lundi 2 février 2015

Intuitions. Sam Raimi


Comme souvent lorsqu'il s'agit d'une petite commande horrific'o-thriller'o-sérieB'ôôôô, on pourrait croire à un film quelconque de Peter Jackson, mais c'est mal connaître Sam Raimi, tellement plus fort à ce petit jeu. Parce que même en l'absence d'une vision personnelle à transmettre, lui arrive à insuffler l'humanité, la seule qui vaille, à ses personnages. Il y a pour commencer le choix d'une actrice épatante dans le rôle titre. "Incroyable présence de Cate Blanchet" nous dit le Nouvel Observateur. Il y a ensuite ce petit coin de Géorgie et tous les personnages s'y débattant qui existent vraiment à l'écran - en tout cas j'en garde de jolies bribes, un peu comme les fulgurantes visions de l'héroïne -; Et puis voilà, même si l'ensemble reste calibré, il y a comme un parfum de Twin Peaks (les petits secrets enfouis qui par petites touches refont surface) parfaitement "Samraimisé". Libération résumait bien la texture des sensations provoquées par le film "Intuitions vaut surtout par sa description chargée mais éloquente d'une Amérique white trash arriérée et crédule. La langueur du récit, la moiteur des éclairages, la justesse des comédiens (...): tout concourt à un rendu climatique très convaincant". 

vendredi 30 janvier 2015

The Nickel Ride. Robert Mulligan


"The business is off. No people, no faces. Things change". Phrase immortelle du héros Coop' dit "l'homme aux clés" (comme aux Lucky Strike entassées dans le tiroir de son bureau) lorsqu'il réalise que les appuis historiques dont il disposait que ce soit du côté de la police ou de la pègre, commencent à se faire de plus en plus discrets. Mais est-ce d'ailleurs vraiment le cas ou ne serait-ce pas plutôt son cerveau qui lui joue des tours ? Se sentant à tort ou à raison menacé, face à la fuite de ses repères d'antan, il se raccroche à la seule chose tangible, son amour. Mais ce faisant, il s'isole inévitablement (la maison au bord du lac, le renforcement de la porte d'entrée, l'achat du fusil de chasse, le coup malheureux porté sur sa compagne...). La paranoïa monte comme le lait sur le feu qu'on voit se consumer dans la cheminée de ce délicieux petit chalet. Chaque accord de Dave Grusin est un accord majeur pour faire monter une sourde angoisse. On repense inévitablement à l'ombre menaçante du prédateur dans le fabuleux The Stalking Moon. Mais la paranoïa de The Nickel Ride ajoute quelque chose d'infernal, de l'ordre de la torture mentale que s'inflige le personnage ou qu'on veut lui faire subir pour l'amener à commettre une erreur fatale... Il y a d'ailleurs cette scène mythique de l'intrusion du cow-boy, fusil à la main, dans le décor champêtre et dont on arrive presque à se demander s'il n'existe pas seulement dans la tête du héros (clin d'oeil en passant à The Other qui jouait subtilement sur la même ambiguïté). Quant à la phrase culte du début sur le "business off", elle dit tout d'un film d'une modernité et d'une incroyable intelligence qui longtemps avant notre ère sinistrée raconte un homme qui perd son travail et cherche à préserver son honneur et sa dignité par tous les moyens disponibles... Et c'est évidemment lorsqu'il va baisser sa garde (face-à-face plein de non-dits avec un étonnant John Hillerman) que le danger refait brutalement surface. La scène finale dans la rue au petit matin est franchement une des grandes fins qu'il m'ait été donné de voir au cinéma (d'ailleurs pas sans rappeler celle de Collateral dans une rame de métro aux aurores). Pour finir, comment Jason Miller n'est pas plus connu qu'il ne l'est ? Il est positivement fabuleux, incroyable dans ce rôle (comme il l'était soit dit en passant dans l'Exorciste). Le rôle de sa vie à n'en point douter. Un grand, vraiment un très grand film noir que ce The Nickel Ride. A redécouvrir d'urgence.

