Un tel sujet aurait mérité de mettre au premier plan la réflexion sociale et politique autour des séquelles de l'Apartheid sur l'Afrique du Sud d'aujourd'hui ce qui aurait au fond donné une réflexion sur toute société humaine en proie aux inégalités de couleur ou de classe sociale... Jérôme Salle n'exploite hélas que le sensationnalisme de séquences censément choc où tout finit inévitablement par faire réchauffé, pas bien spontané. Même le cri des cochons affamés, même les mères assassinées, mêmes les enfants émasculés, mêmes les mines défaites des deux acteurs principaux sous des litres de sang finissent par faire téléphoné. D'ailleurs à propos de réchauffé, tout est prévisible du blanc alcoolo fana de "petites" et mauvais père au flic noir issu des Townships et traumatisé depuis l'enfance (psychologiquement et physiquement, allons-y chargeons les boeufs) mais dont le seul petit salut tient dans la Mama dont on devine rapidement que le beau chant dominical s'arrêtera tôt ou tard pour transformer son fils unique en un vengeur aveugle. Sans parler du petit blanc à la tête de victime dont on sent dès la première scène avec sa copine guérissant du cancer que le pauv' gars va y passer dans quelques minutes tout au plus... Bref tout ça n'est pas bien fin, trop prévisible, ce qui constitue une forme subtile de crime sur un sujet pareil qui recelait pourtant de grandes idées à faire passer... On retiendra quand même cette poursuite au ralenti, une mort lente, dans les sables éternels du désert. Cette fin-là est forte, faut bien reconnaître.
La dernière image ? Ce que je garde de précieux d'un film pas revu depuis 1 minute ou belle lurette
mercredi 31 décembre 2014
lundi 29 décembre 2014
Videodrome. David Cronenberg
Videodrome, plus qu'un film d'horreur, est le symbole flamboyant de ces années Videoclub qui, hélas, ne reviendront plus. Ô comme je me souviens de cet épais boîtier plastique, sésame de tous les rêves et cauchemars du week-end allongés que nous étions sur un clic-clac déployé sur une moquette épaisse et emmitouflés sous une couette rassurante. La pré-adolescence de ce début des années 80 était délectable quand s'emparait de chacun d'entre nous ce sentiment particulier de s'être passé sous le manteau l'absinthe qui chavirerait nos sens jusqu'à la prochaine dose, le vendredi suivant. Et bien voilà, James Woods s'extrayant de cette masse floue et bleutée non pas de l'océan mais d'un vulgaire écran de télé, c'était la quintessence, l'un des emblèmes de cette époque bénie. Et au-delà du symbole, de l'affect qui s'y joue, des défauts de jeunesse ou du manque de moyens dont souffre le film aujourd'hui plus qu'hier, Videodrome reste une des dénonciations les plus frontales qui soient du poison mortel que peut constituer la télévision, des effets hallucinogènes qu'elle peut avoir sur ses sujets, comme la drogue dure, comme le gourou mal intentionné... On est qui plus est dans la plus pure mise en abyme du spectateur qui subit des images sans trop comprendre ce qui l'y fascine autant puisque James Woods c'est évidemment nous devant l'écran. Un personnage principal fasciné par un spectacle qui prend rapidement la forme d'un sabbat cruel comme dans Salo ou les 120 jours de Sodome. La grande époque, la très grande époque de Cronenberg où comment entre ses mains expertes le poste de télévision devient autel sacrificiel !
