dimanche 16 juin 2019

Le 15h17 pour Paris


Voilà un film qui serait de droite, une oeuvre de propagande réactionnaire pro-américaine, dans ses tréfonds patriotiques... Le film n'est as exempt de vilains défauts certes, mais de là à lui faire ce genre de reproches... Je ne comprends pas et m'en explique.

Je reviens d''abord sur les faiblesses. Venise, Munich, Amsterdam... C'est platitude et compagnie, on est  d'accord. En même temps, si je me mets deux secondes à la place du réalisateur, l'idée c'est bien de nous faire sentir très à l'aise et en empathie avec les personnages, facile de s'identifier complètement à leurs trajectoires ultra balisées : "Hier c'était notre meilleure soirée, c'était chaaaaud... Waow qu'elles sont jolies ces italiennes ! Est-ce qu'on va à Paris ? Paraît que les parisiens sont pas sympas... J'ai mal à la tête ce matin, on ne prendra pas de bière, merci... On va faire des photos devant la Tour Eiffel". Bref le tout venant pour des millions de touristes chaque année. Vu comme cela, la naissance d'une situation complètement exceptionnelle, hors normes, est d'autant mieux amenée que ce qui la précède est d'une banalité confondante. Plus le terrain est connu juste avant, plus on prend dans la gueule la dimension un peu hystérique de la situation. L'adaptation et la décision qu'on y offre en retour devient dès lors une question de réflexe, d'intuition, de réaction animale où la réflexion n'a pas voix au chapitre. C'est le but du film me semble-t-il. Que fait-on dans une situation d'urgence émotionnelle où il en va de votre vie et celles de ceux qui vous entourent ? Parfois on n'y peut rien, l'avion va s'écraser et je n'ai plus qu'à fermer les yeux et attendre... Mais là c'est diffèrent.  Le destin a mis un certain Spencer dans ce train pour Paris. Et le film pour moi ne parle ni de l'attentat ni des trois héros (décorés in fine etc.) mais de Spencer et ce qui dans son parcours, sa jeunesse, son éducation, ses handicaps, ses échecs l'auront rendus invulnérable pendant ces quelques minutes. D'ailleurs, son camarade qui lui est vraiment allé sur le terrain et fait "la guerre" n'a pas du tout les bons réflexes et reste planqué pendant l'affrontement... C'est pourquoi le film raconte d'abord les mécanismes secrets qui mènent un homme habité à prendre une folle décision dans l'urgence avec des conséquences heureuses.

Je crois que là où le film est bel et bien un film d'Eastwood c'est dans cette volonté de mettre en valeur des petits évènements en apparence négatifs qui s'entremêlent silencieusement pour faire ensemble pleinement sens le jour J dans nos vies. Je veux dire que c'est d'abord un acte de désobéissance qui sauve Spencer et tous les gens présents dans ce train. Désobéissance à un ordre et une foi qu'on a voulu lui imposer dans cette école à caractère religieux durant sa jeunesse. Ce refus de rentrer dans le rang qui se révèle être une chance dans ce train de 15h17 quand sa prof à l'école  le vivait comme un tare (évocation de traitements médicamenteux à lui administrer pour le ramener à un comportement plus acceptable, un juste milieu, une forme de reniement de ce qu'on est fondamentalement), désobéissance à l'inéluctable qui veut qu'on se planque derrière un fauteuil en attendant qu'on nous tire comme des lapins effrayés. Sortir du cadre c'est qui le sauve après l'avoir handicapé durant des années (ses retards pendant ses classes militaires et les pompes en punition façon Full Metal Jacket ou son côté tête de mule pendant une alerte, lorsque n'écoutant que son intuition, stylo bille à la main, il se prépare à une hypothétique attaque). Pendant le climax, je repense évidemment à sa vocation contrariée pour un déficit d'évaluation de la profondeur de champ.  Comme celle qui le sépare du fusil d'assaut lorsqu'il se lance à corps perdu sur l'assaillant ? Sûrement, bien sûr que ce qui fut rédhibitoire à l'examen lui est salvateur au moment d'apprécier le temps qui le sépare de l'impact avec le tueur lors de son rush désespéré. Tout comme nous revient en mémoire une jeunesse passée à manipuler et jouer avec des armes factice. Est-ce que cela joue sur l'absence de peur ressentie ou l'adrénaline des jeux d'antan (avec ces mêmes amis dans ce train !!!) ? Bien sûr. L'arme s'enraye d'ailleurs en produisant le bruit creux d'un jouet de cette époque, comme un clin d'oeil à leur histoire commune. Il aura par ailleurs appris au fil de son parcours les rudiments de l'étranglement arrière, comme d'autre le Flamenco. Tous ces petits éléments s'ajoutant à son rêve de toujours de "sauver des vies", d'être un héros, d'être dans l'action, de refuser la fatalité ou l'ordre établi trouvent un sens aigu dans son comportement presque sacrificiel. Même blessé, il va courir au secours d'un homme touché à la carotide et le sauver.

