Soulève une question fondamentale :
les êtres vivants pour se maintenir "en vie",
pour se survivre à lui-même ?
Autrement dit, ne sommes-nous que
des "véhicules", des transmetteurs ?
La dernière image ? Ce que je garde de précieux d'un film pas revu depuis 1 minute ou belle lurette
La dernière image ? Evidemment ces deux séquences qui se répondent parfaitement, celle d'introduction om l'on enserre la tête du cheval pour l'amener au sol. Et puis toute la séquence de mise à mort du "franchouillard". Le titre résonnant naturellement pour les deux, de façon un peu "binaire" avec le recul. Qui sont les bêtes ? Qui sont les hommes ? Deux belles séquences en tout cas ! De même que je retiens toute la seconde partie (l'enquête, l'obstination de la veuve à rester là coûte que coûte) très enlevée, intéressante. On veut savoir. Il y a de beaux moments, pesants, vrais, qui interrogent sur les petites jalousies, les familles qui se referment sur elles-même, le ressentiment, la haine de l'étranger, des donneurs de leçon venus d'horizons plus "cultivés". Programme intéressant sur le papier ! Mais est-ce vraiment le sujet et l'angle qu'il y fallait ? Est-ce que par les temps qui courent, le sujet de la spéculation immobilière qui jette de chez eux les "gens du cru" au profit des touristes, des gens venus d'ailleurs , avec beaucoup plus de moyens, n'aurait pas été plus passionnant à aborder avec toute l'ambiguité que cela aurait pu apporter ?
Car dans les faits que voit-on ici ? Un petit français et sa femme, plutôt gentils, bien intentionnés, polis, respectueux, qui font leur chemin tout seuls, avec leurs convictions tout de même (cf éoliennes), dans cette zone sinistrée, acceptant toutes les outrances, toutes les humiliations sans broncher... Etrange comportement de mon point de vue. Et surtout créneau étroit de l'intrigue qu ne joue que cette partition où l'on voit venir (de très loin) le dénouement à mi-chemin avec ce sentiment curieux que le couple français laisse beaucoup faire et s'accumuler des crasses de plus en plus grosses... Sans avoir en face la réaction qui va bien. je pense notamment au climat qui file tout de suite sur des actes inacceptables alors qu'en pareilles circonstances la force du suspense et de venir imbiber le buvard du fait divers par petites touches légères.
Par ailleurs, cet acteur déjà vu dans les revenants puis dans un film sur la violence conjugale (le nom m'échappe) me semble trop limité à quelques expressions de visage et une carrure... C'est soit le sourire bonhomme lorsqu'il échange avec sa femme ou sa fille par visio, soit le regard un peu vide, inquiétant jusqu'à la colère : il n'y a jamais d'entre deux. Je le trouve trop monolithique. Trop d'un bloc (et demi, lorqu'il sourit et se détend). On a donc du mal à comprendre ce qui lui passe par la tête. Il est trop hermétique. La dialectique "mec de la ville face aux gens du cru" passe également de ce fait assez mal. En tout cas, je n'y ai pas cru.
Dans la deuxième partie, beaucoup plus intéressante, c'est désormais un portrait de femme courage et entêtée, à une nuance près : je n'ai pas beaucoup goûté le personnage de la fille (problème du choix de l'acrtrice peut-êyte et pauvreté de ses dialogues) venue convaincre sa mère de ne pas rester par ici...
Reste que le final est aussi réussi que touchant. Dernière chose : le film dans son ensemble s'appuie je trouve exagérément et fait trop confiance à son scénario (toutes les balises "caméscopiques" allumées pour faire revivre retrospectivement le drame par les yeux de la fille lors de son passage) délaissant la force suprême de la mise en scène dont on retiendra les deux séquences citées en début de ce texte mais sur un sujet pareil et sur la tension censée monter crescendo, c'est trop peu pour moi.
