont incontournables. les USA écrasent tout au cours de cette décennie.


Années 80



All that Jazz, Sous le soleil de satan, Droxning by numbers, la grande époque de Peter Greenaway... 

Mais cette décennie 80 est dominée par le phénoménal Excalibur qui pour moi dépasse tout en terme d'ambition et de résultat imprimé sur la pellicule. On ne peut pas non plus ne pas saluer Kagemusha de Kuroswasa. Le japon commence à faire sa place au sein des palmarès Cannois (La ballade de Narayama). et l'Europe revient en force (Paris Texas, Papa est en voyage d'affaires, Le temps des gitans, Les yeux noirs, Le ventre de l'architecte... toujours Greenaway).


Années 1990


J'ai aimé Tout sur ma mèreAdieu Ma Concubine, Breaking the waves, La vie est belle, Ceux qui m'aiment prendront le train, La classe de neige, Dead Man. Même Fargo.

Difficile d'en garder 2. Mais dans mon souvenir, Sailor et Lula arrive très haut. My name is Joe aussi.  En tout cas ce qui s'affirme alors c'est un certain cinéma US d'auteur qui sait se mêler à la lutte du Box office en épousant habilement le genre (Lynch, les Frères Cohen, Jarmush) et on peut aussi relever une capacité d'un certain cinéma social européen (Loach) à épouser habilement lui aussi le genre tout puissant (My name is Joe).  


Années 2000



De grands films : Le ruban blanc, Zodiac, Volver, Le pianiste, La vie est uin miracle, Bright star.  

Pas facile là non plus mais Mulholland Drive est tellement indiscutable. Si je dois relever un autre coup de foudre. C'est incontestablement Les Démons à ma porte


Les années 2010 et 2020



Puissants Holy Motors, Inside Llewynn Davis, La venus à la fourrure.

Mais ici, tout est clair pour moi. Après 2020 c'est la cata, mais entre 2010 et 2015, je retiens  aisément mes 4 préférés :  MelancholiaLeviathan. Dheepan. Ma vie avec Liberace.

Restera donc avec ces 16 films à organiser un tableau de 1/8 eme de finale (tirage à venir) pour décerner la Palme des Palmes de mes 16 films préférés de Cannes (en ayant été oblugé de dégager 2 films par décennies pour équilibrer).




mardi 30 janvier 2024

Blue Eye SamouraÏ. 7 épisodes et puis...


La dernière image ? Probablement n'importe quel affrontement de la (finalement) fragile Blue Eye Samouraï qui s'en prend plein la gueule et passe plus d'une fois près de la correctionnelle... Etranglée, embrochée, laissée pour morte... C'est d'ailleurs la force de ce film d'animation qui sait créer chez le spectateur la peur, la vraie, pour cette jeune femme comme pour la flamme d'une bougie menacée par le moindre courant d'air. Ici, chaque mise en péril de sa vie peut être fatale. Pour un film de vengeance, on prend donc le contrepied d'un Kill Bill parce que l'on recherche ici le réalisme et la vraisemblance (au moins un temps).

Parmi les points positifs, soulignons l'épaisseur de tous les personnages principaux, on sent que leurs psychés, leurs motivations ont été creusées. Ce qui les rend chacun fort intéressant. L'image est par ailleurs sublime presque durant les 7 premiers épisodes. Notamment ces longs plans cotonneux de paysages poudrés d'une armée de flocons légers, comme suspendus. On pourra regretter quelques incohérences ou manque de crédibilité (les combats et l'épilogue dans la maison close, l'assaut de la forteresse et l'improbable résistance de l'héroïne face à la gravité, accrochée à la paroi, un grand gaillard sur le dos) et le manque de nuances ou de profondeur psychologique du seul vrai méchant (Cowboy et roi de la gâchette "à l'américaine").

Mais l'ensemble est intéressant, digne d'intérêt. C'est pourquoi il est incompréhensible que ce dernier épisode (le 8ème) soit bâclé à ce point, du point de vue de l'écriture comme de l'animation (on sent qu'il n'y avait plus de sous-sous). Epilogue cataclysmique d'une série qui vaut quand même le détour pour tout le reste, tout ce qui vient avant. Mais quel dommage de finir sur une telle impression de sabotage...

dimanche 28 janvier 2024

Anime / Manga : Monster !

La dernière image ? "Astérohache" évidemment. Le Manga explose tout paraît-il. On finit par oublier que ma génération est la première à avoir été abreuvée par les divins Goldorak, Cobra, Chevaliers du Zodiaque ou Ken le Survivant.

Et je ne parle même pas des Candy ou des séries tv telles que X.OR, Sankukaï, Spectroman, tout ce qui fait le lit, l'imaginaire d'une grande partie des oeuvres nippones de l'époque.

