mardi 24 août 2021

Beckett

Curieux ce petit film. Comme j'ai trouvé curieux l'accueil parfois tiédasse, souvent glacial des spectateurs à son arrivée sur Netflix.

Voici pourtant venir un thriller sans prétention. C'est d'ailleurs ce qui m'a plu. Son humilité. Il vient comme il est. Longue mise en route il est vrai, je pense à toutes les scènes d'expositions précédant l'accident. Mais une partie du plaisir à regarder le film est précisément là. Dans le temps qu'il prend à installer son dispositif, son étrange histoire, ses bizarreries, sa touche "européenne". Qui donne le sentiment d'être quelque part entre  Le Fugitif et Frantic. Ici on se dépayse à la Grecque.

Prenez une thématique chère aux blockbusters américains, il est question d'injustice, de chasse à l'homme, de climat paranoïaque. Mettez-y du familier, du quotidien, un héros boudiné, gauche, plus vrai que nature, pris dans l'engrenage d'un deuil impossible, enchaînant des chutes qui ne mettent en rien fin à son insondable culpabilité. Et l'identification devient forte. Enfin pour moi.     

Une fausse lenteur s'empare du film. Ca n'a l'air de rien mais tout s'enchaîne vivement et pourtant chaque scène prend le temps d'installer quelque chose (chaque rencontre, chaque lieu). Il y a la vitesse de ce qui se succède avec force et en même temps de la pesanteur, une forme de gravité bienvenue.

Alors oui, des longueurs il y a (toute l'introduction au couple), des invraisemblances, des lourdeurs (le saut final depuis les hauteurs d'un parking de plein air), des "sorties de route" mais tout ceci est contrebalancé par un goût immodéré pour des scènes de baston anti-spectaculaires ou des séquences qui font surgir la déflagration, le danger de façon simple, sans maniérisme outrancier. 

Dans ce réalisme recherché, dans ce cadre d'abord intime (le couple amoureux en vacances) puis vaste  (la mondialisation à l'oeuvre, les basses manoeuvres politiques, la raison d'Etat qui peut justifier l'assassinat d'un citoyen américain au mauvais endroit au mauvais moment) l'identification devient possible puis les questionnements  : qu'est-ce qu'un passeport américain de nos jours quand ce qui se joue vous dépasse et fait de vous dans le meilleur des cas une monnaie d'échange ?     

Reste cette accumulation de blessures par balles, par chute, pas coups de canif, auxquelles le héros survit miraculeusement et qui interroge sur le caractère sacrificiel, christique (blessures aux pieds, aux mains) de son chemin de croix ?   

Toute cette fuite en avant qui devient quête pour sauver l'enfant kidnappé n'est-elle pas le reflet d'une volonté farouche de racheter ses fautes, sa faute initiale ? De réparer ce qui peut l'être ? Ce qui justifierait l'acharnement à vouloir survivre coûte que coûte... Sorte de mort-vivant jusqu'au-boutiste.

Ou alors, interprétation qui vaut le détour de ma pré ado. : tout ceci n'est qu'un mauvais rêve, qu'une lente agonie entre vie et mort  au moment où il perd connaissance dans la maison éventrée (Les choses de la vie en version thriller). Ce qui expliquerait la longueur de l'introduction dès lors en capacité de nous livrer des clés pour comprendre la suite du film : des personnes déjà entraperçues (l'enfant et la femme), des lieux déjà vus, la place de leur hôtel, le lieu des manifs etc.   

En d'autres termes... Expier sa faute... Pour rouvrir les yeux.

Bref au final,  rien, d'exceptionnel mais une singularité, un je ne sais quoi de différent qui en font le sel et le charme. C'est déjà ça !





 

Mank . Fincher (David et Jack)


Décidément, j'adore Fincher. A quelques déceptions près (Fight Club, The Game) mais qui commencent à dater. J'ai notamment une adoration pour Gone Girl son dernier opus. Et bien voilà qu'il nous revient avec un film qu'on aurait pu imaginer dégoulinant de nostalgie béate, de mélancolie factice pour une époque révolue, idéalisée comme souvent, et bien non ! C'est tout le contraire qui s'opère à l'écran, qui nous saute au visage. Parce que le regard sans concessions de Mank, sorte de paradoxe vivant cette époque, un pied dans le système un pied dehors, irrigue magistralement le film de son esprit caustique, rebelle et désabusé.

