vendredi 10 mai 2013

The Funeral. Nos Funérailles. Abel Ferrara. 1996. L'invasion des profanateurs de sépulture.



Pour moi et jusqu'à ce jour le chef d'oeuvre d'Abel Ferrara. Un deuil se révèle être le détonateur d'une déflagration familiale beaucoup plus vaste. Des acteurs en état de grâce et un final paradoxalement intimiste qui vous laisse physiquement et moralement sur le carreau.



Tout l'intérêt provient à mes yeux de ce processus invisible du film au travail, une contamination lente et inexorable qui se propage au sein d'un famille dès lors que les digues ont lâché avec la mort du petit frère chéri. Pas étonnant qu'Abel Ferrara se soit consacré en son temps au remake de L'Invasion des profanateurs de sépulture (Don Siegel), la métaphore de ce qui l'y a intéressé devient limpide : comment devient-on étranger à sa famille, à soi même, à ce qui fait de nous ce que nous sommes, viscéralement ? Pour moi, la véritable adaptation et synthèse du film de Siegel par Ferrara, la voici dans toute son insondable humanité.



Loin devant Les Affranchis et autre Casino, le "film de mafia" trouve ici l'un de ses plus beaux emblèmes que je range immédiatement aux côtés du Parrain (Francis Coppola). C'est aussi l'occasion de redécouvrir l'incroyable acteur qu'était Chris Penn, disparu trop tôt. 



jeudi 9 mai 2013

The Devils. Ken Russel. Oliver Reed. Vanessa Redgrave. 1971



Adapté de l'oeuvre visionnaire d'Aldous Huxley, The Devils est un festival d'ingéniosité, de folles trouvailles visuelles, d'une intensité rare, d'une noirceur totale.



De quoi sublimer la plus impitoyable, la plus limpide dénonciation de toutes les formes d'intolérance religieuse. Plus que jamais d'actualité par les temps qui courent. Oliver Reed et Vanessa Redgrave forever !



mercredi 8 mai 2013

Hana Bi. Takeshi Kitano. Sonatine

Sonatine avait été une révélation pour moi... Jeux d'enfants, silhouettes juvéniles, éclatantes chemises à fleur, décor idyllique, tout contrastait visuellement avec la cruauté de l'intrigue, l'inéluctable et sanglant règlement de compte qui se préparait. Des figures de style habilement contournées dans une mise en perspective qui faisait de ce film un choc.


Avec Hana Bi, Kitano creuse la même veine mais atteint au sublime.. Il a tenu ses promesses, Le résultat est un feu d'artifices de toute beauté.



lundi 6 mai 2013

Night moves. La Fugue. Arthur Penn. Gene Hackman grandiose. 1975



De tous les hommages au film noir, Le Privé (Robert Altman) en tête, Night Moves est à mes yeux l'un des tous meilleurs.

A la fois singulier dans sa narration indolente mais tout en ruptures, changements de rythme, il sait rester fidèle au genre auquel il se réfère et à l'époque qu'il dépeint (libération sexuelle des early 70s). Tout s'y enchaîne subtilement : le privé désabusé se rebiffe à mesure que l'intrigue se complexifie, la dimension personnelle empiète progressivement sur l'enquête. Gene Hackman est en outre impérial en type d'abord dépassé puis aussi héroïque qu'inconsolable. A noter par ailleurs d'étonnants seconds rôles, dont Melanie Griffith et James Woods à leurs débuts...

Rien à faire, Night Moves est un chef d'oeuvre mélancolique et désespéré. Et quel score !

samedi 4 mai 2013

Les Proies. The beguiled. Don Siegel. Clint Eastwood. 1971

The Beguiled surprend, étonne, émerveille parce qu'il n'est jamais là où on l'attend. Un film de guerre ? pas vraiment... Un drame psychologique ? Pas que... Meilleur film de Don Siegel ? Pour moi, oui. Plus grand rôle de Clint Eastwood ? Incontestablement. Son rôle le plus complexe, son personnage le plus tortueux, le plus ambigu aussi... Sur fonds de guerre de sécession qui fait rage dehors, la vraie guerre se déroule au calme, à l'intérieur, entre les murs (en apparence rassurants) d'un couvent tenu par des femmes à l'inquiétante psychologie. La guerre des sexes au diapason d'un matriarcat, voilà le sujet des Proies, sacré grand film timbré.



vendredi 3 mai 2013

Bullhead.



Bien sûr, il y a quelques faiblesses et maladresses sur lesquelles on peut revenir : d'abord l'intrigue policière liée au trafic d'hormones pas assez dense à mon goût, portée par des personnages un peu légers, trop caricaturaux (le couple de garagistes, la femme flic et son collègue homosexuel). En bref, pas assez "lourd" pour faire un juste contrepoids au drame intime de Jackie. Ca déséquilibre le tout car cette intrigue "secondaire" trahit dans le même temps sa raison d'être : le prétexte au malentendu dramatique (très scénarisé) de la scène finale.

Cela étant dit, le film est un coup de poing dans les parties. Réussir à faire exister à l'écran ce personnage à la fois animal (silhouette, regard) et castrat, parvenir à l'humaniser, c'est un pari 100 fois réussi. On sort de là groggy avec l'envie de savoir ce que ce jeune réalisateur belge a encore dans le ventre à nous donner.

