jeudi 30 avril 2015

Thin Ice


Franchement sympathique et parfois très drôle… Tant qu'on navigue entre A Plan Simple de Sam Raimi et Fargo des Frères Coen c'est de très bonne tenue, le film nous tient en haleine par ses aspects ubuesques autour de l'appât du gain qui précipite la chute de ce héros pas très droit moralement mais plutôt attachant. Mais quand le film se met à ressembler aux Neuf Reines pour la révélation du pot-aux-roses et le twist final (pas très crédible, un peu lourd) alors le film devient soudain un truc beaucoup plus quelconque malgré un jeu de décodage/décryptage toujours ludique et divertissant ! Dommage au fond pour ce dénouement prévisible et trop explicatif (et alors ils ont fait comme ça, et alors je me suis fait avoir…). qui accouche d'une histoire d'assureur arnaqué déjà (beaucoup trop) vue !   

96 Heures


On aura beau dire ce qu'on voudra, quel immense acteur ce Niels Arestrup, quoi qu'il fasse, quoi qu'il joue… Dans 96 heures il écrase la concurrence, il prend toute la place. Et le problème, c'est que personne ne tient la distance en face… Surtout pas Gérard Lanvin qui n'est jamais que dans la posture et dans le lancer de regards qui voudraient faire vrai mais en vain… Laura Smet apparaît peu mais complètement à côté de la plaque. Bref, dommage parce qu'il avait dans ce huis-clos (familial sans rien révéler) une matière riche, je pense notamment à cette jolie séquence de retrouvailles où les masques tombent en présence de l'innocence incarnée par un pré-adolescent qui s'avère connaître pas mal de monde… Quelques bons moments comme celui-là font regretter la faiblesse notable de l'ensemble, sorte de film à papa des années 80 revisité dont l'interprétation de Niels Arestrup restera le vrai grand motif de satisfaction.      

Garde à vue. Claude Miller


Duo de légende. Du Michel Audiard plein la bouche. Un huis-clos inoubliable dicté par un art consommé de la gestion d'un espace confiné, du rythme et de la montée progressive du suspense et des révélations fracassantes… Et puis cette fin de bal tragique au petit matin. Durant la nuit qui a précédé, on a senti le mégot âcre dans le cendrier, ressenti sous nos doigts la tasse fumante sur le bureau du commissariat, haï puis eu de la peine pour le Michel Serrault (jamais meilleur que dans ce rôle)… Claude Miller est un magicien soit mais c'est aussi un extraordinaire directeur d'acteurs y compris pour les seconds rôles mémorables. Au sommet de son art, quoi. Mais il y reviendra souvent… La famille est décidément (pour ses inavouables secrets) le plus beau creuset qui soit pour de belles intrigues noires et sombres… Miller. Génie un jour, Génie toujours, tu es follement regretté !

SOS Bout du Monde


J'ai découvert par hasard et ma fille kiffe pas mal en fait. Faut dire que j'ai cherché longtemps quelque chose de moins mainstream comme ce SOS Bout du Monde. Parce que Dieu que ça fait du bien une série où les héros ne sont pas blonds aux yeux bleus ;))) Ce métissage en veux-tu en voilà est déjà en soi rafraîchissant et dépaysant. La série n'est certes pas géniale côté animation ni scénario mais elle est joliment troussée sur le plan des couleurs et des paysages traversés. Elle a surtout la bonne idée de mettre en avant ces petits héros de toutes origines (asiatique, africaine) et lancés dans un défi passionnant : l'humanitaire. Ce qui permettra de découvrir plein d'endroits sur la planète et surtout d'expliquer à nos enfants chéris l'intérêt d'être serviable, altruiste, de distribuer des vaccins, de combattre la famine ou la pénurie d'eau… Bref pas géant comme dessin-animé mais sacrément  instructif pour nos rejetons ! D'un point de vue pédagogique et matière à évasion, je conseille donc. 

Kirikou et la Sorcière. Michel Ocelot


J'ai commis la grande erreur de passer à côté de Kirikou et la Sorcière jusqu'à aujourd'hui. Et bien quelle claque dites-moi ! Ce n'est pas tant la force du dessin (ces passages en ombres chinoises dans des galeries souterraines, ces bouquets de lumière lorsque le petit héros se dessine devant l'arbre du Voyageur...) mais surtout l'histoire, le conte qui aurait sa place dans les fables de La Fontaine… Cette seule idée lumineuse que les gens mauvais sont excusables et surtout secourables est proprement extraordinaire. Evidemment les petits adoreront, ont adoré… Mais c'est aussi un grand film pour tous les autres. Que celles et ceux qui ne l'auraient pas vu à l'époque ou rechignent à le (re)découvrir y aillent ou retournent les yeux grands fermés… Karaba n'est une sorcière que dans le regard des autres et du fait de la souffrance qu'elle a subie - transformant les autres en "objets obéissants"… Cette séquence finale qui voit la mère reconnaître son fils "avec le coeur" est également magique comme le sont les musiques, les personnages et encore une fois cet univers visuel si particulier. Un flamboyant classique !