Haddonfield, Extérieur nuit
Un tueur sur la route
James Ellroy avant l'heure
Being Michael Myers,
C'est l'avoir dans la peau, s'y glisser
Ici l'on voit d'abord avec ses yeux
Puis il s'évapore, se dilue,
Jusqu'à se fondre dans le décor,
Identité flottante, abstraite,
Finit par contaminer l'air
Devenir omniprésent,
Entre ici et là-bas,
Nulle part et partout.
Il était lui, devient le "nous",
L'invisible est devenu visible
Sous le masque des transgressions
Dans un rituel de tous les passages
De l'enfance vers l'âge adulte,
Du soi vers le surmoi,
De l'ordinaire vers l'extraordinaire
Au cours d'une nuit, d'un rite initiatique,
Pour devenir le super-héros ou l'idole maléfique.
La nuit des masques ?
Un acte de naissance, mieux une question :
Qu'est-ce que le mal absolu ?
Un homme sans identité ?
Déraciné ? Anesthesié ?
Un souvenir peut-être, dans toute société,
Du rôle dévolu à chaque citoyen.
Se cacher le visage alors ?
C'est aller au-delà des apparences,
Révéler sa nature profonde.
Le temps d'une cérémonie
De sa musique minimaliste,
Dont le venin s'écoule goutte à goutte,
Imprègne chaque petite parcelle
D'une ville au demeurant charmante.
Le slasher qui tenait lieu de programme
Etait donc un film fantastique,
Le plus grand des cauchemars :
Psychanalytique, psychopathologique !
Un écran parfaitement noir sur lequel
Projeter notre peur la plus enfouie.
Celle qu'on peut avoir de soi-même.
Doublement. Michael Myers.
My My. Sous le masque
Se cache un peu de
Chacune et chacun d'entre nous.
John instille, insuffle,
Enseigne la schyzo
Et sur le paradis blanc
Projette son grand silence.
Inquiétant, paranoïaque,
Survival en milieu hostile
Koh Lanta du permafrost
Voici venir l'inhumanité
Déguisée en virus à démasquer.
L'antidote, lui, demeure introuvable
C'est la Théorie du complot qui essaime,
Empoisonne avant l'heure.
Et le chien vous me direz ?
Un loup pour l'homme, il observe
Attend son heure et frappe
Au moment le plus imprévisible.
Quoi que tu fasses, la nature
C'est plus fort que toi !
Elle fracasse, elle concasse,
Teinte l'atmosphère de pessimisme
A l'image de cette séquence finale
Où l'irruption du danger
à travers le personnage oublié
Revenu de l'enfer des glaces
Se fait en catimini,
Sur la pointe des pieds...
Aveu d'impuissance,
La fatalité se noue
Autour d'un feu de la Saint-Jean.
2 rescapés au devenir incertain
Face à leur sort illustré
Par ces flammes qui s'épuisent
Gesticulent partout autour
Dans une ultime danse, lascive,
Avant de s'éteindre en beauté.
La dernière gorgée de whisky ?
Pas qu'un clin d'oeil aux grands westerns,
Elle cristallise ce reste d'humanité
Unissant les 2 personnages
Dans le couloir rougeoyant de la mort.
Chacun sporadiquement éclairé
Par le regard de l'autre :
Deux chiens féroces,
Ecumant de rage,
Toujours prêts à bondir,
Jusqu'à leur dernier souffle.
La dernière image ? Je retiens cette foule devenue "monstre" qui s'acharne à son tour sur le monstre dans Halloween Kills. Evidemment Frankenstein est convoqué.
Halloween Kills
Puissante idée également de retrouver des survivants de la première tuerie. La catharsis de cette revisitation des traumatismes originels via la scène d'un cabaret enfumé où chacun exhibe ses cicatrices, la joie contenue de ne pas avoir été une de ces victimes (expiatoires) de circonstances comme tant d'autres dans les slashers de l'époque (Vendredi 13 etc) est assez joussive. Elle remet la vie à sa place,au centre de tout. Chaque vie compte nous murmure le film. Même foulée au peid, même estropiée. C'est très fort. J'aime beaucoup aussi le couple homo qui a investi la maison d'Addonfield, pour en faire un musée Grévin du bon goût, un nid d'amour aseptisé, branchouille et bobo pour y vivre de grands moments.... de terreur. Faisant ressentir au passage les effets du temps et de mode qui glissent imperceptiblement sur les âmes de cette petite ville.
