lundi 30 mars 2015

Closed Circuit


Ca démarre pas si mal (premier plan tragique et fort dans l'esprit "Terrorism will be televised"), l'ambiance thriller politique est plutôt bien installée ensuite mais plusieurs difficultés se posent là : d'abord deux acteurs principaux assez ternes et s'agissant d'elle pas vraiment crédible dans ce rôle. Par ailleurs, c'est tellement prévisible (les alliés qui s'avèrent peu dignes de confiance et pour cause, le MI6 est partout…) qu'on a l'impression d'être revenu dans un cinéma des années 80 ou 90 sur le plan de l'histoire et de la narration. Ensuite, il semble que tous les noeuds possiblement passionnants de l'histoire qui auraient mérité toute l'attention des scénaristes sont balayés (le cynisme d'une institution, les passe-droits, la raison d'Etat, les tentatives d'assassinat grossièrement expédiées,…) pour ne laisser qu'un squelette d'histoire, qu'un ersatz de thriller. Dommage. Trop light pour marquer les esprits malgré un dernier beau plan sur la Tamise.        

Rollerball. John Mc Tiernan


On sent bien que le film a été saucissonné, retouché, rafistolé par les producteurs probablement à la grande incompréhension / tristesse / colère de John Mc Tiernan. Reconnaissons par ailleurs que l'acteur principal manque cruellement de charisme, que Jean Reno frise sérieusement le ridicule, mais je ne sais pas pourquoi malgré ce ratage évident, il y a une énergie folle et communicative qui culminent dans deux séquences étonnantes : l'introduction assez bluffante, et celle de la poursuite filmée en infra-rouge qui dépote en plus de fasciner sur le plan visuel. Moralité : Même trahi, même massacré (à l'instar de son avatar sanglant de la fin du film), il y a toujours quelque chose de bon et de beau à aller picorer dans la petite boutique de John Mc Tiernan !

dimanche 29 mars 2015

The Driver


Une vraie découverte que ce The Driver ! Franchement, j'en attendais pas forcément beaucoup sur la seule base de la bande-annonce et de l'affiche… Mais il faut y aller, plutôt deux fois qu'une... Tout est juste, tout y est fort, ça commence piano et de façon balisée c'est vrai mais faut s'accrocher parce que ça monte en puissance comme dans les meilleurs Ken Loach (My Name is Joe auquel on pense beaucoup). J'ai aussi pensé au Nicolas Winding Refn de la trilogie Pusher, par moments, c'est dire. Bon mais le truc vit tout seul et sacrément bien. Le contexte familial d'abord est puissant (la relation à l'absence d'un fils perdu mais bien vivant, idée géniale), l'acteur, improbable croisement de Liam Neeson et de Terence Stamp donne vie un personnage principal passionnant parce que plus vrai que nature, lâche et menteur un temps, allant toujours à la facilité (un homme, un vrai quoi) mais ayant deux, trois valeurs fondamentales, de celles qui vous préservent par temps de cauchemar. Sa femme, sa fille , son collègue et son patron, les deux flics, tous donne le La, divinement. Souvent les dialogues et les réactions des personnages nous font dire "putaing ce que ça sonne vrai". Ces anglais, décidément, ont quelque chose de plus que les autres pour raconter de vraies grandes histoires. Un peu court tout de même ces 4 épisodes, mais sacrément prometteur.

