La dernière image ? J'adore une idée qui est à la fois loufoque (mais d'ailleurs est-elle en clin d'oeil à une scène emblématique de Shining ?) : c'est ce moment où l'on voit le héros dans son lit consommant et sa bouteille d'alcool et la télé... Par un subtil jeu de dévoilement, on découvre soudain qu'il dort dans un des lits exposés dans son magasin de meubles. Bien vu !
Mais c'est aussi la limite de Backrooms. Il met en scène des personnages "post it" (symboliquement lui dans un lit d'exposition) qui n'ont pour exister qu'un semblant d'histoire agrémentée d'un traumatisme toujours bienvenu pour créer une angoisse très fake. Chez lui, c'est "ma femme m'a quitté, je suis un solitaire, j'ai un souci avec l'alcool, je vois un psy, je n'ai plus de chez moi". Chez la psy c'est "ma mère était cintrée, on était enfermé chez nous à craindre une improbable expulsion + destruction de notre habitat"... C'est beaucoup trop mince pour que l'on puisse entrer dans l'histoire. Des personnages qui au demeurant jouent la surprise avec le même bagage insignifiant : bouche entrouverte (pour chercher de l'air ?), regard perdu, bras ballants, marche précautionneuse, comme sur des oeufs... Et le ridicule est consommé.
Vous rajoutez à cela des comportements absolument pas réalistes et vous décrochez inévitablement : pour ne prendre qu'un exemple, le héros trouve par hasard un passage secret vers les backrooms. L'endroit qu'il découvre a l'air d'être un dédale de pièces vides où l'on sent rapidement que l'on pourrait s'y perdre aisément... Qu'à cela ne tienne, le héros non content de découvrir un mur que l'on traverse purement et simplement comme dans Orphée de Cocteau (sans se poser de questions ni chercher à contacter ne serait-ce qu'une personne du voisinage ou la police ou ses parents ou qui sais-je encore... Ou juste vérifier de façon rationnelle en sortant du magasin ce qui peut physiquement se trouver derrière cette fameuse cloison) décide tranquillement de s'y enfoncer... Personnellement, dès cet instant, j'ai décroché.
Bon d'ailleurs l'histoire par ailleurs est truffée d'éléments narratifs wtf comme il y en a dans les films qui ne savent pas où ils vont (le monsieur de la société d'IRM risible, on se croirait dans Lost, la sculpture de trace de main de la Psy, tout le reste est à l'avenant...).
S'agissant de la mythologie Backrooms, elle ne fait au fond écho qu'à la tendance "Urbexologie" née il y a quelques années et visant à explorer des lieux flippants et abandonnés, supposément hantés. Donc rien de trop nouveau de ce côté-là. Et puis pour la rendre intéressante, encore eut-il fallu par contraste développer un monde réel qui en soit l'exact opposé. Or le monde réel du film est à l'image des Backrooms, pauvrement développé et sans matérialité.
Quant aux décors qui sont le vrai point fort du film (là dessus rien à redire), ils rappellent une série comme Severance qui déjà exploitait cette idée. Ce qui là encore rend l'entreprise beaucoup moins innovante de ce fait.
Donc on peut passer son chemin pour éviter de se perdre inutilement (et son temps avec).