En filigrane, c'est nous tous qui sommes ramenés à nos échecs, nos handicaps, qui dans le langage cinématographie de Clint Eastwood sont autant de miracles et de chances dont les effets se feront tôt ou tard sentir. Par nos actes, à travers notre descendance, subrepticement un jour sans crier gare, tout ce qui nous semble aujourd'hui nous enfoncer fera de nous une personne providentielle pour notre entourage. Pour les autres. Dans cet abord, dans ce moment de bascule où Spencer "se lance" vers son destin héroïque, n'y a-il pas un peu de ces peurs qui nous paralysent, nous ralentissent, et qu'un jour on laisse de côté pour entrer dans la lumière et se réaliser ? En cela Le 15h17 pour Paris a beaucoup à voir avec le très sous-estimé Hereafter (Au-delà) dans son approche et son message. Tout cela pour dire que l'un comme l'autre certes ne sont pas des chefs d'oeuvre et souffrent de défauts certains, mais ils sont certainement moins dénués d'intérêt pour le spectateur et dans la filmographie de Clint Eastwood qu'on a pu le dire ou l'écrire.

Je finis avec l'absence de père ou de figure paternelle chez Spencer qui semble être un moteur supplémentaire (on repense au jeune homme et sa fantastique mère célibataire de The Changeling) dans tout ce qui le fait avancer. Encore un manque ou une absence qui devient une force chez lui. Lorsque les 3 copains de Mystic River avaient échoué à se protéger les uns les autres, n'ayant pas eu les armes lorsqu'on était venu marquer leur jeunesse et leur innocence au fer rouge, la catharsis est venue grâce au 17h15 pour Paris . On a toujours une deuxième chance.
                     

vendredi 14 juin 2019

Paranoïa. Soderbergh


Soderbergh nous a bien eu. Il avait promis qu'on ne l'y reprendrait plus et le revoilà avec un petit thriller bien troussé, tourné à peu de frais (un i Phone, imaginez !) et dont l'inventivité joyeuse et permanente vient avantageusement pimenter une narration déjà fort audacieuse. Le résultat est tout sauf mineur.

Le cadre posé d'entrée puis en guise d'épilogue dit déjà beaucoup de la thèse défendue. Soderbergh y dépeint à dessein l'impitoyable monde du travail de notre époque récente (post 30 glorieuses) où pour réussir, pour tenir, il faut accepter de s'entasser dans des open spaces comme sur des plages trop petites en été et souvent, vive la promiscuité, de se corrompre. Voire d'y laisser son âme.  L'excellente série jamais achevée Profit ne disait pas autre chose : pour faire son trou dans une entreprise, faut avoir une case en moins ou être un authentique psychopathe... En tout cas pas un doux rêveur. Témoin cette séquence introductive aux discours ambigus : l'héroïne et son patron, le tout-puissant, lui proposant une première mission à ses côtés dans un bel hôtel... On y convoque intelligemment les figures récentes de "MeToo",  des femmes sans défense trouvent le soutien de l'opinion face à un genre masculin archi dominant dans une société supposément patriarcale. Cela crée le climat propice à baigner le film dans une paranoïa trouble, sorte de poison lent qui agit dès les premiers instants. Et pourtant, l'on s'aperçoit rapidement qu'elle a des ressources l'héroïne, elle sait dire non, elle sait décider ce qui est bon pour elle-même le soir venu au comptoir d'un café où le désir s'exprime par des regards puis des impératifs sans équivoque.