Mank est au départ une invitation courtoise, appétissante, à revisiter une époque (l'âge d'or d'Hollywood, du règne sans partage de la MGM jusqu'à l'émergence de la RKO Pictures), à replonger dans un film (et quel film, Citizen Kane), C'est aussi, on le devine dès le générique, un hommage au père disparu (Jack Fincher) et à ce qu'il n'a probablement pas réussi de son vivant (projets de cinéma restés dans ses valises, ou développés par d'autres que lui cf Aviator et la bio de Howard Hugues). Mais Mank est d'après moi surtout l'hommage à toutes celles et tous ceux qui dans l'ombre oeuvrent avec esprit, avec liberté (quelles qu'en soient les conséquences pour leurs parcours de vie, leurs "carrières") avec ce qu'ils sont viscéralement, à faire vivre leur époque, à la raconter, à dépeindre ces milieux aseptisés où l'égo démesuré de certains conduisait à écarter sans le moindre scrupule, piétiner, jusqu'à gommer du générique les fameux "oubliés" dont parle Mank... Car Fincher vient témoigner, nous conter l'envers du décor en rappelant le singulier rôle de l'art (témoigner, raconter avec honnêteté intellectuelle, faire rêver, dénoncer, réhabiliter aussi) et l'exigence de l'artiste qui va avec : rester fidèle à ses convictions, ne pas se compromettre. Sous aucun prétexte.

"Parfois effacés, jamais oubliés" nous murmure-t-il.

Commençons par louer les qualités du film sur un plan purement visuel et technique. Noir et blanc satiné, avec de la matière, du relief. Mise en scène inspirée, aérienne mais puissante. On oublie la complexité de certains mouvements de caméra. Servi par des acteurs formidables (premiers comme seconds rôles), et des dialogues finement ciselés à coup de double sens, à l'image de la personnalité singulière de Mank. 

Quant à la narration, elle épouse naturellement celle de Citizen Kane (puisque c'est sa genèse à l'oeuvre que nous scrutons) mais culmine selon moi dans une scène d'une ambiguïté, d'une profondeur, d'une richesse abyssales. Hearst y livre sans s'en rendre compte toutes les clés, tous les ressorts psychologiques du futur chef-d'oeuvre d'Orson Welles. Raccompagnant Mank jusqu'à la porte de sa forteresse, il lui assène ce cruel monologue en guise d'adieu, qui est la graine, la semence du futur Citizen Kane :

"Est-ce que vous connaissez la parabole du singe du joueur d'orgue de Barbarie ? C'est l'histoire d'un joueur d'orgue mécanique et de son singe savant. Un singe minuscule, arraché à sa jungle natale et qui naturellement est impressionné par les proportions du monde qui l'entoure. Seulement, tous les matins, une dame aimable vient habiller notre ouistiti avec de magnifiques vêtements. Elle lui passe une veste de velours rouge orné de boutons de perle. Elle le couvre d'un élégant Fez carmin à gland de soie. Elle lui enfile des souliers de brocard joliment recourbés à la pointe. Et pour couronner le tout, elle lui attache une boîte à musique étincelante en reliant à son cou une merveilleuse chaîne en or, privilège dont il est le seul à jouir. Ainsi, de ville en ville et à mesure que les numéros se suivent, il finit par se dire "je suis vraiment quelqu'un d'important. Il n'y a qu'à voir cette foule qui patiente sagement pour me voir danser. Et où que j'aille, pense-t-il cette boîte à musique me suit traînant encore ce pauvre homme que tout le monde méprise. Le malheureux mendiant. Il suffit que j'arrête de danser pour qu'il meure de faim. Et si je me mets à danser le voilà condamner à tourner sa manivelle que ça lui plaise ou non "