Mais il y a malheureusement aussi de nombreux défauts et écueils qui font de ce deuxième opus une tentative un peu bancale. Probablement d'ailleurs que les deux autres volets du real de Joe (ce cher David Gordon Green) n'étaient pas indispensables. Le premier contenant à peu près tout ce qu'il y avait d'essentiel à raconter sous la forme d'un hommage sincère doublé d'une réinvention bienvenue et repectueuse du mythe.
Le deuxième volet reprend en quelques sortes le concept de la suite originale : on retrouve une même unité de lieu et de temps, un passage par l'hôpital, etc. La force y est de transférer la colère vengeresse de Laurie Strode vers la ville toute entière... L'aveuglement faisant commettre le pire à un policier dans le passé, à une foule devenue incontrôlable dans le présent... Intéressante réflexion autour d'une folie collective Une forme d'endoctrinement par le slogan repris inlassablement.
Halloween Ends
Il y a quelque chose d'apaisant dans ce dernier plan, de mystérieux, comme la fin heureuse d'un roman lumineux, épique... Laurie Strode s'est d'ailleurs jetée corps et âme dans l'écriture. Certains éléments (la casse automobile, elle devant son ordi) convoquent les souvenirs de Stand by me curieusement. Déjà une histoire douloureuse qui s'écrit à l'écran pour mieux exorciser le passé. La perte d'êtres chers.
Par ailleurs, de brillantes idées sillonnent le film qu'on ne peut écarter d'un simple revers de la main. D'abord ce Corry est un personnage hautement intéressant... Quelque part entre Clark Kent et Peter Parker découvrant leur part sombre, leurs pouvoirs maléfiques. Corry trouvant son mentor (un peu comme Skywalker dans les marais de Star Wars) dans les galeries souterraines de la ville (on pense à Ca de Stephen King), et finissant par endosser le costume et le masque du Super-Héros à l'envers. Super-Villain en d'autres termes. Pour se confronter à Laurie Strode, la survivante. The one and only. Deux incassables au contact.
La séquence d'introduction est à cet effet un modèle du genre. Elle est brillante. Assez "Screamesque" dans un esprit Gore et ludique.
Et puis des souvenirs du premier sont convoqués retissant la parenté, permettant à une certaine émotion de remonter. Des séquences en reprennent l'esprit, la construction. Encore quelques clins d'oeil bienvenus à l'oeuvre de Carpenter affleurent comme avec cette station radio (Fog) ou cette ville aux rues noires d'un monde en catalepsie devant un corps inerte... Assault on Precinct 13 ou Le prince des ténèbres. La voiture dans la Casse, c'est Christine.
Il manque probablerment beaucoup pour faire oublier qu'un seul film aurait suffi. Mais ce réalisateur a toujours des choses intéressantes à dire, un vrai regard, on est très loin du Blockbuster horrifique calibré, on sent tout au long de ses trois films des intentions nobles (il respecte beaucoup plus l'univers de Carpenter que ne le fit Rob Zombie par exemple), un amour sincère pour le film original, pour ses personnages dont évidemment Laurie Strode et qui le méritent amplement.
Ensuite, malgré des qualités certaines, notamment le dernier tunnel de 45 minutes plutôt bien réalisé, je retiens trois difficultés assez insurmontables autour de ce film.
La première concerne sa durée. Comme je le dis à l'instant, il y a peut-être 1h à 1h15 de trop... La première heure 45 est objectivement interminable... Nous sommes dans la construction d'une attente mais de quoi au juste ? Ce n'est pas clair.
Ce premier écueil est renforcé par (et c'est le deuxième problème) le sentiment que les personnages, malgré la reconstitution soignée d'une époque et d'un genre, n'existent pas, qu'ils ne se résument qu'aux stéréotypes du genre (Un Great Gatsby de pacotille, la femme fatale de service, le milliardaire et ses morts sur la conscience...). Une galerie de photos fades, un long métrage sur papier glacé qui ne nous laisse pas entrer prendre place parmi ses personnages... Paradoxe ultime lorsque le film est censé raconter la façon dont un charlatan pénètre justement dans l'esprit chagrin de ses victimes...