Passée l'exposition d'un personnage déjà complexe, le film élude les raisons exactes pour lesquelles cette jeune héroïne parfois imprévisible, voire carrément violente, va se retrouver internée en moins de deux contre sa volonté... On la croit un temps folle, puis rapidement, l'explication est là. Non non elle est tout ce qu'il y a de plus normal, sauf que pour s'en sortir elle va devoir s'adapter à son persécuteur, le contre-manipuler, faire assassiner une autre patiente et le zigouiller tranquillou (il semble qu'elle ait fait ça toute da vie) .. Pour nous faire retomber sur nos pattes. En fait elle était vraiment aussi dingue que lui dès le départ ;)

Puis c'est la fin, brillante, c'est bien senti sur l'époque d'aujourd'hui, sur le capitalisme et ses effets secondaires sur les patients que nous sommes tous. D'où cet épilogue qui repart d'où l'on est entré dans le film. Elle est devenue grande patronne d'une de ces sociétés du CAC 40 et on sait bien ce qui l'a amené jusque là... Cette folie si bien contenue en société.

jeudi 30 mai 2019

Halloween. David Gordon Green


Tu sais quoi Ô mon unique lecteur si toutefois tu existes ? Je suis en cette fin de mois de mai 2019 tout à ma joie de reprendre la plume. Je le suis d'autant plus que le déclic s'est produit après avoir visionné le Halloween de David Gordon Green pour une suite 40 ans après d'un film emblématique de mon amour pour le cinéma de genre et pour le cinéma tout court. Alors voilà, pour John Carpenter, pour Halloween, mais aussi mystérieusement pour le réalisateur du fameux Joe que j'ai tellement aimé, je me suis dit qu'il était temps.

Juste après le générique de fin, mon impression est d'abord mitigée, avec une forme d'agacement, le sentiment d'un gâchis. A de nombreuses reprises, je me répète "non, il va pas faire ça, il a pas le droit, il peut pas salir ainsi son glorieux aîné"... Eh Bé c'est que Michael arrive pile poil sans boussole chez la copine de la petite fille de Laurie Strode sans que jamais le réalisateur ne devine la réaction outrée du spectateur en quête d'un peu de cohérence ou de sérieux... Puis c'est au tour de l'héritier de Loomis d'exécuter un gentil policier pour mieux brouiller les pistes et surtout faire surgir une part consistante de ridicule dans le film. Et je ne m'étendrai pas sur la facilité avec laquelle Michael Myers pénètre dans le bunker surprotégé de Laurie Strode par la faute et l'attitude plus que légère d'un homme (son beau-fils en l'ocurrence)... Je me suis même demandé si toutes ces invraisemblances n'étaient pas des hommages déguisés aux suites décadentes de l'Halloween canal historique. Autant de suites qui ne ménageaient pas leurs efforts pour réclamer à cor et à cri une appartenance au genre aujourd'hui si prisé de la série Z

Oui mais voilà. David Gordon Green m'a tellement épaté avec Joe que j'ai cherché plutôt du côté de tout ce qui m'avait ravi. Et c'est sur ce chemin que ce sont venues les déductions les plus limpides sur ce que valait vraiment ce Halloween et je le dis tout net. A mes yeux, il vaut le détour.

Je repense d'abord à ce qui faisait le sel de l'original reprenant ici à dessein ce que j'en rapportai tantôt  : "La modernité vient de la dématérialisation progressive d'un meurtrier qui finit par s'évaporer, contaminer l'air, devenir omniprésent, disparaître ici pour mieux réapparaître là, un peu comme les cauchemars qui ne vous quittent jamais. Le tout sur le rythme lancinant d'une musique minimaliste, venin qui s'écoule goutte à goutte imprégnant chaque petite parcelle d'une ville au demeurant charmante lors des premiers plans du film. C'est ainsi que Michael Myers passe imperceptiblement de la charmante tête blonde du premier plan à une identité flottante, abstraite derrière un masque effrayant. Une gageure de se voir révéler que le slasher qui tenait lieu de programme était avant tout le plus grand des cauchemars psychanalytiques. L'efficacité s'éprouve en le revoyant parce que 33 ans plus tard, j'ai sursauté comme au premier jour, puis, dans la soirée qui a suivi, regardé sous mon lit et par la fenêtre craignant de voir la silhouette effrayante de Michael Myers se dessiner à l'orée du petit bois derrière la maison."