The limits of control. Jim Jarmush


Le titre du film serait-il un aveu ? Jim Jarmush nous ferait-il son petit numéro d'auto-parodie ou d'auto-dérision ? En tout cas, tout est dans le titre qui nous prévient par avance que ce cher Jim Jarmush est en complète roue libre, absolument tout puissant dans ce qu'il sait faire de pire ! Il n'y a plus de pilote dans l'avion ou personne n'ose plus lui dire la vérité... C'est incompréhensible parce que le ridicule ici est partout, De Bankolé ou Murray ne sont même pas dirigés... The Limits of control parle pour lui-même et dit que Jim Jarmush, devenu incontrôlable, a littéralement quitté la terre... Un fiasco intégral. Probablement son plus mauvais film.

jeudi 29 janvier 2015

To live and die in LA. Police Fédérale Los Angeles. William Friedkin

Sacré film que ce To live and die in LA. Evidemment, je suis toujours gêné en le revoyant par la musique bien trop datée "années 80" (ces mêmes tics lourdauds que l'on trouve dans le Scarface de De Palma par exemple). Mais franchement si l'on s'arrange de ces petits tracas sonores, le film est à la fois tranchant et ample, sec et sans concessions, porté par un sens magistral de la mise en scène. Et pas de morale par ici, ça tombe comme des mouches qu'on soit agent secret, personne privée anonyme ou trafiquant pyromane. Quelques moments d'anthologie dont la poursuite de voiture ou la déflagration soudaine et tellement "injuste" du vestiaire. Mais c'est ce que le film nous dit tout bas justement : que la vie est injuste. To live and die in LA concerne tout le monde. Pas de passe-droit en ce bas monde. En le revoyant, je note d'ailleurs à quel point cet esprit nihiliste, ce réalisme presque déprimant ont été une influence centrale pour des séries comme The Shield (on est prêt à tout pour arriver à ses fins, qu'elles soient de nature matérielle, charnelle ou vengeresse) ou même The Wire (les amis allant boire la bière de l'amitié au début, la planque et la filature, le personnage d'avocat véreux peu regardant sur la personnalité de ses clients, les contrats sur la tête d'un témoin potentiel en prison qu'on veut faire taire, les personnages de politiques gravitant autour des personnages principaux comme autant de vautours assoiffés de notoriété ou de richesses matérielles...). Bref un vrai sommet de polar. Pur et dur. Noir et brutal comme la mort.

lundi 26 janvier 2015

Young Adam. David McKenzie


Je garde de Young Adam le souvenir d'une excellente surprise. D'autant plus appréciable que je ne m'attendais pas à grand-chose en m'attaquant à ce petit film noir se déroulant à bord d'une péniche dans les paysages gris, humides et brumeux du Glasgow des années 50. Le corps d'une jeune femme est retrouvé flottant dans un canal, un trio fascinant gravite autour... Un vrai coup de coeur. Franchement, je conseille. Est-il utile de rajouter que c'est pour moi la plus grande performance d'Ewan Mc Gregor (d'ordinaire pas transcendant, plutôt terne) qui aura été rarement aussi sensuel et inquiétant, solaire et mystérieux ? Quant à Tilda Swinton ou Peter Mullan, ils livrent eux aussi une grande performance. Vénéneux, sombre, charnel ! Longtemps après l'avoir vu, je peux certifier une chose ; il me reste quelque chose de ce film.