jeudi 26 mars 2015

Modus Anomali. Le réveil de la proie


J'ai toujours eu de la sympathie pour les petites séries B horrifiques aussi fauchées qu'inventives mais là franchement… Difficile de m'extasier. Pour commencer, il n'y a rien d'aussi insupportable qu'un acteur qui fronce crânement le sourcil en s'interrogeant "Faut que je comprenne ce que je fais là" puis qui ajoute pour nous éviter le chapitre suggestif (évidemment trop intelligent et raffiné à mettre en branle) "mais je ne sais pas qui je suis en fait, je suis am-né-si-queux...". On imagine que pour une envie de pisser il nous aurait gratifié d'un "Trouver des toilettes vite, c'est que ma pauvre vessie est pleine". L'autre problème et de taille c'est l'invraisemblance qui tient lieu de programme d'un bout à l'autre du film : ces ados courant silencieusement vers des pièges mortels ou arrosant d'essence un coffre sans même hurler leur rage contre leur tortionnaire coincé à l'intérieur ou juste demander des nouvelles de leur pôpô... On imagine bien que c'est pour maintenir le mystère faussement intact jusqu'à la deuxième partie qui pour le coup (quand on a pigé la mécanique, ce qui arrive assez vite) ressemble à un commentaire (pas audio) pour spectateurs imbéciles… Et puis franchement quel passe-temps compliqué tout de même à mieux y réfléchir, dire que ce tordu amateur de sensations fortes aurait pu se prendre le même kif en faisant du tricot ou du polo… La malédiction. Pourquoi faire simple quand on peut faire n'importe quoi ? Le seul très joli passage à retenir c'est ce délicieux travelling en voiture à travers bois, la discussion tranquille au téléphone du tueur avec femme et enfant jusqu'à tomber sur une nouvelle famille... Mais c'est vraiment le seul truc poétique à sauver. Ca n'aurait tenu qu'à moi, j'en aurais fait un super court métrage où le gars meurt étouffé dans son vomi (ça aurait lui lui arriver sur le dos et sous la terre) dès la première seconde du film ou à la limite, il se serait sorti du piège initial pour finir cramé dans le coffre 5 minutes plus tard et c'était suffisant. D'ailleurs outre le côté putassier d'un objet qui se veut d'abord vendeur (mix improbable entre Saw pour le jeu sadique, Blair Witch 2 pour le volet video, Evil Dead pour la maison dans les bois, Predator pour les pièges et le survival-like dans la jungle…), il y a surtout un côté ultra malsain et complaisant lors des scènes de tueries qui au lieu d'épater donnent la gerbe tout simplement… Parce que soudain, elles ne sont plus du coup raccords avec l'esprit censément second degré, irrévérencieux et ultra-référencé de ce qui se voulait avant tout j'imagine un exercice de style malin… Bref Modus Anomali est souvent de mauvais goût, et surtout pas crédible un instant… En modus Foutage de gueule pour reprendre le titre étrangement accrocheur.

mercredi 25 mars 2015

Dallas Buyers Club


Dans Dallas Buyers Club, les deux acteurs principaux sont tellement époustouflants, si criants de vérité qu'il faut évidemment le voir. Le revers de la médaille, c'est qu'ils finissent par étouffer la matière du film, une matière trop attendue et consensuelle pour vraiment exister : "un homme condamné se fout de la mort, brûle la vie par les deux bouts de la chandelle, et ne se résigne pas devant la prétendue expertise/autorité de sommités médicales de son Etat sur le traitement qui convient pour soigner voire guérir les malades … Ni Dieu, ni Maître, il se fait donc faire son propre jugement, sa propre expérience pour essayer de survivre parce que merde, il aime trop la vie… Ce faisant il va aider ses semblables (d'autres malades) et faire de belles rencontres qui vont l'amener à voir la vie sous un nouveau jour, plus tolérant". Pour prendre une image, le film est un de ces taureaux musculeux, au potentiel dévastateur, mais fatigués, impressionnants mais bien trop timides quand il s'agit de rentrer dans l'arène. Dès lors, par contraste, on finit par ne plus voir que le Rodeo Man sur dos, montrant ses biscottos, agitant son chapeau, soignant son petit numéro d'acrobate… Le genre de film dont on reparle 20 ans après en commençant par "oulala, il faut le voir, une performance hallucinante d'acteurs" puis "ça parlait de quoi déjà le film ???" enfin "Aaaaah oui du Sida"… Anecdotique.     

mardi 24 mars 2015

Dance of the Dead


Une bonne idée que ce Teen Movie zombificateur. L'improbable grand écart entre Pretty in Pink et La Nuit des morts-vivants agrémenté de l'humour sanglant et méchamment enfantin des Gremlins et voilà-ty pas qu'on obtient ce petit Dance of the Dead sans prétention et divertissant. Ca va pas chercher loin à part une riche idée au milieu qui veut que la musique redonne subitement aux morts-vivants, le tempo, le sens vital du rythme, un déhanché macabre… A mon avis les 12/13 ans vont se régaler ! Au-delà, esprits régressifs ne pas s'abstenir. On se marre et c'est bien l'essentiel.