A vrai dire, j'ai retrouvé les deux. Et la modernité et l'efficacité. Les invraisemblances supposées n'étaient avec le recul à mon humble avis qu'un hommage conscient à l'abstraction vers laquelle doit tendre Michael Myers une fois ses cheveux grisonnants et son enveloppe charnelle évanouis derrière le masque et le personnage. C'est ainsi qu'il redevient ce cauchemar universel, insaisissable, interchangeable, frappé même a certains moments du don d'ubiquité, tout en restant le traumatisme personnifié qui hante à nouveau toute une famille. Pas un hasard dès lors si Laurie Strode nous apparaît traumatisée comme au premier jour et de façon plus discrète toute sa descendance avec... Chacun héritant des maux de ses devanciers.

Et ce n'est pas tout. Halloween est aussi la plus belle déclaration qui soit à l'oeuvre de John Carpenter. Cette ouverture dans l'asile m'a évidemment fait penser à l'Antre de la folie. Le chien aboyant, le médecin disciple de Loomis et son humanité vacillante ou le bûcher final convoquent des figures marquantes de The Thing. La scène du garage ou celle de la fille de Laurie coincée dans une voiture rappellent immanquablement Christine. Les coupures de courant affectant la vision d'un jeune homme dont Michael Myers se rapproche par petites touches à la façon d'une partie de 1 2 3 soleil évoquent les ébouriffants effets brouillés a l'horizon de The Fog. Toute la séquence de l'accident de bus déversant dans la lumière des phares ses petits fantômes, c'est un peu Le Prince des ténèbres, et un peu Assault on Precinct 13 tout comme ce dernier est évidemment convoqué dans la découverte de cette demeure surprotégée de Laurie (on pense au commissariat et à l'église du Prince des ténèbres) où se barricadent nos héros d'un soir.

En cela, le Halloween de David Gordon Green devient rapidement un territoire mental jouissif pour les amoureux de l'oeuvre protéïforme de John Carpenter. D'ailleurs Laurie Strode n'est-elle pas cette anti grand-mère, rock and roll, fumant son clope et jurant dans les beaux restaurants qui me rappelle l'inénarrable Snake Plissken (Escape from New-York) ?

Chacun pourra d'ailleurs trouver dans ce film une réflexion assez fine sur ces profonds traumatismes dont les conséquences invisibles restent bien palpables pour les générations qui suivent (deux ici en l'occurrence)... Finalement le film ausculte "une chance" que n'auront JAMAIS eues les innombrables jeunes baby-sitters de film d'horreur qui font si souvent les frais de la folie meurtrière d'un tueur en série... Laurie Strode est une survivante doublée d'une écorchée vive. Le film et sa descendance sont naturellement là pour le rappeler.

Je retiendrai pour finir cette dernière image d'un Michael Myers prisonnier de la cave de Laurie Strode qui est entretemps devenue une prédatrice incontrôlable, plus dangereuse même que le tueur soudain lent, prévisible, provoquant chez moi une sensation inconfortable qui se mue rapidement en réflexion salutaire sur la mélancolie... d'un film, d'une époque ! La cave devenant ce piège maternel, comme un ventre dans lequel les femmes toutes puissantes décident ensemble et quand elles le veulent de renvoyer un cauchemar de jeunesse (le mirage d'un patriarcat dévastateur ?) à ses chères études... Les hommes trop orgueilleux, trop naifs, trop impulsifs, périssent immanquablement comme ce gendre transparent de Laurie, ce policier de devoir, ce jeune homme et son fusil trop lourd, ou ce vieux fou aux tempes grisonnantes sous son masque... Tous en paieront le prix. Serait-ce l'époque (la mode "Me too" ?) qui voudrait ça ?

