La dernière image ? Ce que je garde de précieux d'un film pas revu depuis 1 minute ou belle lurette
La dernière image que je garde d'un film ? C'est parfois le final, ses dernières images, sa conclusion, lorsqu'elle est fantastique.
Fat City de John Huston.
Hommage aux Boxeurs, hommage aux cabossés, hommage aux vivants.
Dans un autre registre, j'aime toujours autant la fin de Breakfast at Tiffany's (Blake Edwards). Sublime !
Sans oublier The Thing.
Il faudra un jour ou l'autre élire les plus belles intros au cinéma. Lars Von Trier se situe très très haut avec Melancholia qui dit beaucoup de ce que la dépression profonde crée chez l'être humain, même le jour le plus heureux qui soit pour lui, mariage, naissance, célébration, reconnaissance, consécration... Si dans votre esprit, la fin du monde est proche, alors rien ne peut de près ou de loin venir réconforter, soulager votre âme blessée...
Et puis cette musique, Wagner, Tristan et Isolde, c'est évidemment une filiation directe avec John Boorman, avec Excalibur... Alors moi ça me parle direct.
A l'époque, je me souviens parfaitement de la tentative réussie de Gérard Depardieu de nous faire (re)découvrir les immenses films de John Cassavetes. L'impression de plonger pour explorer une passe inconnue jusqu'à lors. et de film en film on recolle les pièces du puzzle et l'on s'extasie. Je suis nostalgique de ces virées parfois solitaires dans des salles obscures de la capitale.
A l'époque, il y a avait eu auparavant la découverte de l'intégralité des Almodovar à l'Entrepôt. Ou l'exploration jouissive des Takeshi Kitano.
Ah celui-là... Tout a commencé avec Sonatine, sur les champs. Puis il y eut des moments de grâce infinie vécus devant Hana Bi ou plus tard Zatoïchi.
Takeshi a toujours su marier des genres balisés avec ce qu'il a de plus personnel, intime à donner. En émane une poésie qui n'appartient qu'à lui. Entre candeur enfantine et impardonnable cruauté. Sonatine le raconte mieux que personne.
Alfred Hitchcock aurait chéri
Ce huis-clos, duel infernal
Confrontant idole et groupie :
Ca finit mal en général...
Misery c'est un peu
Un écrivain, ce lieu perdu,
Le froid et l'horreur. Stephen King
convoque son propre vécu.
Annie incarne l'addiction
De Paul Sheldon ou Jack Torrance
De leurs coupables dépendances.
Il a le teint cireux James Caan.
Son regard vide, ses lèvres molles
Sont le propre du dipsomane
A son plus haut degré d'alcool
Dans l'intimité du foyer,
L'injonction de la muse est sans
Équivoque : l'auteur est sommé
De n'y pas gâcher son talent.
Bien plus qu'un thriller abouti
L'oeuvre se fait donc testament
d'un alcoolique repenti.
On sait le Phénix résilient.
Mais il n'y a pas de hasard
Tout était là, livré d'emblée :
La ville un pluvieux purgatoire
Et l’enfer déjà familier.
John Doe est tueur à ses heures
Mourir lui importe si peu
Mais qu’est-ce qui lui tient à coeur ?
Corrompre l’âme du vertueux !
Hydre noire achevant sa mue,
Il veut honorer son serment
Et tend LE piège, du jamais vu :
Un colis de chair et de sang
Distinguons toujours les effets
De la cause. Dans Seven, la thèse
S'attache bien moins au péché
Qu'à sa lecture, son exégèse !
Doutons des écrits : l'ennemi
N'est pas le fautif, l'égaré
Mais l'interprète qui punit :
Satanés apprentis sorciers !
Un jour que je bossais sur les sorties DVD de StudioCanal et que j'étais allé rencontrer Jean-Pierre Dionnet dans son antre (époque du fantastique La Mélodie du Malheur de Takashi Miike) , j'avais adoré la façon dont il classait ses films sur une haute étagère calée sur tout un pan de son mur... A chaque nouveau visionnage il glissait le DVD à l'endroit qui lui semblait correspondre à la place qu'occupait le film dans son coeur. Ainsi, contrairement au classement des rayons de la FNAC où tu cherches par genre puis par ordre alphabétique, chez Jean-Pierre, il fallait lui emprunter les films que tu n'avais pas encore vus et qui se trouvait tout en haut à gauche, et ne reluquer ceux qui se trouvaient tout en bas à droite que pour comparer vos détestations et connexions possibles (qui se font évidemment sur les accords et les désaccords). Au milieu de l'étagère dormait le ventre mou, souvent de l'académique, du réchauffé, du formaté.