Et cela m'amène au troisième point, le plus rédhibitoire à mes yeux : il concerne le personnage central, son âge, son mystère, les raisons qui peuvent permettre aux spectateurs de le suivre, de craindre pour lui, de le comprendre aussi. Le voilà par exemple qui démarre en étant mystérieux voire mutique... Il acquiesce et ne dit mot. Puis il devient soudain artiste, dessinateur, volubile, séducteur, metteur en scène... Cette évolution n'est plausible que si le personnage est au départ un jeunot malin et malléable qu'en apparence trouvant ainsi grâce aux yeux des vieux "singes" de la troupe foraine... Mais le fait que l'acteur ait ici la quarantaine fait qu'on n'y croit pas une seconde.... De même que ce côté Gatsby le Magnifique arpentant ses Chemins de la Haute ville, véritable personnage vénal qui aspire à fréquenter les milieux les plus en vue, ne passe pas puisque le personnage est trop "vaguement" écrit...
Restent ces dernières 45 minutes qui fonctionnent malgré tout sur le plan du rythme de la narration et de l'intensité jusqu'à un final plutôt réussi où l'on retombe sur ses pattes. Mais ça arrive bien trop tard.
La dernière image ? La séquence très réussie de la plage. Contraste puissamment mis en lumière entre le lieu idyllique et l'étrangeté d'une présence fantomatique. La peur au grand air. Au grand jour. Sous un beau soleil d'été. Mouvements de caméra ambitieux, musique dissonante. Presque de retour dans la fosse aux contrastes des Dents de la mer aux côtés de Roy Scheider. Le ver est dans le fruit.
Sinon le début est saisissant. La nuit dans cette fête foraine. Mais l'arrivée des profanateurs de sépulture se fait trop abrupte. La confrontation n'est pas terrible non plus, s'étire en longueur d'une maison à un bateau sans boussole. Le huis-clos étouffant sied mieux à ce genre de situation anxiogène (cf le Village des damnés et sa frontière invisible). Déjà, on sent le scénario trop "lâche", trop à géométrie variable... Désireux d'explorer tous les recoins de cette petite cité balnéaire... La preuve... Le mal s'empare des voisins mais eux n'y survivent pas quand la petite famille de héros elle résiste à tout et zigouille tout ce qui vient à la vas-y que je te désosse comme qui rigole. Et tout ira de mal en pis.... Et si l'on rajoute les liens passé / présent avec le remplacement de la gentille par la méchante (façon La vie est un long fleuve tranquille), on se dit que trop c'est trop... Le fil veut explorer la geographie, le temps, la contagion du mal... Jusqu'à contaminer la ville de la toute fin... Le réalisateur semble remettre une pièce dans la machine à chaque qu'on se dit dans notre fauteuil "là c'est bon, conclusion, conclusion par pitié". C'est donc pour finir un fourre-tout un tantinet prétentieux qui donne le sentiment que le réalisateur s'aime vraiment beaucoup... Se regarde par au-dessus filmer, se caresse longuement le torse avec délectation, la façon désagréable qu'a déjà Steve mc Queen de construire des films comme des "expériences artistiques" de haut vol dans une galerie de l'east side river. Mouais bof...
La dernière image ? Le début de cette mini-série, l'enfance de l'art, moment où tout se joue, l'âge des possibles dans cet orphelinat où l'échappatoire prend forme dans une cave puis au coeur d'une projection dans une salle obscure pour s'achever dna sl'arrière boutique des paradis artificiels derrière une cloison vitrée appétissante.
Sinon voilà une série bien trop sage, trop apprêtée, trop léchée, trop propre sur elle (comme l'actrice, qui minaude à chaque nouveau plan). Malgré une reconstitution soignée de l'époque, le film ne se départit jamais de la mécanique éculée d'un Rocky like, de ce combattant qui pour se frotter aux meilleurs (un impitoyable russe, tiens, tiens) va devoir vaincre ses démons et apprendre à écouter, apprendre aussi à se faire confiance.