Naturellement, Hearst vise au coeur. Il entend faire mal. Mank doit comprendre entre les lignes qu'il pense être important mais qu'il n'est au fond qu'un clown, un pitre, un vulgaire amuseur de bas étage qui n'est là que pour divertir les grands de ce monde. Hearst lui susurre que s'il interrompt la musique, Mank ne sera plus rien. Il l'interrompt d'une certaine manière en lui refermant les portes de son monde étouffant et clos mais celui qui autorise alors tous les rêves d'argent, de célébrité, de pouvoir. Une cour, ses rois d'un temps, ses courtisans de passage, où la voix dissonante, le mot sincère sont rabroués, où l'homme franc et lucide se voit pestiféré manu militari. Mais tout ceci n'a qu'en temps et s'envole comme ce bout de papier juste avant l'accident de voiture de Mank. Ce qui reste est autrement plus pérenne, profond, emprunt d'humanisme... L'oeuvre à venir. Mieux, celle qu'on a sous les yeux.

Car Hearst n'a sans le savoir jamais autant livré de lui-même à cet instant-clé. La figure est renversée. Ce petit ouistiti, c'est évidemment lui, le mendiant n'est autre que Mank le mettant quelques temps plus tard divinement en musique. Vertigineux pied de nez. Hearst a tout livré de sa profonde solitude en une confidence maquillée, en une marche funèbre jusqu'à la porte immense de sa "boîte à musique" grandeur nature. La vieille dame de la parabole l'ayant habillé pour ses succès futurs, et bien c'est sa maman choisissant pour lui son avenir doré, remplaçant l'amour maternel par les apparats de l'amour, le bien matériel, misant l'enfant comme un objet, un trophée, une marionnette. Ce faisant, elle choisit à sa place tous les avenirs qui ne s'offriront pas à lui.

Mank se nourrit de ce monologue et démontre plus tard sous sa plume inspirée que la puissance de l'esprit est irréductible lorsqu'il sait rester libre, indompté. Ne se dit-il pas franc-tireur, qualité et défaut que sa femme qui l'aime de toutes ses forces n'a de cesse de lui rappeler la nécessité de faire des compromissions, d'altérer ce trait de caractère, de réfréner ses élans de franchise parfois blessants ? Avec le recul et malgré ce qu'il aura payé de sa santé, de tant de projets avortés, pour sa carrière amputée, Mank démontre que, même désabusé, il aura percé à jour, compris, aimé Hearst d'une amitié vraie, parce qu'ils ont en commun de 2 façons différentes le sens profond de ce qu'est la perte des illusions, de ce que font les rêves, les idéaux lorsqu'ils percutent de plein fouet la réalité. D'où ce récit éclaté, labyrinthique qui fait rejaillir en dernier lieu l'innocence, la candeur perdues de Kane alias Hearst (mais de Mank naturellement au contact de ce monde cruel qu'est le cinéma, incarné dans le présent par le tout-puissant Welles) dans ce qui restera comme l'une des plus fantastiques révélations de l'histoire du 7ème Art.

Si l'on cherche dans la structure même du film des éléments pour se convaincre de ce qu'il y est avant tout question d'exhorter chacune et chacun à rester soi-même quoi qu'il en coûte sur le chemin d'un prétendu succès parsemé d'étoiles comme sur Hollywood Boulevard, il suffit de revenir sur la relation Orson / Mank qui fait revivre à l'écran le duo passé de ce dernier avec Hearst. Même inextricable binôme, l'un ne pouvant exister sans l'autre (l'un est à la scène, à la lumière ce que l'autre est aux coulisses, aux ténèbres de la création la plus pure). Raison pour laquelle il est utile et passionnant de revoir Citizen Kane après avec dévoré Mank. On retrouvera notamment Mank transfiguré sous les traits de l'ami de toujours : Leland. Mais aussi à certains égards dans le personnage de la jeune cantatrice, lorsqu'elle prise au piège de ce château (et lui entre ces 4 murs où il doit produire en un temps record) et qu'elle essaye d'achever son puzzle (le scénario du film ?).   