J'y repense souvent. J'ai aussi depuis l'époque mon petit panthéon personnel de livres notamment (comme de musiques ou de films naturellement) que je rêverais de voir un jour adaptés au cinéma...
Aujourd'hui, en voici deux qui trônent en haut à gauche de mon étagère rêvée et qui méritent d'être racontés, lus, et j'espère un jour adaptés ! Par Nicolas Winding Refn, ça aurait de la gueule....
GOING NATIVE (ETATS SAUVAGES) Stephen Wright
"Un livre fantastique sur une vie qui a commencé dans les ténèbres et n'a cessé de s'y enfoncer jusqu'à ce que la mort devienne la seule lumière possible. Nick Tosches est un écrivain extraordinaire."Hubert Selby Jr.
Je suis né avec le festival d'Avoriaz (1973), j'ai grandi avec, je lisais Mad Movies, je voyais tous les films quand ils sortaient. J'ai suivi l'aventure jusqu'au bout (1993, dernière édition) et suis toujours resté fasciné par ce festival que Gerardmer n'a jamais su remplacer dans mon coeur.
Le moment est venu. J'ai le recul nécessaire pour dire ce que furent les bons palmarès et les gros ratés ! Je vais tâcher de retenir mes 16 films préférés sur l'ensemble des festivals de 1973 à 1993 en vous disant mes déceptions, mes joies aussi, 20 ans de bonheur, et de lancer mes 8e de finale d'un tournoi qui aura pour lourde responsabilité de d'élire le GRAND PRIX DES GRAND PRIX d'AVORIAZ !
Je vais tâcher de vous remettre les Bandes Annonces des 16 films (en jaune ma sélection finale) plus bas histoire de bien se rafraîchir la mémoire.
Vous êtes prêts ? Allons-y :
1973 Duel. La baie sanglante. L'abominable Dr Phibes.
Le Grand Prix accordé à Duel est mérité. Légitime. Même si j'ai une tendresse pour le Mario Bava qui m'a durablement impressionné. Le film de Steven Spielberg est une référence horrifique en soi. presqu'une parabole philosophique sur les "ambitions" surhumaines de l'homme, Une version motorisée d'Icare, le rappel à l'humilité face à ce qui nous dépasse. Ce camion sans visage, c'est l'image projetée de la mort, de la fatalité, du temps qui passe et que la vitesse d'un bolide ne rattrape jamais. C'est aussi un défi technique, il met en lumière la force d'un décor (ici de western mais de film post apocalyptique... Mad Max avant l'heure). Un scénario évidemment intemporel et génial. Il n'y a guère que Richard Matheson qui puisse à l'époque accoucher d'un telle merveille, brute, épurée, comme le squelette intact d'un véhicule, d'une idée de scénario... Et puis, le temps viendra se faire juge pour témoigner du génie de cet attelage divin Spielberg / Matheson.
1974 Soleil vert. El Topo. Mondwest.
J'aime bien Mondwest come j'apprécie Crichton mais le film est bancal. El Topo est culte mais il lui manque quelque chose pour toucher le plus grand nombre. Soleil Vert est une excellent film d'anticipation qui préfigure le monde d'aujourd'hui. Il était visionnaire et légitime à recevoir le grand prix même si son discours politique, sa réflexion écologique l'éloigne des domaines de la peur et de l'épouvante qui restent l'ADN profond, indélébile de ce festival...
1975 Phantom of the paradise. Phase 4. It's alive !
1976 Massacre à la tronçonneuse. Frissons.
Voilà selon moi un premier raté. Tobe Hooper méritait amplement le Grand Prix qui n'a d'ailleurs pas été décerné. Un simple prix de la critique reçu... C'est trop peu. Que Paso? Quelle raison improbable a fait que son chef d'oeuvre n'ait pas tout emporté sur son passage ? Il est en tout cas dans mes 8èmes de finale. Y a pas moyen autrement. Je rappelle que cette année-là était projeté hors compétition un autre film hors normes et cultissime, The Rocky Horror Picture Show. Frissons de Cronenberg aurait aussi sûrement mérité quelque chose... Mais on ne refait pas l'histoire.