C'est comme si pour illustrer une partie d'Echecs on ne jouait qu'avec les petits pions... De façon linéaire et verticale. Où est passée la folie ? La passion qui va avec les Echecs, le Bridge ? ces jeux qui rendent vraiment fous...
Tout ici est trop léger, frivole, tout se noue dans l'apparence d'un tenue impeccable et pas assez dans l'intériorité... La lutte intérieure, la furia d'un femme transfigurée lorsqu'elle se projette au plafond pour visualiser ses parties endiablées...
Moi j'aurais vu ce film comme La faim (Knut Hamsun brillamment adapté à l'écran par Henning Carlsen)... Filmer le génie comme une vertèbre manquante, une absence, un déséquilibre jusque dans la mise en scène, filmer l'horreur des gouffres amers de l'"addict", filmer l'impossible, filmer au coeur les effets de la drogue sur l'inspiration de la joueuse. Prouver par l'image que les échecs sont une expérience hors normes de manque, d'obsession comme peut l'être le prédateur affamé cherchant sa proie.
La dernière image ? C'est ce final sympathique et cette pyramide humaine qu'on appelle Castells en Catalogne... Cette péripétie qui rappelle l'idée collective que sert et nourrit un film. J'aime bien cette image qui m'a rappelé quelques improvisations du même acabit lorsqu'au sein d'une assoce video, il fallait trouver les idées pour réussir un travelling quand on n'avait qu'un fauteuil roulant dans les couloirs souterrains de l'école ;)
Côté construction narrative, l'idée du 2 temps est également intéressante... Réflexion sur la fiction dans la fiction, le cadre puis l'envers du décor qui vient éclairer de façon ludique l'ensemble tout en rendant hommage aux premières amours pour les mouvements de caméra à deux balles et trois idées tissées de bric et de broc. Il y a aussi un peu des vies des personnages qui viennent éclairer les choix artistiques et états du moment des uns et des autres.
Mais il manque dans l'ensemble ce qui fait le prix de Soyez sympas, rembobinez par exemple. Ou des Fabelmans sûrement (je ne l'ai pas vu encore) C'est à dire, une âme, c'est à dire de pouvoir raconter de l'intérieur le pourquoi de cette folie, de cette passion qui vous anime, les raisons profondes qui poussent à raconter des choses par le truchement d'un film. Coupez ! en reste à la bonne blague, à la pirouette (je veux ken, avez vous des z'obbies, le pastiche par l'acteur principal de la diction énervante de Cassel... La gastro du perch'man, l'alcoolisme de l'acteur secondaire en surpoids, les deux comédiens à remplacer in extremis...), Ces contraintes qu'il faut intégrer et franchir pour aller au bout du projet malgré tout... Métaphore "premier degré" et donc aisée de nos vies en construction. Et il manque surtout pour finir toutes les références (de ce genre de film) et discrets hommages qui auraient pu rattacher le film (de la première partie) à quelque chose d'essentiel... la filiation même lors d'un pastiche est vitale. C'est un coeur qui bat et vous permet de vibrer à l'unisson. Ici point de pouls hélas. Rien d'étonnant avec des zombies vous me direz...
La dernière image ? Ces deux gars paumés au portail (comme deux enfants) quand il s'agit de savoir qui va annoncer à la maman de la victime que sa fille est décédée la nuit d'avant... D'un réalisme et d'un force peu commune.
Sinon voilà un film intéressant qui lorgne intelligemment du côté de Zodiac et de ses déductions géniales vite réduites à néant par les circonvolutions d'une enquête qui ne cesse (comme les personnages) de faire sa mue, de changer de paradygme, d'effacer une vérité incontestable par une autre tout aussi séduisante...
La force réside dans une volonté d'être anti-spectaculaire louable, une application tranquille, rassurante pour désosser les mécanismes d'une enquête, de sa résolution, en lui gardant les tics bienvenus je trouve du fim d'auteur à la française. De la réflexion, de l élégance, un goût pour les silences, pour laisser le temps au personnage et au spectateur de faire connaissance. Tout ce dispositif tout en humilité, simplicité, patiemment déployé est vraiment appréciable.