mercredi 29 avril 2015

Black Coal


Du sang neuf au rayon "noir c'est noir" et il nous vient de Chine… Grand bien nous fasse ! Alors je préviens tout de suite, Black Coal n'est pas exactement le chef-d'oeuvre annoncé partout depuis qu'il nous est arrivé auréolé d'un Ours d'Or, d'abord parce que je n'ai pas été convaincu par la fin (plutôt déroutante) ni par les circonvolutions de l'intrigue lorsqu'on découvre le premier pot-aux-roses… Mais le film regorge par ailleurs de tas d'énormes séquences sur lesquelles se pose une voix singulière, un regard fascinant qui se matérialise par une mise en scène étonnante, très singulière. Quelques magnifiques moments dont la scène suspendue et torride de la grande roue (j'adore, comme j'adore cette femme fatale sous le charme brûlant de laquelle on est obligé de tomber) dans un décor quasi lunaire. Egalement quelques beaux exploits lors des séquences de patinage ou de déflagrations de violence froide et crue comme à l'issue du premier volet. Le héros est à cet égard un ours mal léché de circonstances, marqué par son passé et tombé sous l'empire de cette femme sensuelle et vénéneuse. Je finis en relevant une vraie grande cinéphile chez ce réalisateur avec de vraies références dont Le grand Sommeil auquel il emprunte à coup sûr ce mystère insondable dont se pare le film et ses personnages et qui survit à chaque nouvelle vision ! Et ça c'est plutôt fortiche...    

mardi 28 avril 2015

Les jours et les nuits de China Blue. Ken Russel


On oublie souvent que Kathleen Turner a été une grande actrice (la revoir aussi dans La Fièvre au corps, L'Honneur des Prizzi, Peggie Sue s'est mariée, La Guerre des Rose). Elle le prouve ici dans un film inclassable, qui m'a littéralement marqué quand je l'ai découvert à sa sortie… Loin d'être un chef-d'oeuvre, il n'en est pas moins fascinant, surtout dérangeant et vaut donc le détour comme souvent avec Ken Russell pour qui j'ai toujours eu une tendresse (notamment pour son inoubliable The Devils). Ici je me rappelle en vrac des appels à la vertu d'un pasteur cintré (Anthony Perkins) dans un quartier chaud, de cette femme mystérieuse, China Blue, à la double vie, à cet univers sulfureux d'une violence inéluctable à l'image du passé traumatisant de la jeune femme, d'un dénouement forcément tragique, mais voilà malgré d'objectives faiblesses, Les jours et les nuits de China Blue gagne (comme son réalisateur) à être connu.

Dark Crystal. Jim Henson


Grand Prix Avoriaz 83 mérité. Les effets spéciaux pour l'époque sont très novateurs et prouvent ce que des bouts de ficelle, de caoutchouc, de plumes peuvent donner comme vie et relief à un univers… Ce que le numérique ne pourra jamais… Rien que pour cela, revoir Dark Crystal est une belle et grande leçon qui (r)ouvrira les yeux des apôtres du tout numérique…  Je me rappelle encore de cette ambiance poisseuse, poussiéreuse, de ces oiseaux de malheurs engoncés dans des costumes étrangement classieux. Le film a évidemment pris cher visuellement mais la patte et le style inimitable d'Henson sont bien là… Le résultat, une sorte de Muppet show sous acide dont on ne souhaiterait pas l'univers cauchemardesque et suintant à son pire ennemi, est une sensation unique, ne ressemble (jusque dans les textures et les techniques utilisées) à rien d'autre… A redécouvrir donc ! Chacun y trouvera sa morale et son bonheur. Petits et grands.

Le Vent se lève. Hayao Miyazaki


Le vent se lève est déroutant parce qu'il ressemble finalement assez peu à tout ce à quoi nous avait habitué Hayao Miyazaki jusque là. Ce qui prédomine c'est cette fresque historique assez linéaire, très lisible, volontairement réaliste, qui passe en revue de grands et douloureux épisodes de l'Histoire du Japon via le prisme d'un inventeur de génie passionné d'aviation… Mais il y a constamment une partie immergée matérialisée par le rêve d'un héros et surtout l'amour de sa vie… Et  c'est là que Miyazaki l'air de rien fait mouche et nous transperce le coeur. Pour cette sphère intime, et les montées d'émotions, de larmes qu'elle provoque, Le Vent se lève est déchirant, beau à pleurer, triste à en mourir… A y repenser, on se retrouve bouleversé, le palpitant secoué comme Tokyo lorsqu'elle se retrouve défigurée par un tremblement de terre au cours d'une séquence absolument impressionnante. Ce qui encore une fois n'empêchera pas de trouver à la partie visible que j'évoquais plus haut (l'Histoire qui défile, les efforts menant le héros à la création des prototypes successifs d'avions..) certaines longueurs pas folichonnes et un académisme qui à mon sens affadit ou amortit quelque peu la puissance de cette immense et déchirante histoire d'amour.  