Evidemment, le talent de Mank est connu à l'époque. Orson Welles est ici dépeint comme un prédateur cherchant à profiter de la position de faiblesse de Mank, alors sur la touche. Il est l'anti-Mank, l'incarnation d'un "monstre" à l'égo surdimensionné qui veut à tout prix attirer la lumière à lui. Par tous les moyens. Sorte de "Louis Cypher" (son arrivée au chevet de Mank à l'hôpital) venant convaincre Faust de lui céder son âme contre un peu de plaisir (purgatoire incarné par cette ferme où cloué au lit Mank est entouré de personnes aux petits soins). Un lieu d'abord dépeint comme une cellule de prison, une geôle (on pense au personnage de James Caan dans Misery et la contrainte qu'il subit pour écrire... produire... répondre au bon vouloir d'un tyran) avec 2 gardiennes de prison et le bras droit du directeur... Houseman qui vient régulièrement procéder à l'inspection de sa cellule (grise). Empêcher toute tentative d'évasion dans tous les sens du terme. Alors l'évasion se fera par la pensée, par la boisson, par la confidence... On est d'abord dans le carcéral, quasiment la prise d'otages puis lentement, par flashbacks successifs, le lieu s'oxygène à nouveau et devient celui de la mémoire, de la création. Plus Mank redevient lui-même, avec ses excès (emportements, alcool), plus son regard redevient acéré, plus son écriture redevient puissante. Sans contraintes. Il est pour finir libéré du fameux fil d'or à la patte de la parabole. De tous les fils d'or. Il exulte.

Dans le même temps, on comprend que la confiance que lui témoignent son petit frère, les femmes autour de lui dans cette chambre forte (et Orson Welles dans une certaine mesure, malgré lui, malgré eux), l'amènent à retrouver foi dans ses capacités. Ce qui lui permettra d'assumer que ce qu'il a écrit est bien de lui et de personne d'autre. Il se sent alors autorisé à demander à Welles de laisser son nom au générique (Quel affront monumental !!!!). "C'est ce que j'ai écrit de meilleur" assène-t-il enfin, fier et prêt s'il le fallait à en découdre. C'est aussi son testament (comme c'est celui de Jack Fincher). Il vient de retrouver sa voie (sa voix dirait la jeune cantatrice dans Citizen Kane).

Tout le film contribue à décortiquer ce mode d'emploi pour renaître de ses cendres, pour réveiller la petite musique de la confiance en soi... Et le plaisir, son corollaire. "All work and no play makes Mank a dull man." Revenir à l'histoire, rien que l'histoire. Respecter son travail. Lui témoigner l'importance qu'il mérite. Mais rester soi-même. Fidèle à ses convictions les plus profondes.  C'est de cela que dépendra la force d'une vision. De ce qu'elle proposera, de ce qu'elle apportera au monde. Dont acte.

Merci Mank. Merci Jack. Et merci David :) 

      

                

jeudi 5 août 2021

Titane (Julia Ducournau). Sa chair est faible !