De temps en temps je reviens au Manga papier. j'ai beaucoup aimé Récemment Undercurrent et plus loin de nous Vinland Saga.

Et voilà que je me suis mis récemment à Monster (très Seven), Berserk (médiéval sombre, inspiré d'Excalibur je trouve). ou L'attaque des titans. Autant ce dernier me semble bruyant, assez quelconque sur la galerie de personnages et les rebondissements, autant Monster vaut vraiment le détour. Puissamment inquiétant.

samedi 27 janvier 2024

Leviathan

 

Un morceau de bravoure,

de tragédie Grecque

Ou plutôt Ukrainienne

Aux accents bibliques,

où le drame inéluctable,

Fruit amer ou pourri

De la victoire infâme

Du fort sur le faible,

Se noue sournoisement

à l'abri des regards

Mais dans la lumière crue

D'une justice aveuglée,

Aux ordres comme on dit.

La justice des hommes corrompus,

Celle de Dieu n'est pas en reste

Et pour cause,

"la vertu ne se décrète pas,

N'exige aucune contrepartie,

ton chemin de croix sera

Celui de la rédemption"

susurre le croyant à l'incroyant

jusqu'à ce que ce dernier courbe l'échine

et finisse comme ce squelette de baleine

Ou cette épave de bateau...


Ironie du sort, la maison la maison de Kolia

Sera finalement remplacée par une église.

Les écrits saints ne sont-ils pas

Les premiers arguments commerciaux

Pour faire prospérer une foi dont les promoteurs

(les mêmes qui détiennent le pouvoir)

Exploitent sans vergogne la fragilité d'hommes brisés.

Notre héros va payer sans broncher

Pour un crime qu'il n'a pas commis.

L'enfer c'est parfois la religion.


Tout dépend de ce qu'on en fait,

De ce qu'on lui fait dire.

La satire, redoutable arme de Leviathan,

Opère sa critique frontale d'une religion d'Etat,

D'une croyance érigée en cadre dogmatique

Qui va donner bonne conscience au bourreau

Lorsque le moment sera venu d'écraser

Le citoyen comme un vermisseau.

Derrière son ineffable noirceur

Le film réveille les consciences,

Nous ouvre les yeux,

Nous fait réaliser combien les donneurs de leçons,

Les chantres de la morale (religieuse en l'état)

Sont souvent les mauvais payeurs,

Parce que du coté des puissants. 

Jamais des faibles... 


Du côté des influences,

La légende Arthurienne est partout.

Pas que pour ces décors grandioses

Qui finissent par nous convaincre

Que l'homme moderne est né quelque part

Sur les rives de la mer de Barents.

Mais aussi pour le héros Kolia

Cet Arthur de devoir qui ne voit pas Guenièvre

S'amouracher de Lancelot,

Pourtant son premier défenseur,

L'avocat venu de Moscou,

Bien trop occupé qu'il est à préserver

L'unité de son royaume :

La maison héritée de générations,

Les souvenirs, son sang.

Sur cette terre du bout du monde

On l'imagine bien s'écriant

Après le verre de trop

"Une terre, un roi".

Quel rôle pourrait alors jouer son fils,

Mordred alias Roma,

Dans la décomposition du foyer familial ?

Celui d'un adversaire en devenir ?

L'un des responsables indirects

De la tragédie à l'oeuvre ?

Certainement et ces grilles de lecture

Disent d'elles mêmes

Toute la grandeur du sujet,

Des "sujets" du film

Se débattant pour s'arracher au joug

D'un destin malicieux,

Au sens de messager discret,

Invisible du "mal".

Sorte de visiteur du soir indélicat

Et difficile à repousser

Comme lors de cette incursion

Nocturne et menaçante

D'un maire aviné, crapuleux

Dans les retranchements de Kolia.


Leviathan se construit avant tout sur le réel,

Sur des personnages qui existent

Dans une géographie, dans une société,

Sous l'autorité d"une administration

Centralisée, tentaculaire (l'allusion du titre)

Dont les rouages létaux apparaissent rapidement.

C'est alors le cinéma qui vient à notre rencontre,

Le vrai, à l'état brut et qui vous saisit à la gorge

Comme les goulées de Vodka

Coulant dans le gosier de personnages

En sidération devant les coups durs,

Les vents contraires, mais qui tiennent debout,

Coûte que coûte, en essayant modestement

De préserver ce qui subsiste en eux de dignité humaine.

Un peu comme des roseaux qui plieraient sans rompre

Espérant sereinement le jour où le destin aura le bon goût

De déraciner le chêne (le puissant, l'Etat, la religion)

Pour lui ôter un peu de son insolente superbe,

De cette morgue hautaine et insultante

Qu'il étale depuis trop longtemps...