La dernière image ? Cette scène d'introduction irrespirable dans une voiture engluée au coeur d'un embouteillage monstre (L'introduction de Chute libre serait-il un clin d'oeil ?) ou ce plan magnifique sur un pied, celui d'un homme plus léger que l'air mais qui se trouve ramené par un fil à la patte aux triviales réalités de la vie qui court... d'une séparation, de contraintes budgétaires pour le film en gestation.
La mise en scène est inventive, brillante, jouant des mouvements circulaires de caméra et d'éclairages savamment exploités. Toute la mise en route est intrigante et savoureuse.
L'on comprend bien l'idée de pénétrer la psyché de ce réalisateur en plein doute qui essaye de se refaire une santé morale dans une maison de repos où tout est mis en oeuvre pour lui être aimable, pour lui rendre la vie facile : rendez-vous médicaux, restauration, eau miraculeuse, promenade dominicale. Rien ne lui est refusé, ses désirs sont des ordres. Même ses maîtresses, même son épouse rappliquent s'il le demande du bout des lèvres. Mais sait-il encore quels sont ses désirs ? Tout est là. Cet homme auquel rien ne résiste semble s'être perdu en route. Son séjour dans ce lieu étrange, cotonneux, surprotégé, se mêle imperceptiblement aux préparatifs (rêvés ?) de son futur long-métrage de SF à l'arrêt ainsi qu'à des images de son passé (ses premiers émois sensuels sur une plage où une rumba sexy l'aura durablement marqué), ses parents avec lesquels il regrette de n'avoir pas eu le temps pour "tout se dire"... Au fond, ce qui prédomine c'est cette sensation que cet homme a égaré le feu sacré et l'inspiration en route réalisant par ailleurs qu'il est entouré de courtisans / courtisanes moins intéressé(e)s par sa personne que par les opportunités qu'il saura leur offrir. Assez classique en somme.
J'imagine que pour 1963, Huit et demi apportait du côté du cinéma mental quelque chose de profondément novateur, du jamais vu ! D'autant que le choix des musiques apporte aussi énormément.
Oui mais aujourd'hui, tant de films plus profonds dans l'émotion suscitée, plus aventureux dans la revisitation de genres majeurs (Mulholland Drive pour ne prendre que cet exemple) sont arrivés sur nos écrans qu'il m'a été difficile de m'emballer.
Par ailleurs, il faut bien dire que les obsessions du réalisateur semblent très superficielles et vaines aujourd'hui : qu'elles soient la cause de ses tourments (trop de superficialité ?), soit mais en plongeant dans ses petites cellules grises, on s'attend à découvrir autre chose qu'une problématique amoureuse (laquelle séduire ? laquelle aimer ?), qu'un harem appelé de ses voeux (une garnison de femmes partout autour, aux petits soins pour soi wtf)... On comprend aussi les thématiques du créateur face au producteur mais il aurait fallu qu'on en sache plus sur ce film de science-fiction qui reste finalement à l'état embryonnaire malgré l'échafaudage maousse perdu dans la pampa. Au final, le personnage de Guido est trop lointain, trop distant, ses projets trop flous, ses souffrances trop indicibles pour qu'on se prenne vraiment d'affection.
Reste la leçon magistrale de mise en scène et le regard trempé dans l'acide que Fellini pose sur ce milieu aux arcanes (ce grand hôtel) sonnant le creux, où la moindre actrice cherche à amadouer le réalisateur pour quémander un rôle contre services particuliers... La prostitution est évoquée entre les lignes. On comprend pour finir que Fellini n'est jamais dupe, que tout par ici est apparence, brillance, fausseté et nécessairement "solitudine". Mais dans ce cas revoyons Boulevard du Crépuscule.
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