jeudi 22 janvier 2026

La Chienne (1931)

 

La dernière image ? J'aime beaucoup cette séquence finale où deux clochebouilles se retrouvent comme au bon vieux temps où la femme acariâtre dont il partagèrent la vie (l'un puis l'autre) leur fit des misères au point que chacun (l'un après l'autre) finit par mettre les voiles... Et puis savoureux est le clin d'oeil sur cet art (la peinture) dont ce cher Legrand ne tirera jamais aucun profit matériel trop aveuglé qu'il fut par l'amour, à cause, à cause d'une femme...

Ce qui frappe dans La Chienne, c'est d'abord cette capacité à saisir l'air du temps de ce Paris un peu miteux du début des années 30. La gouaille du Dédé, le charme de ce titi parisien qu'est Lulu et l'inimitable génie de Michel Simon dans ce rôle de naïf épris d'une prostituée, victime toute désignée d'un futur gros chagrin d'amour... Pas mal d'extérieurs diurnes ou nocturnes bien choisis comme cette galerie d'art ou lors de la rencontre initiale avec Lulu et Dédé au pied d'un escalier sous la lumière d'un réverbère. En revanche, je suis plus réservé sur le montage et le son pas toujours heureux.  

Le déroulement de l'intrigue est habilement conduit avec ce M Legrand qui souffre le martyr à domicile s'évadant par la peinture sans avoir conscience de son talent (immense semble-t-il) et trouve dans cette amourette (c'est ainsi qu'il le vit) l'échappatoire rêvé.

Tout ceci mène droit au segment que j'apprécie le plus, celui de l'invention ou plutôt de la naissance d'une certaine Clara Wood (du nom d'un cheval sur lequel misa un ami de Dédé) femme peintre à laquelle Lulu prêtera ses traits. Je fais ici une parenthèse : je n'ai pas été convaincu par cette Lulu qui tente de jouer le rôle du peintre. Dans le scénario, j'aurais plutôt misé sur une Arlésienne que sur une "incarnée" parce que n'importe quel benêt relèverait aisément la forfaiture de Lulu + Dédé (au passage assez mauvais acteur ce Georges Flamant) et chercherait par tous les moyens à retrouver la vraie Cendrillon (sorte de poule aux oeufs d'or). Ce qui aurait permis un développement passionnant de ce volet de l'histoire. Mais bon passons...

Ensuite arrive nécessairement le moment où les masques tombent. Legrand profite d'abord du retour inopiné de l'ancien mari pour trouver le courage de mettre les voiles. Soit... Mais l'on retrouve le goût de Renoir pour le Vaudeville que je goûte assez peu : je pense à toute la séquence où Legrand met en scène le retour du mari en pleine nuit en misant sur le fait que son insupportable épouse appellera la police... Beaucoup de si enfilés comme des perles. Pas super crédible alors qu'il y avait probablement beaucoup plus simple (et drôle) à imaginer. Passe encore...

Et puis bientôt, c'est le drame. Lulu humilie Legrand qui pète les plombs et l'assassine. Bon mais là encore, toute la séquence de sa sortie anonyme de chez Lulu sans que personne au coeur de la mini foule massée au pied de l'immeuble ne l'ait repéré (même si le message est limpide : Legrand est du genre transparent) interroge tout de même... Et plus encore, je trouve la réaction de Dédé au sortir de chez Lulu complètement lunaire, sans chercher à alerter quiconque pour essayer de se disculper tout simplement... D'autant que c'est un lascar le Dédé. Il est du genre retors et malin... Il aurait pu charger Legrand, facile d'ailleurs de le soupçonner vue la rencontre inopinée chez Lulu la veille. Et pourtant rien de tout cela... Curieux ! Ce qui fait que la séquence suivante avec l'interrogatoire et le procès me semble également superflue, n'apporte pas grand chose au crime passionnel et à sa déflagration qui se suffisent à eux-mêmes.

Bon mais La chienne reste un joli film noir dominé par le génie de Michel Simon et dont l'intrigue sombre reste prenante dans un Paris particulièrement bien restitué. Je maintiens toutefois les vilains petits défauts (scénario, jeu de certains acteurs qui en font des caisses) relevés plus haut ainsi qu'un petit fond misogyne qui m'a gêné aux entournures : la régulière de Legrand est horrible et finalement Lulu l'est tout autant... Les femmes en prennent pour leur grade et les deux ex maris copains comme cochon s'en donnent à coeur joie pour finir clodos mais enfin libérés de toutes ces dondons qui leur ont pourri la vie. Largement de quoi conjuguer le titre au pluriel ! Mouais...

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