Ce que je reproche davantage au film, c'est cette petite musique d'une époque probablement qui veut (comme le répète un des personnages) qu'un genre soit en cause, que l'"Homme" quel que soit son visage (celui du meurtrier est d'ailleurs mangé par l'obscurité) soit un prédateur en puissance, que le problème de nos sociétés serait incontestablement le "masculin", qu'il prenne les traits du petit copain ou de l'aventure de passage... Ce message subliminal relègue soudain la magie, le mystère du film au rang de "film à message" un peu lourdingue je trouve. Ca en limite sacrément la portée. Après tout, ce qui retient l'attention quand les lumières se sont éteintes c'est justement comme pour Zodiac qu'on peut finir par se perdre dans les méandres de ses interprétations, qu'on peut même y laisser la raison... C'est l'effet qu'ont ces enquêtes insolubles sur le héros qui fascine je trouve, pas la nature des interrogations, et conclusions qu'on pourra en tirer sur les (vains) maux de l'époque ou sur le "Masculin" qui poserait question... Dans Gone Girl, David Fincher par exemple toujours à contre-courant pose un regard passionnant sur le mariage via le prisme d'un personnage féminin déviant et a la manœuvre pour en tordre le mythe et les principes fondateurs... Génie et ambiguité quand vous nous tenez !
La dernière image ? La scène emblématique de la douche qui désamorce les rouages du genre, ou celle de la petite qui essaye d'échapper en vain aux griffes de l'"ogre" reprenant les codes familiers du conte...
Les grands films de huis-clos qui m'ont marqué reviennent facilement. La Corde et son couple homosexuel à l'honneur déjà, Evil Dead et sa cabane dans les bois, Les Oiseaux et sa maison calfeutrée, La nuit des morts vivants et sa cave irrespirable.
S'agissant de M Night Shymalan, je me rappelle évidemment de Signs. Mais je retiens surtout Le Sixième sens, j'y reviendrai.
Dans l'ensemble et pour commencer, je trouve difficile de critiquer un film qui contient plus de cinéma que tout se qui sort sur les écrans depuis belle lurette...
Côté mise en scène d'abord : science du hors champ, travail sur l'image, maîtrise formelle, inventivité visuelle, sens du rythme, infernal, nerveux, étouffant, alors que le réalisateur s'entête à contourner tous les "attendus" de ce genre de film, le revisitant de fond en comble, le révolutionnant pour ainsi dire. Des personnages menaçants forcent l'entrée d'une maison, c'est pour mieux entourer les 3 héros de toute leur prévenance (pansement, conseil, pédagogie). Un sacrifice doit advenir c'est l'un des 4 qui trinque... Les codes semblent inversés et l'égoïsme supposé de la petite famille prend une dimension de plus en plus criante à mesure que le monde autour part en fumée. En cela, le film a déjà quelque chose de singulier à nous donner. Et tout don est par définition précieux. A chérir.
Côté acteurs, brochette franchement fantastique avec une mention spéciale pour Jonathan Groff cet acteur (déjà vu dans Mindhunter) qui va finir par y laisser sa vie en sacrifice :"Donne-moi la mort et je vous laisse la vie !" Ainsi que Dave Bautista tout en nuances, en vulnérabilité qui tranchent puissamment avec son imposant physique.
Mais je veux en venir au plus important. La thèse du film qui ferait la part belle aux illuminés de tout poil, nous expliquant que la fin du monde qui est là donnerait raison à ces "fous de Dieu" auxquels il manquerait une case ou deux... Je n'ai pas compris le film comme cela.
Reprenons les choses depuis leur commencement... La scène d'introduction. On est comme dans un rêve, au ralenti, dans les hautes herbes... Des gros plans, une lumière verticale mais diffuse. Quelque chose déjà nous dit que la réalité n'est pas forcément de ce monde.