1977 Carrie. Les révoltés de l'an 2000.
1978 Eraserhead. Cercle infernal. La dernière vague. Crocodile de la mort.
1978 est une année où David Lynch aurait probablement mérité de se démarquer déjà avec son Eraserhead certes étrange et obscur mais emblématique de tout ce qui suivra... Je dois découvrir Le cercle infernal qui curieusement est un film un peu oublié... En tout cas, président William Friedkin cette année-là et donc je me dis que ce film doit valoir le détour.
1979 Halloween. Une année folle, exceptionnelle avec des perles à mes yeux que sont Phantasm (Don Coscarelli). L'invasion des profanateurs (remake brillant de Philip Kaufman). Tourist Trap (David Schmoeller). Je dois voir Long Weekend et Patrick (Richard Franklin) que je ne connais pas.
Mais tout de même, comment Halloween n'a-t-il pas reçu le grand prix cette année-là ???? Incompréhensible à mes yeux.
1980 Mad Max. Terreur sur la ligne. Fog. Là encore, Mad Max aurait mérité l'écrin Avoriaz pour être découvert... Le film de Georges Miller a tellement essaimé par la suite qu'il se devait de mieux figurer au palmarès par ailleurs assez quelconque. A noter la projection Hors Compétition du Seigneur des Anneaux de Ralph Bakshi.
1983 Dark Crystal. Le dernier combat
1984 Le Quatrième homme Dead Zone. L'ascenseur. Brainstorm. Christine.
Une super année. Mais Paul Verhoeven mec Paul Verhoeven ! C'était l'occase de célébrer son immense talent ! Film énorme qui plus est ! Que n'a-t-on pas célébré le démentiel Quatrième Homme ?
1985 Terminator. Les griffes de la nuit. La compagnie des loups. les démons du Maïs. Razorback
Là encore, super année et logiquement James Cameron et Wes Craven arrivent en tête. 2 grands films, 2 franchises à naître.
1986 Link. Re-Animator. Vampire vous avez dit vampire ? Contact mortel. Dream Lover.
100 fois Link plutôt que Dream Lover. Qui se souvient de Dream Lover ? Un film très quelconque de Pakula. J'avais adoré aussi Fright Night, fabuleuse série B horrifique truffée d'humour et de références. Mais pas assez puissant pour être dans les 16.
1987 Blue Velvet. La Mouche. Bloody Bird. L'amie mortelle.
Lynch encore et Cronenberg au top avec ces deux très grands films. Même si Blue Velvet s'inscrit davantage dans le registre du film noir.
1988 Robocop Au frontières de l'aube. Histoire de fantôme chinois. Hidden. Prince des ténèbres.
Paul Verhoven bis repetita. Cet homme aurait dû être célébré pour la 2ème fois... Robocop c'est quand même un sommet.
Après 1989 ça faiblit côté sélections, quelques curiosités comme le Society de Yuzna ou Le sous-sol de la peur de Craven... Mais pas de quoi fouetter un chat.
1990 Society Lectures diaboliques
1991 L'échelle de Jacob.
1992 Le sous-sol de la peur.
1993 Braindead
Voilà. prochaine étape, je sélectionne mes 16 films préférés à Avoriaz. Je vais maintenant tirer au sort mes 8ème de finale et on ira par votes successifs jusqu'à élire le GRAND PRIX DES GRANDS PRIX. Chiche ?
Les voici :
Phantom of the Paradise Vs Elephant Man
Terminatior Vs Duel
Robocop Vs Nightmare on Elm Street
Halloween Vs Hurlements
Link Vs Le 4ème Homme
Blue velvet Vs Carrie
Massacre à la tronçonneuse Vs Faux Semblants
Mad Max Vs La Mouche
Ce qui donne pour mois les 1/4 de finale suivants :
Phantom of the Paradise Vs Duel
Nightmare on Elm Street Vs Halloween
Le 4ème Homme Vs Carrie
Massacre à la trançonneuse Vs La Mouche
Puis arrivent les 1/2 finales forcément serrées...
Duel Vs Halloween
Carrie Vs Massacre à la tronçonneuse
Je ne vois dès lors qu'une finale des finales
Halloween Vs Massacre à la tronçonneuse
Et là franchement... comment trancher ?
Mais je crois que mon coeur basculera in extremis vers Halloween.
J' y reviendrai !