Halloween version David Gordon Green est donc beaucoup plus passionnant, d'actualité et touchant qu'il n'y paraît... C'est pourquoi je le conseille. Arrivederci.


lundi 30 mai 2016

The Revenant


J'aimerais que l'on se replonge illico dans le fabuleux et méconnu Seraphim Falls qui met en scène une course poursuite à mort entre deux hommes, un western remarquable culminant dans une scène "chevaleresque" que The Revenant repompe allègrement...

C'est que tout ici est pillage : d'idées centrales dans le Convoi sauvage (l'homme laissé pour mort qui va dès lors chercher à se venger de ceux qui l'ont abandonné derrière lui), de projets de grandes envolées visuelles et lyriques chez Malick ou Tarkovsky, enfin de ce terrible et sublime Seraphim Falls. Alors il ne reste dès lors plus grand chose sinon d'interminables filets de salive, de longues focales de regards vides, et combien de râles à la mort d'un homme qui gratte la terre à coups d'ongles cassés, sur le ventre et semblant nous implorer à chaque nouveau plan de lui remettre l'Oscar... Voilà qui pour finir est too much. Trop d'intentions exacerbées sur une durée bien trop longue.. Et pour tout dire c'est sur le fonds aussi niais que ce combat final à coups de "plante-moi ton couteau dans la cuisse et je te couperai l'auriculaire à la machette"...

dimanche 29 mai 2016

Les huit Salopards


Je ne m'étais pas trompé... La chute libre continue avec un film invertébré, sorte d'improbable vaudeville des neiges (quelque part entre la Soupe aux choux et la Cage aux folles), où l'on semble entré dans l'autoparodie verbeuse d'un réalisateur qui ne sait plus où il habite et pire qui ne sait absolument plus quoi raconter... Alors il convoque les vieux fantômes et se cite lui-même comme on parle de soi à la troisième personne. C'est rarement bon signe.

Seul sur Mars. Ridley Scott

C'est vrai que pour commencer un film sur l'isolement d'un homme face à la mort devrait donner lieu à de grands moments de silence, de recueillement, de contemplation béate ou d'instants de détresse absolue... Je repense forcément au très réussi Seul au Monde de Robert Zemeckis. Or voilà que notre personnage organisé et pointilleux comme c'est pas permis nous débite un verbiage qui n'en finit pas face caméra... Je comprends bien par ailleurs l'ode en creux à l'inventivité à une époque où plus aucune place ne semble faite à l'improvisation, mais comme l'on ne s'inquiète pas le moins du monde ni la moindre seconde pour le héros, bah forcément on finit rapidement par se tourner les pouces... Et puis ajoutons que c'est d'une durée monstrueuse par rapport à une idée qui aurait pu faire l'objet d'une petite série B astucieuse d'une heure vingt tournée dans le désert australien... Bref à regarder seulement si on se retrouve seul sur Mars avec ce seul film à voir... Et encore..

lundi 14 mars 2016

The Frankenstein Chronicles Saison 1


Certes Sean Bean est un excellent acteur qui vieillit bien et à qui sied idéalement ce rôle d'anti-héros pas très fut-fut et qui va l'apprendre à ses dépends... La reconstitution de l'époque est également assez bluffante, rien à redire de ce côté-là d'où une immersion curieusement agréable dans les eaux saumâtres et pestilentielles d'un décor criant de réalisme. En revanche, ça ronronne trop, les méchants sont rapidement identifiés pour des motifs que l'on connaît depuis la nuit des temps (vouloir devenir Dieu soi-même pour tuer l'ennui entre soi, entre gens de la haute société) et la série en pâtit rapidement épousant le regard un peu perdu, benêt du personnage incarné par Sean Bean qui alterne l'incrédulité et la colère. Le comble vient de ce qu'on voit hélas arriver le triste final de très très loin  surtout sur un sujet pareil (ramener les morts à la vie, mode d'emploi). Bref une série sympathique, avec de gros moyens mais souffrant d'une mollesse et d'un académisme au niveau de l'écriture et du rythme qui fait qu'on pourra tranquillement passer son chemin.

dimanche 13 mars 2016

False Flag Saison 1


Série israélienne qui tente assez vainement de creuser la veine de 24. PAs une seconde de répit. Des agents triples à tous les coins de rue et des rebondissements qui arrivent à l'écran comme des hoquets... Ca fonctionne le temps d'un épisode et puis ça devient vite indigent. On peut éviter !