Avez-vous par ailleurs entendu parler de cette cabane vers laquelle on retourne en fermant les yeux lorsqu'il faut se retrouver ? S'échapper du réel ? Nous y voilà... La maison dans la forêt c’est le lieu où l’on se retrouve en pensée… Fermez les yeux et retournez dans cet endroit où vous vous sentez bien… La maison, le lac, les champs de fleurs, les sous-bois odorants, la route qui y mène est réchauffée par les rayons du soleil, on y chante à tue-tête. Mais les sauterelles du printemps ? Prisonnières d’une paroi de verre… En apparence elles sont en prise avec l’extérieur… Pourtant… Elles sont bien prisonnières du verre de ces bouteilles… Comme le spectateur que je suis.
Je parlais en préambule du Sixième sens (alors qu'on évoque souvent Signs comme référence principale, ce qui se justifie aussi) parce que le point de départ c'est évidemment l'agression (fatale) du psychologue divinement incarné par Bruce Willis. Ici il est également question d'une agression extrême dans le passé des deux personnages principaux ? Lequel d'ailleurs ? Eric ? Andrew ? Sont-ils interchangeables ? Le personnage victime des coups dans le passé survit-il ? En a-t-on la preuve ? La certitude ? Rien n'est moins sûr... Si l'on repense au Sixième sens, le parallèle est éloquent, amène à s'interroger sur ce qui nous est donné à voir de ce monde étriqué, de ces personnages sortis de nulle part.
Alors quoi ? Une agression qui passe par des coups répétés sur le haut du crâne ? Comme dans le "présent", le personnage incarné par Eric lorsqu'il a ses difficultés à affronter la lumière vive ? Des séquelles déjà de coups violents reçus sur la tête... L'histoire se répèterait-elle ? Et pourquoi donc ces 4 cavaliers de l'apocalypse bienveillants se sacrifieraient-ils via des coups de boutoir assénés au même endroit, sur la tête, tout en haut ? Et quel heureux hasard ferait que l'un des illuminés soit justement l'agresseur surgi d'un passé traumatisant ? Une coïncidence ?
Quant à ces instruments de torture ne sont-ils dès lors pas une vision déformée de l'attirail du dentiste ou du chirurgien qui trifouille la matière grise de l'homme plongé dans un coma ? Tout ce qui permet d'opérer et d'ouvrir la boîte crânienne…
Les métiers des cavaliers (évoqués par chacun avec empathie) peuvent aussi évoquer le personnel intervenant autour d'un malade cloué sur un lit dans un coma profond depuis 13 longues années... Une femme qui nourrit (aide qui apporte les repas), une autre qui soigne (infirmière qui prodigue les soins), le troisième, Leonard, d'après les informations qu'il nous donne a été barman (façon de justifier sa rencontre avec Redmond ? Façon de justifier sa présence dans le bar le soir de l'agression sur Andrew ?) mais il peut aussi bien incarner le docteur référent, le professeur… Celui qui peut décider de débrancher le patient avec l'accord du conjoint… MAIS IL N'Y A QUE LA FAMILLE ET ELLE SEULE QUI PEUT DECIDER. Il est aussi celui qui annonce à l'enfant qu'il "n'aime pas avoir à annoncer ce qui va arriver"... Discours typique du docteur annonçant à la famille une décision importante du corps médical. Un cas désespéré ? Je pourrais pousser le bouchon un peu plus loin en soulignant que l'inconscient s'exprime souvent jusque dans le choix des prénoms, des personnages... Or Léonard à l'envers donne "Dr Anoel". Docteur en abréviation. On extrait aussi aisément de son patronyme les lettres formant "Noa/Noé" le guide d'avant l'apocalypse celui qui sélectionne et sauve des espèces, des vies,... La métaphore filée du médecin ? Mais oui ! En filigrane ce dernier peut comparer ses patients à des élèves dont il aurait la responsabilité... "Certains ont réussi nous dit-il , d'autres on échoué"... Entre les lignes certains sont en rémission d'autres n'ont pas survécu...