Et ça n'est pas un mince compliment que de trouver à sa réalisation, à son univers même, un je ne sais quoi de Nicolas Winding Refn. Chapeau bas l'artiste !

Bird people in China. Meilleur film de Takashi Miike. 1998


De l'oeuvre immense, pléthorique, protéiforme, de Takashi Miike, la difficulté est grande lorsque vient l'heure de ne retenir qu'un film.

Et pourtant je sais... Pour moi, ce sera Bird People In China, Dans mon souvenir, tout y est. La maîtrise formelle (l'un de ses films les plus académiques), l'humour distancié (l'histoire incongrue de ces deux pieds nickelés japonais en Chine) et une profondeur, une poésie qui culminent avec la recherche de ces fameux hommes oiseaux dans un final inoubliable.

Et comme toujours, Takashi Miike habille son propos d'un prétexte pour détourner notre attention de l'essentiel. Car sous ses faux airs de film d'aventures (un jeune japonais est envoyé par son entreprise en Chine, afin de mettre à jour un filon de pierres précieuses), de film de yakuzas (sa société doit de l'argent à des yakuzas qui envoient l'un des leurs dans le but d'apurer la dette), Bird People in China est avant tout un conte initiatique, une parabole sur l'ncommunicabilité qui mènera nos deux héros si dissemblables jusqu'au sommet d'une montagne, tour de Babel de circonstances, où l'improbable va se produire sous leurs yeux ébahis.



Bille August. Zappa. 2 Palmes d'or. Cannes. Adolescence.


La mémoire est sélective.

On oublie vite que Bille August a reçu 2 Palmes d'Or à Cannes (Pelle le conquérant, Les meilleures intentions). Et qu'on aime ou pas ces deux films, ce n'est pas rien.

On oublie surtout qu'il a marqué les esprits dès 1983 avec une oeuvre extraordinaire, radiographie de l'adolescence, de la cruauté propre à cet âge.

Si vous devez choisir un film âpre et renversant sur cette époque de la vie, n'hésitez pas, voyez Zappa.



jeudi 2 mai 2013

Cujo. Lewis Teague. Stephen King. 1983


Voilà le film qui m'a ouvert les yeux sur la grandissime importance de la mise en scène quand un projet vit sur une économie de moyens et une unité de lieu comme de temps. Cujo est un grand, un très grand film, qui, rareté en la matière, s'affranchit du livre dont il est l'adaptation (Stephen King). Le film existe pour lui-même à lel point que des images ne cessent de me revenir lorsque j'y repense   .Quelques scènes mythiques dont la sortie contrainte du véhicule lorsque l'enfant est pris d'une crise d'asthme... On sursaute, on a peur pour cette mère et son enfant. C'est fort. Et puis grande injustice parce que  le chien méritait franchement l'Oscar ! Quant à Lewis Teague, il méritera réhabilitation un jour ou l'autre.







Paul Verhoeven. Le Quatrième Homme. Basic Instinct Prequel.


Quelques temps avant sa consécration américaine, Paul Verhoeven réalisait aux Pays-Bas ce bijou de noirceur, savoureux mélange de fantastique et d'horreur, consacrant une inoubliable figure de veuve noire / femme fatale qui préfigure à sa façon la non moins létale Sharon Stone dans Basic Instinct... Une atmosphère unique ert quelques scènes d'anthoplogie.. Jerome Krabbe hallucinant en alcoolique impénitent. A (re)découvrir sans tarder pour mieux comprendre l'univers singulier du Flying Dutchman.



Margin Call. Die Hard. Les Envahisseurs.


Très bien écrit, très bien joué, très bien réalisé. Et plus que jamais dans l'air du temps !


Sorte de Die Hard des salles de marché, Margin Call est un huis-clos perché au sommet d'une tour d'ivoire, coupé du monde réel (métaphore filée du monde de la finance devenu fou et déconnecté du réel). Le plus fort est cette construction à la façon d'un thriller étouffant fleurant bon le fantastique : on se croirait à certains égards dans Les Envahisseurs ou L'invasion des profanateurs de sépulture - à travers ses personnages plus déshumanisés les uns que les autres jusqu'au sommet de la hiérarchie, et un Jeremy Irons en "Louis Cypher" de la finance ... La dernière scène et l'enterrement avec les honneurs d'un chien dans la terre meublle et ferme d'un jardin prend alors tout sons sens. Capitalisme, ton univers impitoyable !

Dernière séance. Laurent Achard. Giallo.




Infâme truc... Le réalisateur, sorte d'Eric Rohmer de l'épouvante, nous livre sa vision (prétendument) mélancolique d'un petit cinéma de province aux couleurs des années 80, y mêlant la cinéphilie la plus pure aux figures imposées du film d'horreur. Résultat : un giallo franchouillard, étriqué, aussi mou qu'un camembert après cuisson... Pire, l'absence totale d'humour rend le tout horriblement prétentieux. Ce qui n'arrange rien à une intrigue et des personnages déjà réduits à leur plus simple expression...

Mieux vaut se farcir Angoisse (Bigas Luna) ou carrément Le Voyeur (Michael Powell) dans la même veine. A bon entendeur !