Les Gazelles


Ca a le mérite d'être sympathique et souvent drôle (à l'image de Camille Chamoux vraiment craquante et attachante en célibattante) surtout parce que ça sent le vécu de cette nouvelle génération de Gazelles qui se veulent indestructibles en apparence et tellement fragiles et fondantes à l'intérieur ! Bon mais c'est aussi la limite de l'exercice. On en a tellement eu récemment de films sur le thème Girl Power, des séries TV avec des personnages féminins hauts en couleur qu'on se sent du coup en droit d'attendre beaucoup plus côté scénario. Or, sortis des atermoiements de l'héroïne après chaque nouvelle nuit foireuse en compagnie d'une aventure d'un soir, ne restera pas grand chose de l'histoire (heureuse pas heureuse ? déprimée par déprimée ?) à l'image de cette dernière soirée arrosée, prétexte idéal pour finir sur une note faussement gaie, mais surtout vraiment plate. Dommage, ces super nanas auraient effectivement mérité un peu plus d'égard, d'attention et d'affection et ce dès l'écriture !

Le Dahlia Noir. Brian De Palma


Il est important de rappeler pour commencer que Le Dahlia Noir avait probablement moins vocation à se montrer fidèle au roman de James Ellroy que d'être le jouissif prétexte à re-créer le cinéma qui fit de De Palma un cinéphile amoureux puis un immense réalisateur. Cela évitera les déceptions légitimes qu'on pourra exprimer en le découvrant. Pour Ellroy il y a le livre. Pour De Palma voyez le film. Parce qu'on replonge avec bonheur dans de grands films noirs comme Le Grand Sommeil (la complexité de l'intrigue à tiroirs), Assurance sur la mort (le triangle amoureux, la maison de Lee et Kay), Nous avons gagné ce soir (la rencontre des 2 héros lors d'un combat de boxe truqué), Sunset Boulevard (le personnage de la mère cintrée du personnage divinement campé par Hilary Swank), Le facteur sonne toujours deux fois (l'adultère et la trahison omniprésents), Double énigme (la ressemblance troublante entre 2 femmes), et toute la veine htchcokienne avec ce segment central autour d'un escalier massif. Je ne comprends pas non plus les critiques à l'égard des 2 acteurs principaux parce qu'on y trouvera là encore la recherche ludique et mélancolique de la silhouette de Kirk Douglas (la carrure, la blondeur, la rage, la fossette) d'un coté, de Brando ou du Richard Gere de Cotton Club de l'autre. Alors oui les obsessions de De Palma amènent le film au bord de l'auto-parodie à certains moments, mais ce qui l'emporte après tout c'est son amour communicatif pour ce cinéma des années 40 / 50, c'est cette mélancolie sourde qui émane de l'ensemble et rien que pour cela, je souscris malgré des défauts assez criants faut bien reconnaître.