Sorcerer. William Friedkin


Quelle extraordinaire séquence finale dans ce bourbier du bout du monde où le capitalisme continue d'acérer ses griffes, de se jouer de l'homme devenue quantité négligeable sur l'échiquier d'intérêts pharaoniques, où le grand capital aiguise encore et toujours l'appétit des affamés en agitant sous leurs yeux de biche une pitance dérisoire. Et puis ce mouvement de caméra un peu dingue par delà la forêt de toits de tôle d'un purgatoire à ciel ouvert redonne sa pleine mesure au film noir, revenant   convoquer les fantômes du passé qui ne nous ont jamais vraiment quitté...

Elle fait aussi écho à cette entrée en matière si moderne dans sa construction, si dissonante et qui déjà rappelle combien l'argent pour l'argent alimente le terrorisme aveugle, engendre des tueurs à gages, donne vie à des patrons véreux, stimule le grand banditisme... Rien que pour cette ouverture en "united colors of tranches de mort" (les effets néfastes de la mondialisation capitaliste y serait-elle déjà montrée du doigt ?) et ce final grandiose, Sorcerer est un immense film qui s'affranchit du Salaire de la peur de Clouzot pour en faire quelque chose de bien plus sombre, dantesque et politique.

Le coeur du film n'est pas en reste, convoquant le destin de 4 mercenaires en quête de rachat et qui cherchent une issue au purgatoire pour rejoindre le monde des vivants. Cette opportunité s'offre sous la forme d'un chemin de croix, traversée furieuse de fleuves en crue et de rivières de troncs au coeur d'une nature hostile et déchaînée. Des séquences dantesques qui longtemps restent en mémoire. 

S'il fallait peut-être trouver un défaut, ce serait la difficulté à créer du suspense avec les soubresauts de la machine folle quand la dynamite se résume à deux cageots pris dans le sable à l'arrière. Les champs contrechamps peinent à créer cette tension folle dans les moments de crise. Quelques effets spéciaux bien sentis auraient peut-être contribué à rendre la peur et le suspense encore plus palpables, mais à l'époque Sorcerer a forcément fait souffler un vent de modernité parce qu'on le sent encore souffler aujourd'hui, chaud, enveloppant...  Depuis la structure même du film, son coeur intact. Le charme agit toujours et je confesse m'être laissé ensorceler.

samedi 12 mars 2016

Foxcatcher


Le fameux film Canada Dry qui nous joue toutes les ficelles du drame psychologique autour de la manipulation d'un esprit faible par un homme aussi puissant que pervers...

Mais il y a tout au long du film quelque chose qui cloche. Quelque chose se refuse obstinément au spectateur. C'est le problème qu'on rencontre avec certains films de Paul Thomas Anderson (The Master notamment). Il y a comme une raideur dans la construction, dans la caractérisation des personnages surtout. je pense par exemple à Steve Carrell qui n'est jamais que l'acteur grimé, ce qui rend toute immersion impossible. A la limite du ridicule. Et qui en fait des tonnes et des caisses sans jamais exprimer le moindre scrupule sous son maquillage.

Seul Mark Ruffalo surnage comme d'habitude. Acteur monstrueux qui donne chair et vie à ce personnage du grand frère comme personne. Alors que son petit frère Channing Tatum a comme l'a justement relevé la critique de La Voix du Nord  "une carrure de zébu et un regard de koala". Rien que ça.

Etonnant par ailleurs sur un sujet comme celui-là que le problème du dopage ne soit jamais abordé. Comme sont tout aussi étonnantes ces innombrables ellipses incompréhensibles : pourquoi diable le grand frère se décide finalement à rejoindre la team ???? On ne le saura jamais clairement. Pourquoi autant de sous-entendus sur l'homosexualité des deux protagonistes centraux (le jeune lutteur et le milliardaire) sans aucune révélation ou piste de réflexion pour accréditer cette thèse alors qu'on semble surtout être dans un rapport sadique de manipulation ?