dimanche 28 décembre 2014
History of Violence. David Cronenberg
Pour moi le bon titre c'était History of Lie... Ca disait plus du film et du ressenti chez le critique enfumé. Au-delà de la nature violente du héros (et par contamination des autres personnages du film, dont la famille, noyau tendre et censé en être préservé), il est ici surtout question d'un pseudo secret de polichinelle autour de la schizophrénie du personnage principal qui ne tient pas très longtemps et déboule sur l'invraisemblable mensonge dont il rend inévitablement complice sa femme (complicité qui culmine avec une belle scène de sexe sauvage et puissant dans les escaliers de la maison familiale). Sinon, je trouve en le revoyant que ce film a surtout bénéficié du syndrome "Ca a l'air calibré mais en fait c'est profond". Alors que c'est absolument le contraire. On prête beaucoup de qualités et de profondeur à History of Violence qui n'en méritait pas tant. Exemple : toute la fin et la confrontation avec le frère (fort bien campé par William Hurt) a quelque chose de volontairement parodique (Le Parrain version cocaïnée) qui n'honore pas les prétendues réflexions par ailleurs suscitées jusque là. Avec cette violence figurative assumée, le film fait involontairement l'apologie d'une violence (montrée et débridée) qu'il aurait dû au contraire passer son temps à condamner sèchement. Pour tout dire, c'est quand même pas mal (belle scène finale autour d'une table où le silence et le péché semblent être devenus l'ordinaire pour cette famille) mais rien de franchement transcendant. History of Violence reste donc ce qu'il a toujours été : une série B efficace, un petit thriller sans l'envergure qu'on voudrait bien lui prêter. Avec en plus le mauvais goût de prendre un malin plaisir à montrer une violence qu'il aurait dû suggérer (comme par exemple dans la scène des escaliers). La véritable violence de l'Histoire se manifeste dans ses coursives. Jamais dans la lumière.
Une époque formidable. Gérard Jugnot
Une de ces comédies sociales marquantes du début des années 90. Gérard Jugnot s'entoure d'une pléiade d'acteurs inspirés pour nous offrir cette jolie réflexion sur la précarité à nos portes, la mouise à portée de chacun, Aux nantis aveuglés par l'orgueil, "Plus dure sera la chute" nous dit Jugnot sauf à retrouver ces valeurs qui nous ont fui lorsque le matérialisme a lentement mais sûrement pris possession de nos cerveaux. Une Epoque formidable, c'est cela, la célébration des valeurs retrouvées, de la simplicité d'une société solidaire, ragaillardie, qui n'a pas le sou mais des idées et beaucoup de coeur... Comme Jugnot avec ce film.
Eaux Profondes. Michel Deville
De la passion au jeu amoureux, du jeu amoureux à la manipulation puis à la cruauté, enfin de la cruauté à la perversion puis fatalement à l'irréparable... Il n'y a souvent qu'un pas que le couple Michel Deville / Patricia Highsmith franchit allègrement sur un île qui de promesses n'offre que du cauchemar bien vivant. Le traitement distancié du film, le jeu épuré des acteurs, tout ici convient parfaitement à épouser cette fable insulaire qui nous dit que l'amour n'est souvent hélas qu'affaire de rapports de domination, de propriété, d'amour propre, de bas instincts et de blessure narcissique... Mais le film dit finalement beaucoup plus : il démontre que si vous ajoutez à ce programme cauchemardesque l'irresponsabilité de parents (figeant leur enfant dans la posture du spectateur obligé, impuissant de leurs déchirements adultes), c'est alors souvent au pire que vous vous préparez sans vraiment le savoir...
samedi 27 décembre 2014
Raphaël ou le débauché. Michel Deville
Extraordinaire ! Cruel, désarmant, sublime, porté par un Maurice Ronet qui tient là son plus grand rôle à n'en point douter. Dans l'esprit ce sont les Liaisons Dangereuses mais là où ce dernier jouait divinement la carte du blockbuster suave et intelligent (casting, image flamboyante, rebondissements efficaces) il y a quelque chose ici de tellement plus sombre et paradoxalement de bien plus drôle (de verbe haut le film regorge) ce qui finit par accoucher d'un véritable chef-d'oeuvre. Sorte d'oeuvre totale sur l'amour qui ne serait donc que guerre de position, subtil jeu d'attrape-nigaud pour qui veut sans risque dévorer sa proie, pour qui veut au contraire, luxe suprême, offrir son coeur désarmé en laissant toute force l'abandonner... Il faut à tout prix se plonger ou se replonger dans les élucubrations frivoles de ce débauché. qu'on n'oubliera jamais.