lundi 23 mars 2015

Dark Touch. Marina De Van


Dark Touch, c'est un peu le Carrie de la causalité, de l'explication rationnelle qui hélas tue toute magie et appauvrit tout… Là où De Palma et King nous racontent la violence et la cruauté propres à la jeunesse, à toutes les jeunesses, la magie noire et inexplicable qui en émane, De Van limite d'abord son propos et son univers à celui de la pédophilie et de la maltraitante comme pour nous dire que "diantre les enfants s'ils ont des pathologies c'est souvent à cause de la mauvaise éducation et des traitements pô biens qu'ils ont reçus"… Un peu binaire. On va dire que ça manque de hauteur de point de vue. II y a dès lors dans Dark Touch ce côté Hulk parce que les pouvoirs de la jeune fille ne se déclenchent que lorsqu'elle pleure (qu'on la fait souffrir pour le dire autrement), et parfois à bon escient comme  dans cette séquence nocturne où elle intervient pour sauver deux enfants de l'influence néfaste de leur mère (chez qui il n'y vraiment rien à sauver)… Et ça pleure, et ça pleure, et ça te produit des sons d'acouphènes à tout va et pour tout dire ça ne fonctionne pas terrible, mais pas terrible du tout. Le pire c'est cet épilogue où la jeune Neve devient carrément apprentie gourou pour mieux laver les cerveaux de tous les autres enfants du coin… Et ça se termine alors un peu comme dans le Village des Damnés ou Les démons du mais… Gloubi Boulga sans queue ni tête qui culmine avec une scène de baignoire puis de table apprêtée absolument ridicule. Un sommet. Nous voilà revenu à l'âge de Damien La Malédiction. Plus d'excuses, plus de prétextes, On nous raconte que Neve est bel et bien le mal incarné et plus l'enfant traumatisé du début… Entre l'enfant maltraité et la fille du Diable y avait quand même la place pour faire un truc bien, enfin mieux que ce résultat Grand Guignolesque ! On reviendra pour un scénario digne de ce nom.

You're Next


You're Next est un fort sympathique défouloir. L'idée marrante est de commencer avec l'idée de marier Funny Games avec le principe du Slasher. Pour ça il faut naturellement une famille réunie dans une demeure isolée. La réalisateur ajoute habilement une entrée en matière qui n'est pas sans rappeler le fameux Festen… et ses petits guerres intestines. Le déroulement apporte ensuite son lot de révélations à la façon de la trilogie Scream pour l'hémoglobine, les poursuites, les masques et l'humour décapant. En revanche je ne trouve pas les meurtres d'une grande inventivité à la longue. Ce que je préfère au final, c'est ce personnage de jeune fille ayant été élevée parmi ce qu'on a coutume d'appeler des survivalistes… Ca lui donne un côté scout border line assez réjouissant - Façon de nous dire entre les lignes que les "écolo-puristes' sont de putains de Serial killers en puissance. On la reverrait bientôt dans une suite la petite héroïne que ça ne me dérangerait pas ;)

dimanche 22 mars 2015

Le Seigneur des Anneaux. Ralph Bakshi


Evidemment inabouti, assurément bâclé, certainement massacré par des producteurs peu inspirés, Le Seigneur des Anneaux version Ralph Bakshi n'en contient pas moins de grands moments (que la technique novatrice de l'époque permet d'obtenir notamment pour dépeindre ces "messagers de la mort" montés sur des chevaux pas moins effrayants) qui restent gravés dans ma mémoire. Il sera resté sans lendemain mais franchement malgré les ratés scénaristiques et esthétiques évidents, je ne peux m'empêcher de trouver que Bakshi avait su saisir et restituer par instant le vrai parfum de la trilogie de Tolkien quand Peter Jackson aura lui accouché d'un univers bien trop polissé, plan plan, tiédasse et bien trop gonflé aux effets spéciaux… La version du créateur de Fritz the Cat est donc une curiosité loin d'être dispensable. 

La Cour de Babel


Un bien joli docu, sympathique, rafraîchissant et par-dessus tout réconfortant sur la capacité intacte de la République à accueillir, intégrer, assimiler tout en respectant les différences et spécificités de chacune et de chacun. Le titre est pour le coup bien choisi. Ca arrive de partout et ça s'intègre l'air de rien. En plus, c'est un peu l'âge des possibles, plus des enfants pas encore des adultes, beaucoup de projets d'avenir qui se dessinent déjà. Un travail invisible est à l'oeil. On s'y sent bien, le rythme est agréable, la caméra discrète et pas intrusive, la musique parfaitement bien synchrone et choisie. Et il y a ce final qui déchire le coeur et arrache de grosses larmes. Forcément. Bon mais rien non plus de révolutionnaire ! On pourra bien sûr d'un côté saluer la simplicité et la modestie de l'ensemble mais rien de choquant à ce qu'on trouve de l'autre à La cour de Babel un je ne sais quoi de ces tranches de vie singulières, dures certes, mais sommes toutes assez quelconques… Comme un parfum de trivialité, la petite ritournelle du tout venant.