dimanche 26 avril 2015

The Plague Dogs. Martin Rosen


Authentique cauchemar canin… Deux chiens échappés du camp de la mort d'un obscur docteur Frankenstein se lancent à corps perdus dans la lande. Essayant de retrouver en vain une place (retrouver un maître) avant de décider de (re)communier avec la nature... Mais sont-ils vraiment doués pour les affres de l'état sauvage ? Au final, le sentiment qu'on en garde est surtout de les savoir au supplice, condamnés à errer dans les limbes comme deux sursitaires attendant d'être appelés dans le couloir de la mort… The Plague Dogs n'est évidemment pas à mettre entre toutes les mains (surtout pas celles d'enfants). Il s'agit d'un film sacrément noir, sombre, dérangeant, qui lorgne plus du côté de Vol au dessus d'un nid de coucou que de Rox & Roukie… Le dessin est austère, l'animation pas géniale mais privilégiant le réalisme (grattage du puce, léchage de plaie, le flair au pouvoir) et l'irruption de visions éthérées lorsque les traumatismes refont surface (peur de l'eau, enterrement d'un vieux sparadrap malodorant ayant servi de cache misère à ce qui fut probablement une tentative avortée de lobotomie). Les voix monocordes peuvent lasser, comme la succession molle de ces tableaux qui voient les deux héros se débattre sans grand espoir dans ce No dog's land mais il sera difficile de l'oublier, de ne pas s'en souvenir des années plus tard… Un film étrange, malaisant, pareil à nul autre, qui marque au fer rouge son spectateur… Ce qui explique qu'on soit dans une forme de communauté d'esprit avec nos deux héros. Even cobayes get the blues !                

jeudi 23 avril 2015

L'Age de Cristal


Quelques séries dans les années 70 m'ont fait rêver. Parmi elles, il y avait cet Age de cristal. ou plus exactement ce Logan's Run. Une série (jamais achevée faute d'audience) visionnaire et prophétique à coup sûr qui décrivaient fort bien le monde du XXIIIème siècle, clos, replié sur lui-même et sous un dôme, tourné vers les plaisirs charnels et matériels, vivant aux dépend d'une société entièrement robotisée… Un bien-être matériel (et pas spirituel un seul instant) obligeant l'ordinateur central, le grand régisseur, à réguler les populations de la planète en dessoudant tout humanoïde qui atteindrait l'âge canonique de trente ans…  Mais il faudra que je le revois tantôt parce que j'en retiens surtout de merveilleux et frissonnants moments : les combinaisons futuristes, les véhicules silencieux, les faisceaux lasers pour immobiliser les adversaires, et un univers vraiment immersif, matière soyeuse à rêver quand on avait une dizaine d'années. A quand un remake d'aujourd'hui histoire de tourner l'intégralité de ce qui avait probablement avait été écrit pour une saison complète mais avec des moyens dérisoires ?

Chicken Run


En y repensant, Chicken Run a forcément imposé quelque chose dans l'esprit d'autres créateurs puisque la seule idée d'une tentative d'évasion me rappelle ces conciliabules nocturnes au fond de l'aquarium de Nemo. Le poulet échappé d'un cirque fait immanquablement référence au Madagascar (même s'il s'agissait en l'espère d'un Zoo)… Chicken Run est délicieux comme la gueule innocente de Ginger, comme toutes les petites références bien senties au grand cinéma carcéral et d'évasion made in US. En revanche, on pourra déplorer quelque chose finalement d'assez plat (l'intrigue quand même fort simpliste et convenue d'un bout à l'autre : on veut s'échapper à tout prix, un coq échappé d'un zoo va nous y aider à une époque où la méchante fermière veut investir pour augmenter la productivité de sa petite entreprise qui commence à connaître la crise) et manquant d'aspérités, de complexité : je pense à ces locataires de l'aquarium qui dans Nemo avaient chacun une personnalité bien trempée, un passé trouble, des cicatrices… Ici en dehors de la binoclarde (donc première de la classe) et du vieux Coq militaire et radoteur, difficile de ne pas voir Ginger, Rocky, et une masse indistincte de poules obèses en arrière plan… L'union ferait-il a force ? C'est semble-t-il le message du film au risque de couper tout ce qui dépasse.