Tandem. Patrice Leconte
Une des grandes réussites de Leconte. Le duo Rochefort / Jugnot fait des merveilles dans une tonalité douce-amère. Le coeur des années 80 sert de cadre attachant à ces deux particules élémentaires (on pense à Extension du domaine de la lutte avant l'heure) qui se perdent entre centres commerciaux encore verts et parkings en bordure de nationale à la recherche de nouveaux repères comme autant de têtes de gondoles rassurantes émergeant d'un interminable dédale de rayons. On sent déjà la crise pointer le bout de son nez, s'infiltrer comme le sable dans les beaux rouages de nos vies post trente glorieuses. Tandem est pour tout cela une bien beau témoignage, poignant, drôle d'une époque tout sauf rêvée... En cela, il parvient à faire sourire et serrer les coeurs dans la même seconde.
vendredi 26 décembre 2014
mercredi 24 décembre 2014
The Last Hunt. La Dernière Chasse. Richard Brooks
Un western assez quelconque de Richard Brooks parce que fondé sur une opposition bien trop classique entre deux amis de chasse que tout oppose et dont le film ne fera au fil du récit qu'aggraver le fossé en termes de valeurs. Reste une belle idée très originale de fin qui rappellera pour les fins connaisseurs celle de Day of the Outlaw. Juste pour le piment de cette fin inattendue, on peut s'accrocher...
mardi 23 décembre 2014
L'Homme Sauvage. The Stalking Moon. Robert Mulligan
Gregory Peck n'aura jamais été aussi grand que dans To Kill a Mockinbird. Ici, dans The Stalking Moon, il manque honnêtement de charisme mais volontaire ou pas, cette fragilité n'est pas si gênante car elle renforce et fait la part belle à l'invisible ennemi. La vedette est justement ce personnage dont chacun parle, que chacun craint plus que tout et dont l'absence aux yeux rend la menace encore plus grande. Pour ce climat assez singulier - fleurant bon le fantastique - The Stalking Moon est un western angoissant qu'il faut voir sans attendre. Longtemps avant les Dents de la mer Robert Mulligan avait compris que le monstre n'est jamais aussi effrayant que lorsqu'il demeure une légende, tant qu'on privilégie pour le spectateur la suggestion à la démonstration... Un bien beau western au climat horrifique.
lundi 22 décembre 2014
Woodstock. Michael Wadleigh
Le lion Joe Cocker est mort ce soir. Alors je ne saurais trop encourager quiconque voudrait redécouvrir cette fabuleuse parenthèse enchantée de se plonger fissa dans ce Woodstock assez unique made in Michael Wadleigh qui longtemps avant 24 inventa le split screen. Ce soir il s'agit hélas plutôt de Spleen Screen. Mais puisqu'il en reste quelque chose...
Voilà ce que j'ai écrit il n'y a pas si longtemps en apprenant que Richie Havens.nous avait aussi quitté.
"Il est mort un lundi le soleil. Celui qui est entré dans nos nuits avant les autres et sans prévenir. Alors qu'on dormait peut-être. D'un rayon ravageur, d'un souffle de vie dans la fraîcheur du petit matin. Et qui soudain, sans vraiment le savoir, nous illumina."
Vous êtes plus seuls les gars !
Voilà ce que j'ai écrit il n'y a pas si longtemps en apprenant que Richie Havens.nous avait aussi quitté.
"Il est mort un lundi le soleil. Celui qui est entré dans nos nuits avant les autres et sans prévenir. Alors qu'on dormait peut-être. D'un rayon ravageur, d'un souffle de vie dans la fraîcheur du petit matin. Et qui soudain, sans vraiment le savoir, nous illumina."
Vous êtes plus seuls les gars !
vendredi 19 décembre 2014
L'homme aux poings de fer. RZA
Je vois bien l'idée. Mélanger l'univers de la Shaw Brothers avec l'esprit Gangsta du rap US d'aujourd'hui, faire se croiser les sabres et le destin exceptionnel de l'esclave fraîchement affranchi, sorte de Django qui se serait trompé de film... Oui mais ça ne donne rien. Le mariage ne prend jamais et pire dans une tonalité qui reste très asiatique la magie vient souvent d'un réglage des chorégraphies et combats au millimètre. Or entre caméra qui bouge et raccords complètement hasardeux, le film échoue même de ce côté là. Ce qui fait qu'il n'y à mon sens absolument rien à sauver si ce n'est cette maigre idée de départ jamais exploitée même une demi seconde. A éviter.
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