Andrew rappelle à Éric qu'il n'a plus les idées claires. Qu'il est fragilisé, qu'il mélange des choses. Qu'il est manipulé. Au point qu'Eric puisse imaginer par exemple Andrew victime d'O'Bannon dans le passé à sa place ? Possible. Il se projette ainsi en lui pour mieux revivre la scène comme spectateur. Faisant face à Andrew. Au restaurant. Comme lorsque Leonard les installe ainsi dans la cabane. Face à face... Eric est naturellement ce patient possiblement cloué sur un lit comme on l'est sur une chaise et ligoté... Immobilisé ? L'engourdissement des jambes d'Andrew plus tard lorsqu'il se libère de ses liens fait écho à ce souvenir diffus d'un homme paralysé qui retrouverait brièvement les sensations vives de l'usage de ses jambes. Les distances sont d'ailleurs toutes courtes ici, l'univers clos. On ne voit jamais l'intérieur des chambres. On ne peut que deviner des choses, comme depuis un lit d'hôpital où le seul univers est sa petite chambre aux draps blancs immaculés. Ceux qu'on glisse sur sa tête avant de tirer sa révérence par un coup sur le haut du crâne. Logique... Un malade ne connait vraiment de sa chambre que le lit, la porte (derrière laquelle on peut entendre des voix, deviner des silhouettes), la fenêtre et éventuellement la salle de bains où sont prodigués les soins (on la découvre bien ici dans une scène emblématique).
Evidemment dès lors ce qui revient en flashes back ce sont uniquement les moments les plus marquants de sa vie dans le positif (rencontre entre eux, avec leur fille adoptive) comme dans le négatif (Agression dans le café, premier repas avec les parents de l’un d’eux et la cruelle désillusion qui en découle).
Il faudrait nous dit-on sacrifier quelqu'un dans le "réel" du film... Or il est rapidement clair que le seul personnage autour duquel le destin du film se joue, celui dont il faudra faire le deuil pour les deux survivants (Wen et Andrew) c'est Éric et personne d'autre... C'est lui qui est assommé au début, qui a des migraines, qui souffre dans la lumière pénétrant de l'extérieur, qui comprend progressivement quelque chose d'essentiel... Que c'est en partant qu'il permettra à ceux qui lui survivent de reprendre le cours d'une vie plus normale. Une vie nouvelle. A New (Wen à l envers, trois lettres bien présentes aussi dans le prénom Andrew) life !
On pourrait même penser que le revolver aurait vraiment été acheté dans le passé par Andrew suite à l'agression d'Eric (toujours dans le coma) pour assouvir une vengeance contre l'auteur du crime (O'Bannon) retrouver sa trace... Sa voiture... mais que symboliquement en ne l'utilisant finalement pas contre autrui, en ne la retournant que "symboliquement" contre Eric (on ne voit jamais le moment du coup de feu), Andrew s'est libéré métaphoriquement de sa rage, de sa haine, de sa soif de vengeance, pour mieux pouvoir tourner la page.
Le film n'est qu'un long apprentissage du deuil.
Treize ans de coma peut-être et la décision prise ce fameux jour de débrancher Eric ? Peu importe, ce qui marque c'est l'intuition qu'Eric le comprend subtilement par étapes malgré la résistance d'Andrew qui lui répète "tu n'as pas les idées claires, tu as reçu un choc, ne les écoute pas, reste avec nous". C'est Eric qui prenant conscience d'être le frein à la marche de "leur monde" pousse finalement Andrew à le "tuer", le débrancher, Andrew qui symboliquement accepte de lui dire au revoir, Eric acceptant finalement son sort. Partir, se faire oublier, pour les laisser (re)vivre.
La dernière scène est bien celle d'une famille recomposée : Andrew et Wen au volant d'une voiture, recréant la scène de la chanson à trois, du bonheur arraché qu'on est prêt à revivre à deux (tentative répétée de refaire partir la musique du poste comme à la grande époque), qui plus est dans la voiture du responsable de leur malheur (O'Bannon), façon de laisser comprendre que le pardon est accordé, que le deuil est assumé, que la vie va pouvoir reprendre, que le monde en somme est sauvé.
Un bien beau film.