Et puis mince, sur ce thème, très franchement, la comparaison faut mal si l'on revoit le très grand  Ma vie avec Liberace.de Soderbergh. Même thème mais on atteint alors des sommets de cinéma !

Bref Foxcatcher reste une arnaque molle, un de ces "produits d'auteur", joliment proprets, avec ce qu'il faut d'aspérités (la scène d'ouverture laissant deviner l'odeur de la craie mêlée à celle de la transpiration) pour oser venir affirmer à qui voudrait l'entendre sa folle envie de tâter de l'Oscar...

Birdman


Etonnant film que Birdman. Inattendu parce que je n'imaginais pas un instant Inarritu dans un tel registre.

Sur le plan de la mise en scène, il n'y a guère à redire. C'est même époustouflant. Enormément de superbes moments émaillent le film, entraînés que nous sommes dans un tourbillon qui n'est jamais aussi puissant efficace que dans l'excès, la surenchère, un trop plein divinement incarné par  Edward Norton proprement hallucinant. Il y a une sorte d'hyperactivité qui se dégage de Birdman, le genre d'épilepsie qui peut agacer mais la pilule est passée pour moi car l'outrance et la satire rendent la chose jouissive.

Le film pêche davantage dans ses moments mélodramatiques, lorsqu'il se veut plus sombre, plus empesé notamment dans un pseudo dénouement à la Black Swan (en l'occurence au masculin). Le mélange des genres n'est hélas pas très heureux, qu'on suive ces longues discussions avec l'ex-femme du personnage principal ou qu'on assiste tièdement à la relation naissante de sa fille avec le personnage incarné par Norton sur fonds d'Action / Vérité. Ces intermèdes peinent à intéresser, et n'apportent pas grand chose à un schmilblick narratif qui à mon sens aurait gagné à rester dans la veine hilarante de cette folle échappée en slip dans Times Square. Divin moment parmi tant d'autres. C'est là que le film fait mouche, quand il ne se prend pas aux sérieux. Parmi les ratés, je pense également à ce face à face avec la critique de théâtre qui n'enfonce que des portes ouvertes sur le pouvoir de quelques personnes aussi mesquines soient-elles pour décider du sort d'une oeuvre..... Comme cette dernière scène et son envolée lyrique qui vient explorer une dernière piste, poétique, celle-là, histoire d'avoir bien balisé tous les genres au passage... Ce côté touche à tout finit par laisser froid parce qu'on ressent bien trop l'effet recherché pour la énième fois. Trop de calcul pour finir.

En fait le film n'est jamais aussi brillant sur lorsqu'il nous plante là, nous laisse éclaté de rire devant un Norton qui s'étouffe sur scène parce que son verre a remplacé l'alcool fort par de l'eau claire. Simple, direct et hilarant. Dès qu'affleurent les clins d'oeil au Fantôme de l'Opéra, Shining etc, ou qu'on cherche vainement à nous raconter le destin shakespearien de ces acteurs maudits qui veulent mourir sur scène, le film redevient à l'image du cinéma d'Inarritu, poussif, un peu prétentieux, et surtout prévisible (l'histoire du faux revolver qui nous fait entrevoir une heure trop tôt le dénouement du film)...

Mais il faut néanmoins le voir pour ses immenses prouesses techniques et ces moments "viagresques" qui secouent nos carcasses de rires sonores et caverneux. 

American Sniper. Clint Eastwood



Je vais essayer d'être objectif sur mon ressenti : même s'il est fort inégal, American Sniper sur le plan de la réalisation et du rendu à l'écran est d'abord très efficace avec même une cadence et une maestria dans les scènes de combats qui hissent le film au rang de grand spectacle sans jamais négliger une vraie cinéphilie dont quelques clins d'oeil bien sentis à de glorieux aînés (Full Metal Jacket en tête). Ce qu'il semble apporter de plus et de fascinant se situe surtout dans une critique habile et discrète de la propagande en temps de guerre et de son implacable méthode pour façonner, écraser les esprits.... Emballé c'est pesé !