dimanche 25 janvier 2015

Down by law. Jim Jarmush



La danse hésitante au café du petit matin, le "chasseur du dimanche" attrapant un lapin sans défense ou la scène mémorable de l'insurrection chantée avec "I scream, you scream, we all scream for ice cream". Rien que pour revivre ces moments suspendus d'une grâce infinie, il faut voir et revoir Down by Law. Souvent considéré comme trop lent pour les uns, trop stylisé pour les autres, chez moi le charme agit toujours : ce noir et blanc profond qui donne au film la force de l'expressionnisme allemand, les échos du muet grâce aux fabuleuses mimiques de Benigni, Je me rappelle aussi de ces longs travellings sur une ville qui donne envie de la connaître, d'arpenter ses rues, de respirer le fonds de son air humide, voyage résonnant d'une musique de circonstances, aux accents blues, balade douce-amère. Il y a une magie que Jarmush possédait alors pour nous emmener avec lui dans son univers singulier. Un monde follement incarné par ce trio de pieds nickelés plus humains tu meurs, trois grands Hommes égarés dans le Bayou. Benigni, Waits et Lurie redonnent ses lettres de noblesse au mot Fraternité. Il nous font ressentir la force d'une Amitié quand tout fout le camp. C'est aussi cela Down by law, une ode à l'amitié dans un écrin de road-movie, de fuite en avant qui paradoxalement ne s'étend que sur une poignée de kilomètres, pour mieux s'installer dans la torpeur et le silence de cellules (la prison puis la cabane) où peut alors s'épanouir en de délicieuses parenthèses enchantées l'éloge de la paresse, de la lenteur et du surplace quand ils sont vécus entre copains !

Philomena. Stephen frears


Certains ont reproché au film son côté tire-larmes mais c'est franchement ne pas connaître Stephen Frears ou sous-estimer son talent pour nous raconter des histoires avec simplicité, intelligence et une véritable empathie pour ses personnages. Tout ici est surtout humble et honnête. Le plus court chemin pour être bouleversant. Un enfant en bas âge arraché à sa maman qui fait le voyage 50 ans après sa  naissance pour en retrouver la trace, ça vous déchire le coeur, forcément.... Mais s'il n'y avait que ça ? Ajoutez deux personnages (mention spéciale pour Judy Dench étonnante de vérité) qui sont véritablement écrits. On sent par exemple chez lui une timidité, une capacité à se laisser bouffer par les autres qui nous le rend humain, touchant, fragile. Il existe ! Quant à elle, c'est d'abord une femme meurtrie qui peu à peu va se montrer beaucoup plus combative, drôle qu'elle n'y paraît au premier abord, jusqu'à démontrer une sagesse qui force l'admiration. Philomena est évidemment mineur dans la filmographie de Stephen Frears mais c'est un amour de petit melo qui touche au coeur avec modestie et fraîcheur .

vendredi 23 janvier 2015

Only lovers left alive. Jim Jarmush


Très belle intro en matière, smoothy-psychédelico-rock'n roll, sorte d'enroulement sensuel du spectateur autour d'un 45 tours. Très beau dernier plan et tous les instants "Beat Generation" qui le précèdent à Tanger. J'adore aussi la première dégustation d'un sang d'une cuvée exceptionnelle et l'extase qu'elle provoque chez 3 des personnages principaux. Moments sublimes. Pour le reste, c'est emprunté, bavard, et trop littéralement paraphrasé (les références aux illustres prédécesseurs pour bien faire comprendre que ces dandys se connaissent depuis la nuit des temps - un euphémisme - puis la recherche de carburant par des voies certes civilisées mais néanmoins mercantiles pour bien faire comprendre qu'on est arrivé au temps maudit du Capitalisme où tout s'achète et tout se vend, même ses propres enfants, même son propre sang...). Et puis ces deux personnages ont tout d'ingrats vampires, de bobo snobinards suceurs de sang et qui pètent dans la soie de leurs souvenirs poussiéreux. Guère en prise avec la réalité qui les entoure. Ce qui nous les rend franchement très très peu attachants derrière leurs lunettes fumées. Et je ne parle même pas du scénario trivial et trop prévisible :  la soeur rebelle qu'on voit arriver à des kilomètres à la ronde et qui se lâche sur une sucrerie à visage humain obligeant le couple d'amoureux sans âge à se carapater dans leur planque de Tanger où l'on apprendra le pot-aux-roses de la bouche du vampire incarné par le toujours génial  John Hurt : "dans ces pays-là, évitez les hôpitaux (sic), je suis tombé sur du sang contaminé et je arrrrgh vais passer l'arme à gauche gloups"... Une problématique proche de celle des pastilles pour rendre l'eau buvable... Idée qui peut légitimement agacer. Bref, dans Only lovers left alive, il y a du lourd dans les deux sens du terme : du balaise (comme le personnage incarné divinement par Tilda Swinton) et du lourdaud !