Dire que tout aurait pu commencer par un accident de toboggan, de pédalo, de saut à la perche  ? Imaginant le film à suivre, j'avais vu venir le navet XXL... Et bien non. C'est pas terrible, c'est même assez raté mais c'est pas la bouse annoncée partout. Un peu de nuance que diable. Ma séance a été plutôt attentive (je n'ai regardé ma montre qu'à 2 reprises). C'est vrai que le film n'est pas aimable, pas plus qu'il n'est fin (il a la grâce épaisse de Lindon à l'écran pour reprendre le bon mot de mon copain Sly). On s'ennuie souvent, on ressent bien trop peu de choses pour les personnages principaux mais tout n'est pas à jeter. Loin de là. Trop de musiques par exemple mais une ambition et un travail sur l'image qui vont avec qu'on peut légitimement saluer. Je pense aussi à quelques séquences réussies (la note d'humour pendant le massacre pour désamorcer, la naissance d'une tendresse entre les 2 personnages principaux, entre leurs 2 solitudes d'abord figées). Et puis les thématiques même confuses qui suscitent l'intérêt (le genre ondoyant, ondulant, l'identité flottante, l'inné ou l'acquis, l'homme et la machine, les effets du temps sur le corps, le baiser pour aimer ou réanimer. L'amour filial, l'amour tout court) avec des saillies visuelles bienvenues, des moments  comme hors du temps, suspendus (la danse de l ex tueuse en série et néo fiston enrubanné sur le camion de pompier). Par ailleurs je trouve que Julia Ducournau a quand même sa propre signature, son univers à elle contrairement à ce que j'ai pu lire (elle ferait du sous-Cronenberg ou du simili-Tsukamoto). Bon mais ça ne fait pas non plus un film abouti et j'en viens à ce qui ne fonctionne pas selon moi. Dans Truismes (Darrieussecq) ou La Mouche (Cronenberg), la puissance du processus de transformation vient de ce qu'elle est organique, presque documentée et qu'elle s'inscrit dans un souci de réalisme et dans un monde qui nous est familier. C'est ce qui fait qu'on peut s'identifier, avoir peur, parce qu'on connaît ce monde qui se reflète à l'écran ou sur la page. C'est le nôtre. Or l'erreur ici je crois est que le monde est volontairement théorisé, abstraitisé (ce lieu interlope de gogo dance sur des voitures à pistons, cette co-location dans un improbable palace rococo, cette caserne de pompiers tout droit sortie du cerveau d'un enfant de 5 ans avec ses Big Jims et ses camions Playmobil grandeur nature...). La rencontre d'un corps en mutation avec des idées et des lieux vidés de leurs substances, sans ancrage ni cohérence fait qu'on finit par ne plus croire à grand chose surtout lorsque le film essaye de remettre des mots et du réalisme dans la bouche (le discours de la mère incrédule à Adrien, Le "Je t'aime" d'Adrien à son père d'adoption, les vains mots du commandant à son équipe) et dans les intentions (le jeune pompier qui s'herculopoirise juste le temps de finir zigouillé ni vu ni connu) de personnages plus efficaces dans pareil contexte quand ils ne disent rien. Tout tombe à plat et c'est bien normal. Puisque rien n'existe. Il aurait fallu que tout l'univers autour soit familier, que même les incroyables invraisemblances (elle passe entre les mailles de tous les filets de la raison et devient le fils du pompier de service par quelques ellipses et tours de passe-passe pour le moins faiblards) soient triturées, confrontées (hallucination collective ?) pour que le spectateur puisse enfin rentrer dans le film. Si 2 monstruosités  sont mises en valeur sur un fonds déjà difforme, rien ne peut ressortir hélas : On est ton sur ton. Le spectateur se coupe du film, l'absence d'un cordon ombilical en cause entre les personnages et le monde qui les a enfantés. En l'état malgré des idées intéressantes, il manque donc à Titane l'essentiel : de la chair. Et en matière d'interrogation sur le vivant, sur la transformation du vivant, c'est quand même le comble !

lundi 12 juillet 2021

Blade Runner. Cantique de la mauvaise herbe


L'univers de Phlip K Dick
Est reconnaissable entre mille.
Y paissent moutons électriques,
Quelques réplicants indociles
Dont l’humanité vous désarme,
Mais saluons le traitement :
Né d'un impact, de son vacarme,
Blade Runner est l'hybride enfant
De la SF et du film noir,
Un retro-futurisme qui
Sécrète son divin nectar !
Dans la mégapole avilie
Un détective privé traîne
Son spleen, sa mauvaise conscience,
Sa parano, autant de chaînes
Nouées de troubles apparences,
Où femmes fatales et brunes,
Parfois blondes mènent la danse 
Jusqu’au climax, quand la rancune
Se fait pardon ou pénitence !
Et voilà le plus vivifiant
On y trouve du Jim Thompson
Du Raymond Chandler, cependant
Le film surprend quand l'heure sonne
De l'épilogue tout en haut
D’une tour chatouillant les cieux
Avec l’extinction d’un robot
Habité, ému, amoureux
De la beauté du monde et qui
Dans un dernier geste fragile
De compassion, d'empathie,
Fait le deuil de son bref exil

Parmi les hommes et devient 

Cet être à l'aura de lumière.