Propagande initialement incarnée par le père qui lors d'un repas familial va figer dans l'esprit du fils le rêve un peu flou d'un gardien de troupeau qui ne cessera plus de l'habiter aveuglément jusqu'à la révélation artificielle qu'il en sera devenu un devant les terribles images du 11 Septembre. Ou comment l'aveuglement d'un homme (d'une nation ?) le pousse vers un combat sans vrai mobile profond.

Propagande dans le fait d'ériger un tueur au long cours (plusieurs centaines de victimes souvent civiles, soldats de plomb, improvisés, de pacotille) en légende : quoi de plus cynique !

Propagande dans le fait d'ériger son alter ego (celui qui au fond est pourtant chez lui, "envahi", occupé) en ennemi public insaisissable, Le Boucher... D'où cette scène  symptomatique du face-à-face qui rappelle furieusement Face Off. L'un n'étant jamais que le versant obscur ou lumineux de l'autre. Deux faces d'une même pièce. Dès lors qu'il tue son double on devine qu'il vient aussi de mourir un peu... Ce qui amène logiquement le retour du zombie exhibant ses cicatrices invisibles dès lors qu'elles sont morales. 

Propagande qui aura eu raison du cerveau de la Légende au point qu'il explique paisiblement chez son Psycombien les morts provoquées le hantent bien moins que les vies non sauvées de ses camarades... Retour à la problématique binaire de l'enfant toujours prisonnier des lunes manichéennes de son propre père et incapable de véritable empathie ou de complexité qui pourraient soudain nous le rendre sympathique. Mais c'est probablement le but recherché. J'insiste d'ailleurs sur l'antipathie manifeste qu'inspire le personnage tout au long du film, manquant cruellement de finesse d'analyse ou d'héroÏsme véritable (il est à l'origine de la bataille finale qui provoque indirectement la mort de beaucoup d'hommes dont nombre de ses compatriotes)... On le sent tout le temps jouet de ses obsessions, confortablement planqué derrière son viseur avec ses idées reçues.

Et l'on se reprend à penser à ces scènes où maladroitement, une femme, un enfant, un vieillard font preuve d'amateurisme, d'hésitation humaine au coeur de sa lunette... Et sa posture interroge soudain, met mal à l'aise. Le spectateur devenant comme lui spectateur et acteur assez lâche d'une scène qui met en jeu une morale et des choix éthiques profonds. La lunette rend-elle justice à ce qui se trame réellement sous ses/nos yeux ? N'est-elle pas au fond le miroir déformant de cette propagande à l'oeuvre - et habilement critiquée - durant tout le film ? N'est-elle pas de même une façon de nous interroger sur les vraies valeurs du tueur en planque confortablement dissimulé sur son toit à siroter un coca-cola en enfilant les victimes comme le High Score d'un First Person Shooter pendant que ses enfants naissent et grandissent dans un confort de carte postale à l'autre bout du monde ?

Le résultat ne donne finalement pas raison à cette analyse, question de tonalité peut-être de maladresses dans certains choix, dont une scène finale trop univoque ou trop intelligemment équivoque...  Mais l'intention semble être là, dans une volonté d'interroger silencieusement les manoeuvres d'une nation pour envoyer au charbon ses enfants, pour les traumatiser en fixant dans leur esprit une idéologie primaire censée les convaincre de s'engager, sans réflexion personnelle.. L'histoire du gardien de troupeau est là pour en attester. Une forme d'atavisme qui interdit toute réflexion salutaire chez le personnage principal qui finit de fait drogué à la violence comme le cowboy à l'adrénaline qui précède l'entrée dans l'arène calé sur le dos d'un taureau prêt à tout pour rester, contrairement  à lui, libre et sauvage.

Clint Eastwood filmerait-il dès lors la guerre comme les conséquences d'un embrigadement, d'un aveuglement qui culminent avec cet épilogue (à l'instar de l''affiche et du titre du film) rappelant que la seule légende qui vaille en pareil cas c'est toujours celle que le pays écrit avec le sang de sa jeunesse sur de belles images vendeuses d'un triste rêve américain.

C'est pour cela que malgré ses défauts de fabrication, American Sniper mérite amplement d'exister et devrait avec le temps retrouver son statut de film de guerre beaucoup plus ambigu qu'il n'y paraît au premier regard.