Dead Man. Jim Jarmush


Pour moi le plus grand film de Jarmush. Le plus abouti. C'est que pour une fois, son maniérisme et son goût pour les moments de flottement, apportaient à ce western métaphysique tout ce qu'il y fallait, tout ce qu'il y manquait pour nous ensorceler. Dead Man ne raconte pas autre chose. Sous l'égide d'un passeur chaman, une âme en transit flotte et traverse l'âge des braves sur une terre peuplée de fantômes et d'esprits. je me souviens d'une splendide reconstitution de ces temps bénis du western sur une formidable musique de Neil Young (enregistrant de mémoire dans les conditions du direct). C'est un Jarmush au sommet de son art qui a déniché l'acteur rêvé pour accoucher d'un petit requiem sensationnel. Sensationnel au sens des "sensations" qu'il nous fait ressentir... Nous flottons avec le personnage principal, nous vivons avec lui cette Near Dead Man Experience... 

Broken Flowers. Jim Jarmush


Jarmush a perdu la magie. Soit, Broken Flowers fait du bien aux oreilles (ça pour sûr, vive la musique éthiopienne) mais c'est hélas une sorte de sous Lost in Translation. Curieusement là où Bill Murray irradiait de mystère impénétrable, l'acteur n'est ici plus que posture, mimique et vacuité. Le scénario ne vaut d'ailleurs pas tripette et tout fonctionne sur d'interminables temps suspendus, des absences qu sonnent faux. Une vraie arnaque toute creuse. 

Braindead. Peter Jackson


Comme souvent avec Peter Jackson, le résultat est agréable parce que l'humour potache s'ajoute habilement au gore. On est dans une sorte de Bad Taste 2.0. Le même esprit avec de vrais gros moyens. Mais voilà, ça ne restera pas dans mes annales de l'horreur. Je suis presque plus sensible au côté "à l'arrache" si attachant de Bad Taste quand on pourra reprocher à celui-ci un côté plus lisse, une réalisation soignée mais pour un résultat contenant moins d'aspérités. Bon mais je chipote, c'est pas mal quand même et je retiens quelques moments de vraie drôlerie macabre. Mais de ce point de vue, Sam Raimi vole franchement à des kilomètres au-dessus de Peter Jackson.   

Bad Taste. Peter Jackson


C'est toujours émouvant de mesurer la volonté d'un homme et le chemin parcouru sur le trajet improbable qui mène de Bad Taste à la trilogie du Seigneur des Anneaux. Evidemment Bad Taste n'a pas grand chose à offrir, mais il a l'avantage de creuser une fibre horrifico-humoristique qui permet de désamorcer le gore le plus gerbant par des accents satyriques bienvenus, histoire d'alléger l'ensemble et de dégonfler habilement la baudruche. Des extraterrestres viennent choper de l'humain pour alimenter leurs chaînes intergalactiques de Fast-food. Vous avez dit malbouffe ? Voilà, on ne pouvait que se réjouir de cet esprit malsain dans un film sacrément malodorant. Esprit que l'on retrouvera peu après dans le fort sympathique Feebles puis surtout dans Braindead. On notera aussi  dans Bad taste l'ambiance sympathique d'un film amateur tourné entre potes ainsi que la mise en valeur de jolis paysages Néo-Zélandais chers au coeur de son réalisateur. J'ajoute pour la forme qu'on pense côté influences à L'invasion des Profanateurs de sépulture). Bref, Bad Taste est une série Z fauchée mais parsemée d'idée ingénieuses et qui préfigure un joli talent à éclore...