Rick Deckard, lui, demeure éteint,

Agi, étranger aux mystères

De l'âme, corrompu, décadent,     

Oublieux du métal précieux

Dont il est fait mais qui pourtant

Survivra, boudé par les Dieux !

Mauvaise herbe l'humanité

qui résiste à tout, avec morgue

Quand l'être pur est condamné,

périssable. Fabuleux point d'orgue.


 

mardi 8 juin 2021

Le Bon, la Brute et le Truand. Sergio Leone. "Le fils préféré"


Pour honorer le père
Sortir d'un même ventre
Aller au cimetière
S'avancer jusqu'au centre
D'une homérique arène
Faire un voyage au bout
Des lunes Leoniènes
Et saisir tout à coup
Qu'au-delà du western
Tout ici est choral
Eclairant nos lanternes
Sur le lien familial :
Trois frères ennemis
Sont contraints et forcés
A l'ultime défi
Lors d'une âpre veillée
Pour capter l'héritage.
Que faut-il en déduire ? 
Tout revient au plus sage,
Au préféré qui tire
Son épingle du jeu !
Limpide métaphore :
Abel et les envieux,
leurs fâcheries à mort.





 

 

samedi 22 mai 2021

Les plus belles fins de l'Histoire du Cinéma... Life is what happens in between rounds !

La dernière image que je garde d'un film ? C'est parfois le final, ses dernières images, sa conclusion, lorsqu'elle est fantastique.

Fat City de John Huston.

Hommage aux Boxeurs, hommage aux cabossés, hommage aux vivants.

Dans un autre registre, j'aime toujours autant la fin de Breakfast at Tiffany's (Blake Edwards). Sublime !

Sans oublier The Thing.


Voire Sailor & Lula


Pas facile à départager ! Il y faudra un grand chelem à disputer un de ces 4 matins.


Les plus belles entrées en matière... Melancholia se pose là !

 

Il faudra un jour ou l'autre élire les plus belles intros au cinéma. Lars Von Trier se situe très très haut avec Melancholia qui dit beaucoup de ce que la dépression profonde crée chez l'être humain, même le jour le plus heureux qui soit pour lui, mariage, naissance, célébration, reconnaissance, consécration... Si dans votre esprit, la fin du monde est proche, alors rien ne peut de près ou de loin venir réconforter, soulager  votre âme blessée...

Et puis cette musique, Wagner, Tristan et Isolde, c'est évidemment une filiation directe avec John Boorman, avec Excalibur... Alors moi ça me parle direct.

    

mercredi 5 mai 2021

"Beat" Takeshi

A l'époque, je me souviens parfaitement de la tentative réussie de Gérard Depardieu de nous faire (re)découvrir les immenses films de John Cassavetes. L'impression de plonger pour explorer une passe inconnue jusqu'à lors. et de film en film on recolle les pièces du puzzle et l'on s'extasie. Je suis nostalgique de ces virées parfois solitaires dans des salles obscures de la capitale. 

A l'époque, il y a avait eu auparavant la découverte de l'intégralité des Almodovar à l'Entrepôt. Ou l'exploration jouissive des Takeshi Kitano

Ah celui-là... Tout a commencé avec Sonatine, sur les champs. Puis il y eut des moments de grâce infinie vécus devant Hana Bi ou plus tard Zatoïchi.

Takeshi a toujours su marier des genres balisés avec ce qu'il a de plus personnel, intime à donner. En émane une poésie qui n'appartient qu'à lui. Entre candeur enfantine et impardonnable cruauté. Sonatine le raconte mieux que personne.

L'oiseau au plumage de cristal



A l’heure sinistre et creuse, entre chien et loup,
L’asphalte ruisselant un peu après la pluie
D’un soir de canicule, de ceux qui rendent fous
Est le lieu rêvé pour le Giallo des Gialli.

Deux esprits divaguent dans l’impasse aux mirages
Sous la faible lumière d’un vieux réverbère
Qui projette, désunie, les ombres du feuillage :
De vils mots à couvert s’y déclarent la guerre

Sous leurs crânes en feu, agricole est le rhum
Pendant qu’au coin des lèvres, l‘amorphe cigarette
Pour chavirer les sens, pour ensauvager l’homme
Songe à s’embraser contre la flamme violette

Le déclic du briquet lâche son cri trompeur 
Distraie l'attention, une lame alors surgit
De mille obscurités, provoquant la stupeur,
Tandis que l'acier pénètre un coeur assombri

L’être échoue, râle et sang mêlés, sur le bitume
L’éclat vif se survit dans son œil déjà mort
Tandis qu'il s'est ouvert comme un livre posthume
Près du mégot fumant. Toute la ville dort.



mercredi 28 avril 2021

Misery


Alfred Hitchcock aurait chéri

Ce huis-clos, duel infernal

Confrontant idole et groupie :

Ca finit mal en général...

 

Misery c'est un peu Shining

Un écrivain, ce lieu perdu,

Le froid et l'horreur. Stephen King

convoque son propre vécu.


Annie incarne l'addiction

De Paul Sheldon ou Jack Torrance   

Replongeant, cédant au poison

De leurs coupables dépendances.


Il a le teint cireux James Caan.

Son regard vide, ses lèvres molles

Sont le propre du dipsomane

A son plus haut degré d'alcool

 

Dans l'intimité du foyer, 

L'injonction de la muse est sans

Équivoque : l'auteur est sommé

De n'y pas gâcher son talent.


Bien plus qu'un thriller abouti

L'oeuvre se fait donc testament

d'un alcoolique repenti.

On sait le Phénix résilient.

jeudi 22 avril 2021

Seven

 


(S)heaven et son soleil trompeur
Quel épilogue ! Si j’avais su…   
Jamais très loin de Blade Runner,
Sa chute et ses lumières crues


Mais il n'y a pas de hasard 

Tout était là, livré d'emblée :

La ville un pluvieux purgatoire

Et l’enfer déjà familier.

 

John Doe est tueur à ses heures 

Mourir lui importe si peu

Mais qu’est-ce qui lui tient à coeur ?

Corrompre l’âme du vertueux !

  

Hydre noire achevant sa mue,

Il veut honorer son serment

Et tend LE piège, du jamais vu :    

Un colis de chair et de sang

 

Distinguons toujours les effets

De la cause. Dans Seven, la thèse

S'attache bien moins au péché

Qu'à sa lecture, son exégèse !

 

Doutons des écrits : l'ennemi

N'est pas le fautif, l'égaré 

Mais l'interprète qui punit :

Satanés apprentis sorciers !


lundi 12 avril 2021

La Guerre des Mondes. Steven Spielberg. Redevenir Papa

 


Décidément, personne n'est aussi fort que Spielberg pour offrir un aussi grand et beau spectacle (des idées de mise en scène miraculeuses) sans jamais se départir de ses obsessions pour le thème de la famille déchirée.

Ici, le fait que le héros soit un homme divorcé se considérant comme un mauvais père est tout sauf un hasard. Puisque ce qui va lui tomber sur la tête, ou plutôt surgir sous ses pieds, va le mettre devant ses responsabilités de chef de famille pendant le laps de temps que durera la garde de ses enfants, engagé qu'il sera à les ramener en un morceau chez leur mère.

Voilà pourquoi le dernier plan tant conspué pour son côté dégoulinant de bons sentiment, vu sous cet angle, n'est plus aussi mièvre. Il devient l'aboutissement d'une thématique chère à Spielberg, qui se cristallise sous la forme de cette réunion familiale (rêvée par les enfants de divorcés du monde entier). Pas anecdotique non plus si cela arrive au terme d'une mission accomplie par un père un peu paumé, démissionnaire et qui à la faveur de cette guerre des mondes est redevenu le papa protecteur, le "père, ce héros" dans le regard de ses 2 enfants.